Bon débarras, 2020, nous ne te regretterons pas. Mais ce millésime au goût amer mérite néanmoins qu'on jette un ultime regard sur ce qu'il nous a offert lors des douze derniers mois en Premier League, en bien comme en mal. Voici un palmarès qui n'a rien d'exclusif, auquel d'autres noms et d'autres catégories auraient pu figurer, sans le moindre doute : ce choix ne peut être que personnel, encore que je doute qu'il y ait un débat autour du premier mentionné.

L'équipe de l'année : Liverpool FC

Qui d'autre en Angleterre? Personne, évidemment, ne peut concurrencer les Reds, qui ont mis fin à trois décennies d'attente de la manière la plus convaincante qui soit - 18 points d'avance sur le champion sortant, Manchester City -, et n'auraient certainement pas mérité que la pandémie leur vole un titre historique, que le recul fait paraître inévitable, mais qui ne l'était certainement pas jusqu'au tournant de l'hiver. On se demandait alors si Liverpool n'allait pas craquer, comme Liverpool avait déjà craqué par le passé. Trois fois seulement depuis le début du XXIème siécle, une équipe en tête du classement à la Noël avait finalement échoué dans sa quête du championnat. Chaque fois, cette équipe avait chuté dans les toutes dernières longueurs. Chaque fois, cette équipe avait été Liverpool.
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Liverpool déjà champion ? "Quand on voit la marge de sécurité dont les Reds disposent…"

Mais le Liverpool de 2020 n'est pas que celui du titre tant attendu. Il est aussi celui qui, malgré les blessures qui ont affecté et continuent d'affecter des membres-clé de son effectif (dont le plus important, Virgil van Dijk, mais aussi Thiago, Gomez, Jota et quelques autres), parait aujourd'hui promis à se succéder à lui-même au tableau d'honneur de la PL. Ce qui serait un obstacle pour d'autres devient un aiguillon pour les Reds de Klopp. Des solutions se font jour là où on s'y attendait le moins.
On s'inquiète de voir Gini Wijnaldum bientôt entrer dans les six derniers mois de son contrat ? Voilà que Curtis Jones, un pur scouser en plus, se plante sur le devant de la scène et prend le micro. Les deux Williams, Rhys et Neco, se glissent dans le onze de départ, et personne n'en souffre sinon leurs adversaires. Et ils ont beau être devenus champions d'Angleterre, d'Europe et du monde en l'espace de deux ans, ils sont toujours aussi affamés.

Curtis Jones, la belle promesse dans le milieu de Liverpool

Le joueur de l'année : Marcus Rashford

Faire de Jordan Henderson le "footballeur de l'année" en Angleterre n'avait rien d'un scandale. Mais ce que Marcus Rashford accomplit en 2020 le place dans une catégorie pour laquelle il est quasiment le seul footballeur de sa génération à se qualifier haut la main. Il a contribué à changer le monde pour le mieux. Il est devenu un héros national. Il l'a fait avec le sérieux et la modestie qui ont caractérisé sa progression dans le monde du football, depuis qu'il n'était qu'un apprenti qui arrivait le ventre creux aux entraînements des minimes de Manchester United, et ne l'oublia jamais. Grâce à Marcus Rashford, 23 ans depuis deux mois, des centaines de milliers d'enfants du Royaume-Uni n'ont pas pas crevé de faim pendant les vacances scolaires. Il a défié le gouvernement de Boris Johnson, deux fois. Il a gagné.
Tout au long d'une année crépusculaire, il a apporté de l'espoir à un pays frappé comme aucun autre en Europe par le Covid (plus de 84 000 morts au 31 décembre, selon le Bureau National des Statistiques britannique, l'ONS), déchiré par le Brexit, et en proie à une récession plus brutale que dans quelque autre nation du G20. Tout ceci n'a pas empêché Rashford de finir l'année calendaire 2020 avec un bilan personnel de 21 buts et 13 passes décisives en 42 matches pour son club, alors qu'une blessure l'avait empêché de jouer du 11 janvier au 19 juin. Le joueur a encore des progrès à faire; l'homme, c'est moins sûr.

Il a fait plier Boris Johnson et en veut plus : les combats de Rashford contre la pauvreté infantile

La révélation de l'année : Jack Grealish

J'ai dit tout ce que j'avais à dire de cette merveille de joueur ici-même à la mi-novembre. Mais si je n'ai rien à ajouter à titre personnel, Grealish, lui, a continué d'éblouir à presque chacune de ses sorties depuis. Sur la saison 2020-21, il est désormais, avec Neymar et Léo Messi, le joueur dont les actions individuelles ont le plus souvent débouché sur un tir au but pour son équipe dans les grands championnats européens. Et, quels que puissent être leurs problèmes, le PSG et le Barça ne sont pas Aston Villa, non?

La bonne surprise de l'année : Aston Villa

Oui, Villa, justement, sauvé in extremis de la relégation par un nul obtenu contre West Ham, et aujourd'hui installé dans le Top 6. Le Villa qui a passé sept buts au champion. Le Villa de Grealish, mais aussi de John McGinn, l'un des grands architectes de la qualification de l'Ecosse pour l'Euro, des deux recrues (et probablement futurs internationaux) venues du Championship, Matty Cash (Nottingham Forest) et Ollie Watkins (Brentford), d'Emiliano Martinez, dont beaucoup de fans d'Arsenal regrettent le départ, de Bertrand Traoré, Targett, Mings, Konsa et...Dean Smith, un entraîneur qui n'applique pas la méthode Allardyce pour survivre. Mine de rien, ce cru 2020-2021 des Villans pourrait être de ceux dont on se souviendra avec gratitude, voire émotion, à l'avenir.

