Londres n'est pas - pas encore - la ville-fantôme qu'on pourrait imaginer au regard des chiffres terribles qui tombent chaque soir: plus d'un millier de victimes supplémentaires, soixante mille nouvelles infections recensées, l'ordinaire de l'horreur, d'une horreur qui semble pourtant si lointaine, malgré ces sirènes d'ambulance qu'on entend bien plus souvent qu'autrefois. Les passants continuent de déambuler dans les rues, la plupart sans masque. La circulation n'est pas beaucoup fluide qu'"avant". Les joggers joggent. Et les footballeurs tapent toujours dans un ballon. Mais pour combien de temps ?

Une rumeur avait circulé dans le microcosme au sortir du dernier week-end. Le gouvernement, disait-on, n'attendrait pas que la Premier League prenne les devants comme elle l'avait fait en mars dernier. Le Premier Ministre avant tranché et allait ordonner qu'on suspende la saison 2020/21 avant son terme. Renseignements pris, cette rumeur n'avait pas de fondement mais le seul fait qu'on avait pu la prendre au sérieux - et que personne n'aurait été vraiment surpris si elle s'était avérée - montrait combien le football anglais redoutait une nouvelle interruption.

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Mohamed Salah of Liverpool arrives at the stadium wearing a Liverpool branded face mask prior to the Premier League match between Manchester City and Liverpool FC

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Situation sanitaire plus grave qu'en mars

Les clubs de la English Football League parlaient ouvertement d'une telle possibilité, d'ailleurs, et avaient même commencé à mettre en place un calendrier alternatif. Il n'était pas question d'arrêter la saison de Championship, de League One et de League Two pour de bon, mais de la prolonger au delà du 9 mai, jusqu'en juin, voire juillet s'il le fallait. Le football dit 'récréatif' et les compétitions amateures avaient déjà été parmi les premières victimes du confinement ordonné il y a un peu plus d'une semaine en Ecosse comme en Angleterre. C'était comme si on revivait ce qu'il s'était passé à la fin de l'hiver dernier, quand de semaine en semaine, d'interdiction en interdiction, on avait gravi les échelons de la pyramide du football pour finalement atteindre son sommet : la Premier League.

Or la situation sanitaire est plus grave aujourd'hui qu'elle ne l'était en mars. Le système de santé publique, affaibli par une décennie de sous-investissement, a atteint son point de rupture. Des opérations d'urgence sont désormais repoussées, voire annulées. Certains hôpitaux n'acceptent plus les urgences. Comment donc une crise encore plus grave que celle d'il y a neuf mois pourrait-elle donc épargner le football ?

La pandémie n'a d'ailleurs pas fait d'exceptions pour ce football, malgré les précautions prises. Cette semaine encore, 36 personnes - joueurs ou membres de l'encadrement - ont été testées positives dans les clubs de PL. La semaine précédente, on avait recensé 40 nouveaux cas. Chaque week-end depuis la fin de décembre, de nouveaux reports de matches (Everton-Man City, Aston Villa-Tottenham, Tottenham-Fulham, Burnley-Fulham, et il y en aura d'autres) viennent allonger la liste de ces rencontres qu'il faudra bien caser quelque part dans un calendrier déjà engorgé. Mais où ? Mais quand ?

Portsmouth fans during the Sky Bet League One match between Portsmouth and Peterborough United at Fratton Park on December 05, 2020 in Portsmouth, England.

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L'Euro complique les choses

C'est que ce sera bien plus difficile à faire qu'en 2019/20, quand le report de l'Euro avait permis de reprendre le championnat d'Angleterre en juin. Cette fois-ci, sauf catastrophe, cet Euro commencera le 11 juin (où exactement, c'est une autre histoire, dont ne connaîtra pas la fin de sitôt), soit treize jours après la finale de la Ligue des Champions, le dernier acte de la saison en Europe, passé lequel les clubs seront dans l'obligation de mettre leurs joueurs à la disposition de leurs équipes nationales.

La Premier League a bien une ligne d'horizon qu'on ne peut faire reculer, un butoir au-delà duquel il sera impossible de progresser. Que les reports se multiplient, comme c'est tout à fait possible, et ce sera un cauchemar logistique auquel devra faire face la PL. Et cela, sans mentionner la FA Cup, qui, elle aussi, accumule les matches reportés alors que la Youth Cup, équivalent de la Coupe Gambardella, a d'ores et déjà annulé ses rencontres jusqu'à la fin du confinement.

Ceci doit être précisément l'une des raisons pour laquelle la PL entend lutter de toutes ses forces pour empêcher un nouveau hiatus, et a redoublé d'efforts pour sécuriser encore plus des protocoles de fonctionnement qui étaient pourtant déjà des plus stricts.

Jose Mourinho, Manager of Tottenham Hotspur speaks to the media as he is interviewed pitch side after the FA Cup Third Round match between Marine and Tottenham Hotspur at Rossett Park

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23 nouvelles mesures

Vingt-trois nouvelles mesures sont entrées en vigueur, qui incluent entre autres un renforcement des distances de sécurité (les joueurs et leur staff voyageront désormais dans trois bus plutôt que deux, par exemple), une réduction du nombre de personnes admises dans les centres d'entraînement, une fréquence accrue des tests (deux par semaine au lieu d'un) et une répression plus sévère des 'COVIDiots' par les clubs, et, si besoin est, la PL elle-même. Beaucoup trop de joueurs, dont Sergio Reguilon, Erik Lamela, Giovanni Lo Celso ou encore Benjamin Mendy (et par deux fois) ont en effet bafoué les règles les plus élémentaires durant les fêtes de Noël, pour ne recevoir qu'un coup de règle sur les doigts - des amendes qu'ils auront payées sans y songer à deux fois.

Cela ne veut pas dire que le football anglais soit unanime dans son désir de poursuivre la compétition. Steve Bruce, l'entraîneur de Newcastle, a ainsi déclaré : "continuer de jouer est la bonne décision sur le plan financier. Moralement, c'est la mauvaise." C'est que Bruce a été aux premières loges pour voir comment le virus pouvait se propager au sein d'un groupe, et quel impact il pouvait avoir sur ses victimes. Sept semaines après avoir été infecté, Allan Saint-Maximin, par exemple, n'a toujours pas repris l'entraînement, et deux des membres du staff de Bruce furent tout près de devoir être transférés en soins intensifs. Sam Allardyce a lui aussi prôné un arrêt temporaire du championnat d'Angleterre, pour "court-circuiter" le virus.

Chelsea go through Covid-19 protocols ahead of a Premier League game

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Ce n'est pas à la Premier League qu'appartient la décision

Pour l'instant, les voix de Bruce et d'Allardyce ne sont pas celles qui ont droit de cité. Le football anglais - ou plutôt, la Premier League - continue de s'accrocher à l'espoir de traverser la seconde vague de la pandémie, fort des enseignements de la première, et une grande majorité de fans, même privés de stade, partagent cet espoir. Après tout, aucune recherche médicale n'a montré de lien direct entre l'exercice du football au plus haut niveau et une propagation accrue du virus. Au contraire, comme l'exemple récent de Manchester City l'a prouvé, les clubs peuvent circonscrire les foyers d'infection qui s'allument en leur sein bien plus efficacement que quelque autre employeur.

Qu'on ne se fasse aucune illusion pour autant. Au bout du compte, ce n'est pas à la Premier League qu'appartient la décision de stopper sa saison ou pas. C'est à ce terrible virus. Que la situation empire encore en Angleterre, comme on a hélas de bonnes raisons de le craindre, et il n'y aura pas d'autre choix que celui de la sécurité.

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