Quatre-vingt-six.

Tel est le nombre effarant de joueurs de Premier League qui souffrent aujourd'hui de blessures qui leur interdisent de prendre part aux matches de leurs équipes. Manchester United et Crystal Palace mènent la danse à ce bal des éclopés, avec sept absents chacun, tandis que Leeds, Leicester, Brighton et Newcastle suivent ce duo d'une longueur.

Premier League
No Van Dijk, no problem?
07/11/2020 À 21:13

On serait tenté d'ajouter que cette trêve internationale survient à pic, si ce n'était que le programme surchargé de ce "break" de deux semaines, agrémenté, si c'est le mot, de déplacements intercontinentaux qui confondent la logique et la raison en ce temps de pandémie, nous garantissent que, comme d'habitude, les matches de sélections feront eux aussi leurs victimes. Joe Gomez ne pourra malheureusement avancer le contraire.

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Triste record

Quatre-vingt-six, au passage, constitue un nouveau record en termes d'indisponibilité dans le championnat d'Angleterre. Mais est-ce si surprenant quand on sait que les clubs anglais qui ont la chance - ou le malheur - de disputer une compétition européenne en sus de leurs obligations anglo-anglaises n'auront jamais eu plus de quatre jours de récupération entre deux de leurs rencontres de septembre à janvier? Est-ce si surprenant de voir Trent Alexander-Arnold être victime d'un accident musculaire au mollet lors du 1-1 du champion à Manchester City, un match que les deux équipes rincées, épuisées, au bord de la rupture, auraient clairement accepté de stopper à l'heure de jeu ?

Jürgen Klopp est pourtant un manager qui prend soin de faire tourner son effectif quand il le peut. Ménagé lors du Community Shield, utilisé avec prudence par son sélectionneur Gareth Southgate, Alexander-Arnold ne joua pas une seconde des deux rencontres de League Cup des Reds. Cela ne l'empêcha pas d'accumuler un temps de jeu équivalent à douze matches et demi complets en l'espace de deux mois. Cela n'a aucun sens, si ce n'est pour les trésoriers du ballon, qui traieront une vache qui n'a plus rien de sacré jusqu'à ce qu'elle n'ait plus rien à offrir.

Liverpool's English defender Trent Alexander-Arnold (C) sits on the ground after picking up an injury during the English Premier League football match between Manchester City and Liverpool at the Etihad Stadium

Crédit: Getty Images

La comparaison avec les chiffres "normaux" d'un championnat qui a toujours été redoutable pour les organismes fait frémir. Selon Ben Dinnery, analyste et statisticien spécialisé dans les blessures de footballeurs, et qui tient à jour leur registre sur son site, après six journées de championnat complètes (ce qui constitue un échantillon statisquement significatif), le nombre d'accidents musculaires était en hausse de 42% par rapport à la saison précédente. Ben s'attend d'ailleurs à ce que cette hausse se confirme et même s'aggrave lors des mois à venir, ce qui n'étonnerait personne au vu du calendrier démentiel qui attend les clubs de PL au moment des fêtes de fin d'année.

L'impact dévastateur de la "perfect storm"

La congestion du calendrier n'explique pas tout, cependant. Après tout, les clubs de PL disposent d'effectifs a priori suffisammment riches pour leur permettre de mettre en place une rotation accrue. Le suivi médical des joueurs n'a jamais été aussi complet que de nos jours. Et comment se fait-il que Crystal Palace, Newcastle ou Brighton, qui ne participent à aucune compétition européenne, figurent aussi haut dans la liste des clubs les plus sérieusement affectés par cette hécatombe ?

La réponse, selon Ben, est que la crise actuelle est ce que les anglophones appellent "a perfect storm", une conjonction hélas parfaite de paramètres négatifs dont l'impact ne s'additionne pas, mais se multiplie. Et parmi ces paramètres, aucun n'a joué de rôle plus important, semble-t-il, que la quasi-absence de pré-saison pour les clubs de PL. La saison 2019-20 de Manchester United s'acheva...le 16 août, celle de Man City le 15. Arsenal remporta sa finale de FA Cup le 1er août. Le 29 du même mois, l'équipe de Mikel Arteta était de retour à Wembley pour le Community Shield.

Dans une année "normale" - mais qu'est-ce que la normalité en 2020? -, les joueurs disposent de quatre semaines de vacances avant d'entamer leur programme de pré-saison, lequel est d'une durée similaire, les footballeurs ayant disputé un tournoi estival de la FIFA ou de l'une de ses confédérations reprenant l'entraînement et la compétition plus tard que leurs coéquipiers. Pas cette fois-ci.

Gary Cahill of Crystal Palace leaves the pitch injured during the Premier League match between Crystal Palace and Chelsea FC at Selhurst Park on July 07, 2020 in London, England. Football Stadiums around Europe remain empty due to the Coronavirus Pandemic

Crédit: Getty Images

En 2020, pas de vacances ni de pré-saison

Cette fois-ci, pas de vraies vacances, pas de vraie pré-saison. On a improvisé. On a navigué à vue, en tournant le regard vers un calendrier établi pour étancher la soif d'images et de contenu des diffuseurs et minimiser le manque à gagner des clubs, sans égard pour la santé des principaux acteurs, lesquels en paient le prix aujourd'hui - après avoir, pour la plupart, accepté de voir leurs salaires et primes diminuer de manière significative. On ne versera pas trop de larmes sur le sort de multi-millionnaires, d'accord, quand d'autres se retrouvent à la rue. Mais une injustice demeure une injustice, quelle que soit sa victime.

Lorsque le football anglais avait repris au mois de juin, ç'avait été après un hiatus de deux mois, pendant lesquels les joueurs avaient suivi des programmes de préparation physique personnalisés, dans un contexte médical hyper-sécurisé. La pandémie avait alors forcé le football à reprendre son souffle. Il est aujourd'hui au bord de l'asphyxie.

La santé des joueurs s'en ressent, la qualité du jeu elle aussi, comme la seconde période du City - Liverpool de dimanche dernier en fut la triste illustration. Une première mi-temps exceptionnelle, puis... presque rien. Du côté de Liverpool, comme le reconnut ensuite Andy Robertson, ç'avait été un choix délibéré. La décision prise par Klopp d'aligner un 4-2-4 était dictée par la condition physique de ses joueurs autant que par les absences de Van Dijk, Firmino et Fabinho. L'idée était de faire subir un véritable blitz à Manchester City, de les faire exploser dans la première demi-heure, pour pouvoir ensuite lever le pied et gérer un capital de deux ou trois buts d'avance. Le pari ne fut pas loin de réussir.

Le fait demeure qu'un manager ne devrait pas avoir à faire un tel pari. Le fait demeure que voir joueur après joueur sortir du terrain en se tenant la cuisse ou le mollet pour avoir trop tiré sur la corde n'est pas le spectacle qu'on attend de la Premier League. Le fait demeure qu'en faisant jouer les footballeurs jusqu'à ce qu'ils se blessent, c'est le football qu'on assassine.

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