S'il y a bien une chose avec laquelle José Mourinho est toujours à son aise, c'est son éloquence. Jugez plutôt : interrogé sur sa situation et celle de son club avant un derby capital à disputer ce dimanche (17h30), face à Arsenal, le manager portugais a encore trouvé la parade. "De combien de temps a eu besoin Jürgen Klopp à Liverpool [pour gagner des trophées, NDLR] ? Quatre saisons", a-t-il lui-même répondu en conférence de presse. "En achetant l'un des meilleurs gardiens du monde, l'un des meilleurs défenseurs centraux du monde, etc." Une manière à peine déguisée de réclamer ce dont il a besoin. À savoir, du temps. Et de l'argent.

Ce n'est un secret pour personne, Mourinho est à Tottenham pour se redonner du crédit après avoir été limogé de manière précoce par deux des plus grands clubs d'un pays où il avait, justement, forgé sa réputation. Dans cette quête, gagner des titres ne sera pas suffisant. Après tout, l'ex Special One en avait amassés à Chelsea (la Premier League et la League Cup en 2015) puis à Manchester United (la Ligue Europa et la League Cup en 2017). Il y avait, surtout, laissé un héritage d'une immense pauvreté, au point de devenir l'entraîneur qui "déconstruit". Pour se débarrasser de ce statut et étendre sa durée de vie de manager, le Portugais n'a donc pas d'autres choix : il doit bâtir.

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Tottenham, là où le temps est censé être plus long

Dans les faits, il avait atterri au bon endroit. Bien que Mauricio Pochettino ait mené les Spurs dans des sphères inespérées, jusqu'à la finale de la Ligue des champions la saison dernière, Tottenham n'a jamais vécu dans la même urgence que les membres historiques du Big Four. D'ailleurs, le coach argentin avait lui-même répandu l'idée que le club "surperformait" durant son mandat. Chez les Spurs, il n'a jamais été question d'être un favori à la couronne. Le temps y a toujours été un petit peu plus long. En revanche, comme dans tous les autres clubs du monde, il peut aussi se gagner. Ou se perdre.

José Mourinho, manager de Tottenham

Crédit: Getty Images

C'est là le nœud du problème : Mourinho ne se donne plus de mou. D'abord parce que la courbe de ses résultats s'est inversée. Lors des dix premiers matches de l'année civile, Tottenham avait engrangé cinq succès, pour deux défaites. Lors des onze suivants, les Spurs ont encaissé six revers pour... deux victoires. Avant l'entame de la 35e journée, le club londonien ne pointait qu'au neuvième rang, à dix points de la quatrième place, qualificative pour la Ligue des champions. Dans le jeu, les coéquipiers d'Hugo Lloris ne progressent plus et offensivement, ils ont même régressé malgré le retour de blessure d'Harry Kane, l'un des meilleurs attaquants du Royaume. Les Lilywhites ont perdu l'allant offensif sur lequel Mourinho avait capitalisé au début de son mandat.

Mourinho a du temps grâce à… Pochettino

Tout cela participe à rendre l'atmosphère un peu plus lourde, alors que climat est pourtant essentiel pour durer. Et certaines sorties du Portugais n'arrangent rien. Le traitement sportif et médiatique qu'il inflige à Tanguy Ndombélé ressemble par exemple à un jeu dangereux. Joueur le plus cher de l'histoire du club, l'ancien Lyonnais est l'un des éléments avec lesquels la direction des Spurs et son patron Daniel Lévy jugeront de la pertinence d'une stratégie plus agressive sur le marché des transferts. Mourinho a eu beau assurer en public que son club n'avait pas besoin de consentir d'énormes investissements, il avait aussi en partie justifié son échec mancunien sur l'absence de renforts défensifs d'envergure…

Quand Mourinho perd patience et quitte la conférence de presse à cause de problèmes techniques

Et le reste ? En novembre dernier, le coach portugais avait accompagné le rebond des Spurs en entretenant un rapport apaisé avec les journalistes qui, outre-Manche, ont un impact bien plus important sur l'opinion public, donc indirectement sur la confiance accordée aux managers. Jeudi, après le nul décevant de son équipe à Bournemouth (0-0), l'ancien entraîneur de Porto a vite perdu patience pour quelques problèmes techniques. Et quitté la visioconférence avant même qu'elle ne commence.

Finalement, sa garantie la plus fiable ne tient peut-être déjà plus à lui. À Tottenham, il ne sera pas question de remettre son poste en question dans cette conjoncture. La crise économique liée à la pandémie de Covid-19 va considérablement réduire les changements d'entraîneur. Au-delà du risque que cela représenterait pour la stabilité sportive du club, se débarrasser de Mourinho, dont le contrat court jusqu'en 2023, coûterait très cher à la direction londonienne... qui continue de verser à Mauricio Pochettino le salaire qu'il percevait avant son licenciement. L'Argentin touchera 9,5 millions annuels tant qu'il ne s'engagera pas avec un autre club, et ce jusqu'à l'issue théorique du contrat qui le liait aux Spurs, soit jusqu'en... 2023. Mourinho a donc encore du temps devant lui. Mais peut-il enfin s'en servir à bon escient ?

José Mourinho lors de la rencontre opposant Bournemouth à Tottenham, le 9 juillet 2020

Crédit: Getty Images

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