Il faut peut-être préférer les belles histoires aux simples faits pour croire que le retour de Cristiano Ronaldo à Old Trafford n'est que romantisme. Ronaldo aime Manchester United. Manchester United aime Ronaldo. Pour autant, ce lien n'est probablement pas aussi indéfectible qu'on peut le penser. Et ce n'est même pas l'épisode qui a précédé son transfert chez les Red Devils, au cours duquel il a bien envisagé un départ chez le rival d'à côté, qui devrait nous le rappeler.
Dans cette histoire, il y a bien, tout de même, une relation d'une extrême profondeur. Entre Sir Alex Ferguson, sans qui le "come-back" de CR7 n'aurait peut-être pas été possible, et le Portugais s'est nouée une relation durable, rare et précieuse à ce niveau. "Je l'aime beaucoup et il a été l'une des raisons pour lesquelles j'ai signé à Manchester United, a d'ailleurs confié le Portugais à son retour, sur MUTV. Il est comme un père dans le football pour moi. Il m'a beaucoup aidé, m'a beaucoup appris et a joué un rôle très important dans ma carrière. Nous sommes toujours restés en contact. C'est une personne incroyable."
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Le 10 juillet 2016, l'ancien manager de Manchester United se tenait-là, dans les tribunes du Stade de France, presque noyé au milieu d'une foule qui attendait la descente des marches des Portugais, fraîchement sacrés champions d'Europe. Il fallait voir l'impatience de l'Ecossais, puis l'émotion de Ronaldo au moment où ces deux-là se sont retrouvés pour comprendre l'admiration qu'ils se vouent l'un pour l'autre.
Si Sir Alex n'était jamais bien loin des grands moments de la carrière de CR7, c'est avant tout parce qu'il fut là, aussi, lors de l'épisode le plus difficile de sa vie. "Je me souviens très bien de la période où mon père était malade à l'hôpital, dans le coma, alors que nous traversions des semaines importantes durant la saison 2005-2006, se remémorait Ronaldo en 2015 auprès de la BBC. Nous avions des matches cruciaux en Ligue des champions et en championnat, et je lui ai dit : 'Coach, j'ai besoin de partir et voir mon père. Je ne me sens pas bien, je dois le voir'. J'étais déjà un joueur important pour le club mais il m'a répondu : 'Ta famille est la chose la plus importante que tu aies. Si tu veux partir trois, quatre ou cinq jours, fais-le.' Quand il m'a répondu cela, je me suis dit que c'était une personne incroyable. Voilà pourquoi je l'aime."

Avec Rooney, un peu de friture sur la ligne

Depuis, le manager et son poulain se sont toujours accordé une confiance aveugle. Lorsqu'une statue à l'effigie du premier était érigée à Old Trafford, le second l'en félicitait sur écran géant. Lorsque le joueur enquillait les trophées en Ligue des champions, son chouchou d'entraîneur l'attendait discrètement, dans la coulisse, pour le congratuler. Ronaldo a aimé Ferguson comme un père. Ferguson a accompagné Ronaldo comme un fils.

"Dans un coin de sa tête, CR7 veut finir avec une statue devant Old Trafford"

Il l'a même protégé, souvent, au milieu d'un vestiaire au sein duquel les ambitions et la confiance du Portugais n'ont pas toujours fait l'unanimité. Certains cadres n'appréciaient pas son narcissisme. Ruud van Nistelrooy lui reprochait son individualisme et lorsqu'il fallut trancher, ce fut le Néerlandais qui prit la porte.
La seule fois où Sir Alex n'a pas pris parti pour le joueur de Madère, c'était avec Wayne Rooney. Sur le terrain, ces deux-là s'entendaient à merveille. Mais en dehors, peut-être étaient-ils trop différents. L'un aimait la gloire, l'autre était un laborieux, dans le sens noble du terme. Et en quart de finale de la Coupe du monde 2006, au cours d'un Angleterre - Portugal où Ronaldo avait poussé pour l'exclusion de son coéquipier mancunien, quelque chose s'était brisé.
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"Nous avions une équipe extraordinaire, se souvenait Gary Neville l'année dernière, sur Sky Sport. À tel point qu'à l'entraînement, je suis allé voir Sir Alex Ferguson pour lui dire : 'Je ne me sens plus capable d'être capitaine. Cette équipe a un niveau avec lequel je ne peux pas rivaliser.' Il m'a répondu : 'Tu vas garder ce fichu brassard, fiston. Si je le donne à Ronaldo, Rooney ne va pas apprécier. Si je le donne à Rooney, Ronaldo ne va pas apprécier."

Ferdinand, l'exception

En août dernier, lorsque le multiple Ballon d'Or était plus proche de City que de United, "Shrek" fut l'un des premiers à se démarquer : "Honnêtement, je ne peux pas y croire, avait-il dit à talkSPORT. Cristiano a laissé un très bel héritage à Manchester United. Et je sais à quel point il est fier, en tant que joueur. Je ne peux pas imaginer cela [...]. Je ne pourrais jamais jouer pour Liverpool ou Manchester City. Mais tout le monde est différent."
Au fond, l'amour de Manchester United pour Ronaldo est à l'image de la relation liant la plupart des monstres sacrés des Red Devils au Portugais. Un respect immense pour le joueur professionnel. Un attachement relatif pour le personnage. Et puisque certains d'entre eux (Gary Neville, Roy Keane) sont devenus des consultants extrêmement influents au sein du Royaume, il n'est pas certain que toutes les barrières soient levées.
Même si, parmi ceux-là, Rio Ferdinand est l'une des rares exceptions. L'ancien défenseur voue lui aussi une admiration sans borne pour le buteur mais leur amitié a résisté, bien au-delà de son transfert au Real Madrid. Il fut l'un des premiers à échanger avec CR7 après les premiers contacts entre Jorge Mendes et Manchester City. "Je l'ai appelé tout de suite et lui ai dit : 'Que se passe-t-il ? Dis-moi que c'est un mensonge, dis-moi que tu n'y vas pas'", a révélé l'ancien défenseur, quelques heures après l'officialisation du "come-back".
Finalement, Ronaldo n'a pas définitivement brisé le "romantisme" du foot. Samedi, à Old Trafford, il y aura assurément beaucoup d'amour dans l'air. Et ce qui liera le N.7 des nouveaux Mancuniens sera certainement d'une tout autre nature. À ses côtés, il y aura toujours des joueurs qui le respectent et qui admirent son professionnalisme. Certains, même, comme Bruno Fernandes ou Marcus Rashford, n'ont jamais caché l'idolâtrer. Et ça, avant, ce n'était jamais arrivé.
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