Les plus sceptiques craignaient une incompatibilité, imaginaient que le champ d'action de l'un réduise celui de l'autre. Entre Cristiano Ronaldo et Bruno Fernandes, l'alchimie devait être impossible ; c'était ce que la cohabitation des deux hommes en sélection portugaise laissait penser, c'était aussi un raisonnement abstrait tenant compte des zones d'influence. Celle, énorme, du milieu de terrain depuis son arrivée à Manchester United. Et l'autre, colossale, de l'attaquant partout où il est passé.
Après la dizaine de matches qu'ils ont disputée ensemble sous le maillot mancunien, les débats ont déjà évolué. Les Portugais sont deux arbres qui cachent la forêt et leur impact sur le jeu et les résultats des Red Devils est considérable. A eux deux, "O Capitão" et son lieutenant ont été directement impliqués sur 19 des 27 buts inscrits par l'équipe d'Ole-Gunnar Solskjaer, soit 70%. La thèse de l'incompatibilité en a déjà pris sérieux un coup.
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À Manchester, pourtant, tout le monde n'est pas encore convaincu. Notamment Paul Parker, un ancien de la maison, dont l'avis tranché s'est répandu comme une traînée de poudre dans les tabloïds anglais ces derniers jours : "Bruno Fernandes a été influencé par le retour de Ronaldo et cela affecte son jeu, a lâché, sur Betfred, l'ex défenseur mancunien. Il s'est laissé intimider mentalement et ne fait plus toutes les bonnes choses qu'il faisait auparavant. Il ne prend plus les matches en main et ne crée plus d'opportunités. Et il n'y a qu'une raison à cela : c'est parce qu'il sent qu'il doit servir Ronaldo."

Cristiano Ronaldo et Bruno Fernandes lors du match opposant Manchester United à l'Atalanta, le 20 octobre 2021 en Ligue des champions

Crédit: Getty Images

(Re)voilà donc une objection qui, elle, a de beaux jours devant elle, la supposée théorie selon laquelle CR7 serait un aimant à ballon étant beaucoup plus difficile à concrétiser par des faits ou des chiffres. À moins que Bruno Fernandes débarque un jour devant les micros pour admettre qu'il cherche avant tout à servir son compatriote sans se soucier de la situation ou des positions de ses autres coéquipiers, on ne saura jamais si c'est effectivement le cas. Même si cette idée-là ne découle certainement pas que de raisonnements complètement irrationnels...

Moins décisif... vraiment ?

Si le rendement du meneur de jeu est encore remis en question, malgré les chiffres que vous avez lus plus haut, c'est parce qu'il n'est pas tout à fait dans la lignée de ce qu'il fut avant le "come-back" de la superstar. La saison dernière, Bruno Fernandes avait inscrit 28 buts et délivré 17 passes décisives toutes compétitions confondues et ce bilan attestait de l'omnipotence du bonhomme qui, lui-même, incarnait le renouveau de Manchester United. Cette saison, le joueur de 27 ans n'a inscrit que 4 buts... dont 3 dans un match que Ronaldo n'a pas disputé.
D'où le corollaire, qui ressemble surtout à un raccourci : Manchester va moins bien parce que son leader technique n'est plus aussi influent. Contestable. Car le joueur révélé au Sporting a, peu a peu, trouvé de nouveaux repères. Il a déjà cumulé sept passes décisives : une lors de chacun des sept derniers matches des Red Devils, à l'exception de l'humiliation subie contre Liverpool.

Bruno Fernandes derrière Cristiano Ronaldo lors du match opposant Manchester United à Liverpool, le 24 octobre 2021 en Premier League

Crédit: Getty Images

L'international lusitanien est toujours une formidable machine à ouvrir des brèches, ce même si son équipe peine encore, globalement, à avoir une emprise sur le jeu. Statistiquement, il crée d'ailleurs plus d'occasions que la saison dernière, à la fois en Premier League (3,7 en moyenne par match contre 2,6 en 2020/2021) et en C1 (4 contre 2,5).
Même si l'augmentation du nombre de matches devrait lisser ces chiffres, ils découlent aussi du nouveau rôle endossé par le milieu de terrain. L'influence de Bruno Fernandes est en réalité tout aussi grande qu'elle ne l'était auparavant. Elle est simplement plus éloignée du but adverse, en raison de la présence de vous savez qui.

Fernandes l'instinct, Ronaldo le robot

Capable de multiplier les appels en profondeur ou d'apporter du surnombre dans la surface adverse, l'ancien du Sporting a évolué vers un registre de n°10 que l'on croyait disparu. Sa zone d'influence s'étend sur les ailes, aux abords de la surface mais aussi à plus de 30 mètres du but adverse. D'ailleurs, l'analyse de ses sept passes décisives ne dit pas autre chose :
  • Deux ont été délivrées par des centres venus de la gauche ;
  • Deux ont été délivrées par des centres venus de la droite ;
  • Une est partie de l'axe, à 20 mètres ;
  • Une est partie de l'axe, à 40 mètres ;
  • Et la dernière, face à l'Atalanta, d'une talonnade dans la surface.
Bruno Fernandes agit maintenant comme le meneur créatif d'une équipe disposant du meilleur finisseur du monde. Il est l'instinct. Ronaldo est le robot. Sur les neuf buts que CR7 a inscrits depuis son retour, tous l'ont été après une ou deux touches de balle. Le milieu de terrain cherchait beaucoup son buteur ? Peut-être. Mais il le trouve aussi de plus en plus souvent. Leurs qualités font d'énormes différences et ce ne sont pas les Spurs qui diront le contraire.
"Ma passe est bonne mais la finition est parfaite, disait Fernandes au moment de commenter la reprise de volée gagnante de CR7 à la réception de l'un de ses centres contre Tottenham. C'était difficile de finir en une touche, avec peu d'espace pour trouver un angle comme il l'a fait. C'est toujours agréable de voir un coéquipier marquer et je suis très content de ma passe. Mais encore plus du but car si la passe arrive mais que l'attaquant ne marque pas, ce ne sera jamais une bonne passe."
Le milieu prend moins la lumière mais il n'est certainement pas dans l'ombre de Ronaldo. "Les bons joueurs peuvent toujours jouer ensemble", a rappelé Ole-Gunnar Solskjaer, qui a récemment comparé l'importance de Ronaldo à celle de Michael Jordan chez les Bulls. Bruno Fernandes, lui, fait un excellent Scottie Pipen.

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