On s'ennuyait ferme sur le plateau de Sky Sports en ce lundi 1er février, jour de fermeture du mercato hivernal en Angleterre. C'était un peu comme une séance de pêche à la ligne au bord d'une rivière désertée par les ablettes, pas franchement passionnante pour le pêcheur lui-même, et franchement rasoir pour les spectateurs.
Un comble : même les rumeurs faisaient défaut. Les rares informations se limitaient à des dénis de 'transferts' montés de toute pièce par les sites spécialisés dans ce genre de choses, histoire de faire tourner la machine à clics. La journée dut paraître bien longue aux journalistes envoyés à la chasse aux scoops.
Transferts
Même la Premier League a été d'un calme olympien, et ce n'est pas bon signe pour la L1
02/02/2021 À 13:33
Cela ne veut pas dire qu'on n'ait pas beaucoup appris ce jour-là et lors du mois qui l'avait précédé. Ce qu'il s'était passé ? Qu'il ne se passait plus rien du tout. Dans le cas de la Premier League, le championnat le plus riche et, mais pour combien de temps ?, le plus profitable du monde, c'était la preuve par zéro que l'impact de la pandémie serait bien aussi désastreux que ce qu'on avait craint. La machine s'était arrêtée. Net. Pas comme un cargo qui coupe les moteurs en pleine mer et continue sur sa lancée jusqu'à ce que sa force d'inertie ne puisse plus le propulser, mais comme un bolide lancé à toute allure qui frapperait une muraille de plein fouet.

Des prêts, des prêts et... encore des prêts

Si c'est par l'alacrité avec laquelle un championnat est prêt à mettre la main à la poche qu'on juge de sa santé, celle de la Premier league laisse beaucoup à désirer. Les chiffres sont consternants. En janvier 2020, selon les estimations du cabinet comptable Deloitte, référence en la matière, les vingt clubs de PL avaient dépensé 250m€ sur le marché des transferts, ce qui constituait la seconde mise de fonds la plus importante de l'histoire de la compétition à cette période de l'année.
Cette fois-ci, on parvenait tout juste à 80m€, et encore, en prenant en compte deux opérations qui avaient été mises sur pied l'été précédent, les achats d'Amad Diallo à l'Atalanta par Manchester United (21m€) et de Saïd Benrahma à Brentford par West Ham (28m€). Dans ces deux cas, il s'agissait de la formalisation d'accords conclus lorsque la seconde vague du COVID19 n'était qu'une perspective à craindre, pas une tragique réalité, et qu'une grande partie de l'Angleterre était revenue à une sorte de 'normalité'.
Otez ces deux opérations de l'équation, et le résultat net est un débours de 31m€, dont plus de la moitié était liée au transfert de Morgan Sanson de Marseille à Aston Villa. Pour le reste, des prêts, encore des prêts et toujours des prêts, dont certains (Kabak à Liverpool, Josh King à Everton et Martin Ødegård à Arsenal) étaient certes significatifs, mais indiquaient suffisamment que nous étions entrés dans une période d'austérité sans précédent.

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La question est évidemment de savoir si les clubs anglais ont fermé les vannes par prudence, ce qui serait louable et, tout compte fait, pas plus inquiétant que cela, presque rassurant, en fait, ou si c'est parce que le flux qui les irriguait est désormais à sec. La seconde hypothèse est malheureusement la plus crédible.

Pertes par millions dans les clubs

Alors que quasiment tous les grands clubs d'Europe continentale ont maintenant publié leurs comptes pour la saison 2019-20, seule une demi-douzaine de leurs homologues de PL ont fait de même. Le tableau qu'on peut dresser de l'état des finances du football anglais reste donc forcément incomplet, mais les fragments qu'on en aperçoit ont de quoi inquiéter, particulièrement si l'on garde à l'esprit qu'ils ne couvrent que la première période de confinement au Royaume-Uni. 2020-21 sera pire, nous le savons déjà.
Certains clubs ont retardé la publication de leurs comptes pour des raisons qui n'ont rien à voir avec le respect des règles de comptabilité. Dans le cas de l'un d'entre eux, et pas le moindre, on m'a affirmé que ce retard était dû aux difficultés rencontrées par l'équipe dirigeante du club pour trouver la meilleure façon de présenter des résultats catastrophiques (plus de 100M€ de perte) aux investisseurs.

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Brighton : 76 M€ de perte. Spurs : 78 M. Everton : 141 M. Chelsea a annoncé un bénéfice de 37 M€ sur cet exercice 2019-20, mais ce chiffre s'expliquait d'abord par la plus-value réalisée par le club sur la vente de joueurs comme Eden Hazard, et ne tenait pas compte des énormes dépenses consenties par le club de Roman Abramovitch pendant le mercato estival de 2020, quand les Blues dépensèrent pas loin de 200 M€ net pour acquérir Werner, Ziyech, Chilwell, Mendy et Havertz.
Arsenal a également annoncé un solde positif (de 3 M€), mais emprunta 200 M€ à la Banque d'Angleterre - à un taux préférentiel il est vrai - pour assainir ses comptes l'été dernier. Il est vrai qu'aucun autre club anglais ne génère une aussi grande partie de son chiffre d'affaires par les recettes de jours de match qu'Arsenal, qui est donc nécessairement frappé plus sévèrement que quiconque par l'absence de public dans les stades.

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Le premier symptôme visible d'un mal qui n'épargne personne

Cela dit, noircir le trait ne servirait à rien. Les clubs de Premier League ne sont pas en cessation de paiement. Les contrats de diffusion qui demeurent leur source de revenus la plus conséquente ont certes vu leur valeur décroître en raison des remises consenties aux ayant-droits en 2019-20 (375 M€, soit 12% des trois milliards escomptés), mais ne sont pas en danger.
La situation est néanmoins des plus préoccupantes quand on met en parallèle cette baisse de revenus avec l'augmentation de la masse salariale en proportion du turnover constatée lors des dernières saisons. 59% des revenus de la PL avaient été dépensés en salaires en 2019-20, une augmentation de 6% sur une seule saison. Or les réductions de salaires ou reports de paiement consentis par les joueurs après la suspension du championnat d'Angleterre en mars dernier ne peuvent suffire à eux seuls pour absorber le choc causé par la pandémie.
Ce qu'en seront les conséquences à plus long terme est impossible à prédire exactement; là comme ailleurs, nous sommes à la merci du virus et de ses mutations. Ce qu'on peut affirmer aujourd'hui est que l'effondrement du marché des transferts n'est pas un épiphénomène transitoire ; il est le premier symptôme visible d'un mal qui n'épargne personne, pas même la soi-disant richissime Premier League. Et quand la Premier League, acheteur numéro 1 de la planète football souffre, c'est toute cette planète qui souffrira avec elle.

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