Il arrive qu'on se fasse une montagne de l'absence d'un joueur-clé pour découvrir ensuite qu'on avait été les dupes de la perspective. Lorsque Robert Pirès, jusqu'alors éblouissant, fut victime d'une rupture des ligaments croisés en mars 2002, beaucoup pensèrent que les espoirs de doublé d'Arsenal s'étaient envolés, tant l'attaquant français avait apporté à son équipe jusque-là. Oui, plus que Vieira, Henry ou Bergkamp. Il fut d'ailleurs élu Footballeur de l'année en Angleterre trois mois plus tard. Mais Arsenal, qui pontait troisième au classement lorsque Pirès se blessa, fit mieux que tenir bon. Les Gunners avaient encore onze matches à jouer et les remportèrent tous, offrant à Arsène Wenger un second Double en l'espace de quatre ans.

Van Dijk, l'imperator

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On dira que perdre un créateur, aussi influent soit-il, ne peut se comparer à perdre un roc comme Virgil van Dijk, le capitaine, l'imperator, le leader dont la défense devenue étrangement fragile des Reds ne peut se passer. C'est lui qui place le curseur sur la ligne à défendre par son back four. C'est lui qui, de la voix et du geste, secoue ses coéquipiers quand ils ont un moment d'absence. C'est le plus souvent lui qui, quand le rideau défensif de Liverpool se déchire, pense et court assez vite pour colmater la brèche.

Les joueurs qui sont parvenus à le dribbler depuis qu'il est passé du Celtic à Southampton, puis de Southampton à Liverpool, se comptent sur les doigts d'une main. Il marque, en plus (neuf buts rien qu'en Premier League sur les deux dernières saisons). il est, sans le moindre conteste, le défenseur central le plus admiré du monde, quoi qu'en pensent les fans de Sergio Ramos. Mais il n'est plus là, et, sauf miracle, ne reviendra pas avant la saison 2021-22.

Ostry wślizg Jordana Pickforda, po którym Virgil van Dijk musiał zejść z boiska

Crédit: Getty Images

Si l'on veut se faire une idée de l'impact de cette absence sur les chances qu'on donne à Liverpool de gagner un second titre d'affilée, il suffit - comme d'habitude - de se tourner vers les bookmakers, dont les cotes changèrent sensiblement aussitôt qu'on apprit la gravité de la blessure du Néerlandais. Malgré un début de saison qui n'avait rien de souverain et ne lui avait rapporté que 11 points sur 18 possibles, Manchester City, 11e du classement, devint illico le net favori des pronostiqueurs, à la cote ridiculement basse de 1 contre 1, tandis que le leader - Liverpool, s'il est besoin de le préciser - devait se contenter de 2 contre 1.

Les Reds finissent toujours par trouver une solution

Le voilà, l'effet Van Dijk : le grand public ne croit plus autant en les Reds depuis qu'il n'est plus là. Mais cela n'empêche pas les Reds de continuer à croire en eux-mêmes, comme lorsqu'ils furent menés 0-1 par un excellent West Ham le week-end dernier, pour finalement l'emporter 2-1, comme ils l'avaient fait contre Sheffield United la semaine précédente. Les mentality monsters chers à Jürgen Klopp semblent moins affectés par les infortunes de leur capitaine que ceux qui doutent d'eux aujourd'hui.

C'est un trait de Liverpool qui est devenu un de leurs constituants essentiels avec Klopp, et qui n'a en rien changé depuis la saison du titre : cette équipe souffre plus souvent qu'on l'attendrait d'un champion qui fut couronné avec pas loin de cent points. Mais elle finit presque toujours par trouver une solution. Treize de ses victoires en PL en 2019-20 furent acquises par un seul but d'écart. Ce n'était pas un hasard.

Salah, 100 buts pour Liverpool à la loupe

Mais si l'ADN du compétiteur n'a pas été affecté, le jeu de l'équipe le sera, lui, et c'est l'adaptabilité tactique des Reds, leur capacité à faire évoluer leur système sans perdre de leur tranchant et de leur dynamisme qui sera la clé de leur réussite en 2020-21. L'une des caractéristiques de ce jeu est leur utilisation - inhabituelle pour une équipe du Gotha européen - de passes longues (plus de quinze mètres), un domaine dans lequel ils figuraient en cinquième position parmi les formations de PL l'an passé, alors que Tottenham, Arsenal et les deux clubs de Manchester étaient ceux qui se reposaient le moins sur ce type de transmission du ballon. Liverpool ne 'balançait' pas pour autant, comme un taux de réussite de 82% dans leurs passes le démontrait suffisamment clairement.

Thiago Alcantara, le remplaçant idoine ?

La raison en était qu'avec Van Dijk, Liverpool disposait d'un quarterback capable de distiller des transversales de soixante mètres avec la précision d'un Andrea Pirlo, ce qui n'est pas loin d'être idéal lorsqu'on dispose de flèches comme Sadio Mané, Mohammed Salah (deux joueurs qui ne sont jamais plus redoutables que lorsqu'ils désaxent) et le duo de latéraux Robertson - Alexander-Arnold, et qu'on peut les lancer dans le dos des défenses adverses en minimisant le nombre de transmissions dans l'entrejeu. Quel meilleur moyen de déséquilibrer un adversaire qui engorge le milieu de terrain que celui-là?

Ce choix, car c'en était un, découlait aussi de l'absence d'un véritable playmaker traditionnel dans l'entrejeu - ce qu'était David Silva pour Man City, ce que Bruno Fernandes et Paul Pogba devraient être pour Man United. Alors, maintenant que van Dijk n'est plus là, comment faire ? Ni Matip, ni Gomez, ni même Fabinho (qui sera de retour après la trêve internationale) ne possèdent les qualités de passeur long du Batave. Si Liverpool entend continuer à dominer la possession du ballon et à dicter le jeu, il va donc lui falloir raccourcir le jeu, trouver d'autres moyens d'alerter leurs joueurs de couloir, mais sans trop temporise. Et cela d'autant plus que, sans Van Dijk, le back four des Reds devra s'aligner moins haut que lors des deux dernières saisons.

Jurgen Klopp & Thiago Alcantara

Crédit: Getty Images

Fort heureusement pour Liverpool, Klopp dispose désormais du joueur idéal pour assumer ce rôle de quarterback que j'évoquais plus haut : Thiago Alacantara (qui sera toutefois absent contre Manchester City dimanche), dont la qualité de passe longue est au moins aussi bonne que celle de Van Dijk, et qui ajoute à cela un œil exceptionnel pour les angles de transmission inattendus. Liverpool va devoir changer, c'est certain, mais il n'est pas dit que Liverpool y perdra pour autant, d'autant plus que cette équipe a le don de trouver des ressources là où on ne s'y attendait pas nécessairement, comme l'ont montré les prestations récentes de jeunes défenseurs centraux comme Rhys Williams et Nathaniel Phillips, la maturation de Curtis Jones ou l'explosion de Diogo Jota.

Alors, no Van Dijk, no problem? Evidemment que non. Mais résoudre les problèmes et gérer l'inattendu font partie des qualités des champions, et Liverpool en est un.

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