Anwar El Ghazi of Aston Villa celebrates with teammates Kortney Hause, Ollie Watkins and Jack Grealish after scoring his team's third goal during the Premier League match between Aston Villa and Crystal Palace

Crédit: Getty Images

Le bol d'air frais de l'année - Leeds United

Ca passe, ça casse? Ca ne laisse jamais indifférent. Ca régale! Comme on l'espérait, comme on l'attendait. Avec un effectif qui a pourtant toujours un fort parfum de Championship, avec Stuart Dallas pour Cafu et Luke Ayling pour Roberto Carlos, Marcelo Bielsa nous a concocté une merveille d'équipe qui ignore ce que c'est que la peur, et fiche donc une frousse épouvantable à quiconque croise son chemin, y compris Liverpool, passé tout près de la sortie de route dès la première journée de la saison.
L'erreur serait d'exagérer la part de risque du jeu bielsien dans le contexte de Leeds, dans la mesure où cette prise de risque, qui déséquilibre presque tous ses adversaires, en est une ...sans l'être. Si Leeds jouait comme West Brom, ou Burnley, Leeds ne courrait-il pas davantage de risques, justement? Merci à eux de nous rappeller que la prudence n'est pas toujours le meilleur des calculs. Et de nous donner tant de plaisir, surtout.

Leeds s'est amusé face à West Brom.

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Le deal de l'année : Bruno Fernandes

Manchester United espérait avoir recruté le créateur qui lui faisait défaut, et Manchester United n'a pas été déçu. Le Portuguais a transformé les Red Devils comme aucun autre joueur depuis Éric Cantona. Il a joué un rôle direct dans 32 des 61 buts inscrits par MU depuis son arrivée au club, buteur à 18 reprises, passeur décisif à 14. Il est aussi un fort-en-gueule qui s'est tout de suite fait respecter dans le vestiaire de son club. United a beau s'être replacé dans le sillage de Liverpool, United ne convainc toujours pas complètement, ayant dû son regain - provisoire ou pas, l'avenir le dira - aux performances de certaines de ses individualités plutôt qu'à la maturation d'un plan de jeu, bien qu'Ole Gunnar Solskjaer soit en place depuis deux ans maintenant. Aucune de ces individualités n'a apporté autant que l'ancien numéro 10 du Sporting. 55 millions d'euros ? "A steal", diraient les Anglais. Une aubaine, disons-nous tous.

La déception de l'année : Paul Pogba

Ce n'est pas de l'acharnement vis-à-vis d'un joueur qui, quand c'est la France qui lui fait appel, sait répondre présent. C'est une simple constatation. L'ex-footballeur le plus cher du monde est pire qu'un paria : un remplaçant. Un paria à la Ozil ne voit pas sa réputation souffrir de son absence, bien au contraire. On se dit que cette absence a à voir avec des facteurs qu'il ne maîtrise pas. On ne remet pas en doute ses qualités, on parle de "mise à l'écart", de "punition". Libre alors à chacun de se faire une idée sur les vraies motivations du bannissement.
Paul Pogba, lui, 27 ans, n'est pas un exclu, un lépreux envoyé sur son île. Il joue par-ci par-là. Son temps de jeu en 2020-2021 (62% des minutes qu'il aurait pu disputer au total, exception faite des matches manqués pour cause de blessure) n'a rien de ridicule ; mais son impact a été minimal. Le futur Ballon d'Or n'est plus titulaire à MU. Ses concurrents directs Fred et Scott McTominay ont davantage de temps de jeu au compteur que lui en Premier League cette saison. Cette déception, Paul Pogba doit être le premier à la ressentir. Vivement 2021, vivement la sortie !

Juve want Pogba in January, Real Madrid not out of race - Inside Football

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Le mauvais gag de l'année : la saga saoudienne de Newcastle

Ah, quel cirque que celui offert autour de la "reprise" de Newcastle United par le fond souverain de l'Arabie saoudite, en particulier par une certaine presse anglaise, qui ferma les yeux sur les motivations des Saoudiens et se fit enfariner comme un bleu par les conseillers en communication d'Amanda Staveley, la soi-disant architecte de ce deal faramineux avec la monarchie absolue du Golfe. Victime consentante? Dans certains cas, absolument, et même complice, ce qui, quand il s'agit d'un régime aussi brutal que celui de Mohammed bin Salman, aurait dû porter à davantage de réflexion.
Le gag dura la moitié de l'année, la baudruche ne se dégonflant pour de bon qu'en juillet, plus de trois mois après qu'Eurosport avait lancé cet avertissement. C'était là une belle illustration de ce que les médias perdent en accrochant leur wagon à la locomotive qu'ils sont censés suivre. On ne devient pas impunément agent des nations qui se servent du football comme d'un instrument de politique étrangère.

Le couac de l'année : Manchester City et l'UEFA

Le verdict rendu part le Tribunal arbitral du sport fin juillet, qui invalidait la suspension de deux ans infligée par l'UEFA à Manchester City pour de graves infractions aux réglementations du fair-play financier, était sans doute aussi un arrêt de mort pour ce trop fameux FPF, ce tigre de papier qui, au bout du compte, n'aura permis qu'aux puissants de s'assurer qu'ils le demeurent. Man City n'avait pas été "innocenté" par le TAS, loin de là. L'UEFA avait tout simplement "oublié" qu'il y avait prescription pour les faits qui étaient imputés au club mancunien. Et voilà que, pandémie oblige, le FPF est de facto suspendu. Au vu de ce que son introduction déclencha, on ne le regrettera pas trop. Pas plus que 2020, en tout cas.

Pep Guardiola the manager of Manchester City reacts during the UEFA Champions League Quarter Final match between Manchester City and Lyon at Estadio Jose Alvalade on August 15, 2020

Crédit: Getty Images

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