On va revoir Mesut Özil sur un terrain de football. Enfin une bonne nouvelle dans cette année 2021 qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa devancière. Oui, l’Allemand est encore un joueur de football professionnel même si on avait eu tendance à l’oublier ces derniers mois. Tantôt sauveur de "Gunnerausaurus", tantôt community manager de luxe, le génial meneur avait presque fait oublier que son métier était de régaler.
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Le terme est choisi à dessein : dans un football toujours plus intense, toujours plus physique, toujours plus exigeant, Özil reste à part. Un danseur de ballet dont la simple inspiration peut suffire à effacer quelques prestations ternes. Une oasis de poésie dans un football toujours plus mécanique. C’est bien connu, on pardonne toujours plus aux artistes.
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Architecte de sa venue en 2013, Arsène Wenger a résumé au mieux ce qu’était Mesut Özil : "Imaginez que votre équipe soit un orchestre musical, a détaillé l’Alsacien à beIN Sports. Mesut, c’est le gars qui joue la bonne note, la bonne balle, dans le rythme parfait. Le timing de son jeu de passe est exceptionnel mais la créativité de celle-ci également. Quel que soit la situation à laquelle il est confronté, il trouve la bonne réponse. Pour moi, c’est ça le génie".

Accompagnateur de génie, faux "gamechanger"

Le sourire rayonnant du coach des Gunners lors de sa signature était déjà un indice de l’affection qu’il portait au joueur au moment de signer. Celui-ci a su lui rendre la pareille. En 254 matches avec les Gunners, l’Allemand a compile 44 pions mais surtout 77 passes décisives. Dont 19 lors d’une saison 2015-2016 qui aurait dû faire de lui le recordman du genre – titre désormais dans les mains de Kevin de Bruyne - sans la maladresse de ses attaquants.
Il aura aussi été de ceux qui ont permis aux Canonniers de regagner un titre, huit ans après, avec cette Cup de 2014 annonçant les trois suivantes (2015, 2017, 2020). Pas anodin au moment de tirer le bilan d’une aventure que certains pourraient qualifier de décevante, à juste titre. Voilà le nœud du problème Özil : avoir voulu en faire la pierre centrale d’un édifice londonien bringuebalant.

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"Si la conjoncture autour de lui est bonne, le timing de ses passes peut être parfait et la qualité de celles-ci aussi", détaille encore Wenger. Sur le terrain, la conjoncture fut parfois bonne. En dehors, ce fut l’inverse. Comme Samir Nasri ou Robin van Persie avant lui, l’Allemand a pu parfois se sentir seul chez des Gunners à l’effectif limité. Combien de joueurs de classe mondiale l’ont entouré en huit ans ? Pierre-Emerick Aubameyang, Alexis Sanchez dans une certaine mesure. Son meilleur acolyte ? Olivier Giroud, éternel battant mais irrégulier buteur.
Pire, on lui demandait d'être un autre : un sauveur de situations désespérées, un "gamechanger", un leader. Tout ce qu’il n’est pas. Lieutenant de génie de Cristiano Ronaldo au Real, formidable accélérateur d’une Allemagne chirurgicale tactiquement, Özil ne vit qu'à travers les autres. C’est bien connu, c’est l’appel qui fait la passe.

2013 : Arsenal cède au marché, début d’une descente aux enfers

Si les attentes furent si grandes, c’est aussi parce que ce transfert ouvrait une nouvelle ère. Celle où Arsenal s’invite – enfin - au banquet du mercato. Pendant des années, Wenger s’était fait le chantre du transfert raisonnable, le pourfendeur d’un marché devenu fou avec des sommes investies trop indécentes pour que le foot reste populaire. Lors de la première journée de cette saison 2013-2014, les Gunners, défaits par Aston Villa à la maison (1-3), avaient entendu leur supporter chanter encore plus fort encore cet hymne qui aurait fait un excellent même : "Spending some f***ing money".

Wenger Özil

Crédit: Getty Images

Alors, Wenger en a dépensé. Au dernier jour du mercato, il aligne 50 millions d’euros pour faire sauter la banque d’Arsenal. Le record des Gunners avant lui ? José Antonio Reyes acheté en 2002 contre 22 millions d’euros. Un autre temps. Toujours est-il que ce 2 septembre 2013, c’est un meneur génial mais déjà irrégulier de 24 ans, venu de Madrid, que Wenger attire dans ses filets. Une folie pleine de panache qui ressemble parfaitement à l’Alsacien.
La suite ? Une longue agonie symbolisée par plusieurs étapes. Cette saison 2015-2016, terminée dans la peau d’un dauphin, qui devait marquer la bascule vers le haut. Ce fut un toboggan vers le bas avec un mercato 2016 fait d'achats non-maîtrisés et franchement mal-ciblés : Granit Xhaka pour 45 millions, Shkodran Mustafi pour 40 ou Lucas Pérez pour 20. Un naufrage confirmé les années d’après avec des dépenses moyennes très élevées pour des joueurs… moyens.

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L'autre date-clé : 2018 et cette prolongation gargantuesque offerte à l’Allemand, pourtant sur la pente descendante, pour faire de lui l’un des joueurs les mieux payés du Royaume. Pour faire de la place à son salaire démentiel et à "Aubam", Alexis Sanchez est sacrifié, envoyé du côté de Manchester United. Un échange perdant-perdant puisque le Chilien s’est perdu loin de Londres tandis qu’Arsenal n’a jamais récupéré un Özil traumatisé par sa mise à l’écart de l’équipe nationale.
Alors, le passage de Mesut Özil à Londres est-il un gâchis ? Il ressemble surtout à un mariage d’incompris où chacun des deux époux attendait autre chose de l’autre. Arsenal cherchait un leader là où l’Allemand se rêvait en super-lieutenant d’un club mythique à ramener sur le devant de la scène. Huit ans plus tard, le divorce est acté. Il arrive presque un brin trop tard. Comme quoi, on a beau être le plus régulier des chefs d’orchestre, on ne contrôle pas toujours le timing.
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