Il aura fallu presque vingt ans pour en arriver là. En arriver là, c'était remonter dans le temps, à certains égards, puisqu'à la suite de la tragédie de Hillsborough et des recommandations du rapport Taylor, il était interdit d'assister debout aux matches de Premier League et de Championship depuis 1994. Mais c'était aussi pour montrer ce que l'avenir pourrait être, lorsque supporters et clubs parlent d'une même voix et agissent de concert.
Oui, presque vingt ans depuis que les deux grandes associations anglaises de fans, la FSA et la NFFS, décidèrent de fusionner et de devenir la Football Supporters Federation, ou FSF, aujourd'hui riche de plus de 500 000 membres. Et ce dimanche, ce qui était l'un des premiers objectifs de la nouvelle organisation a été atteint : pas loin d'un tiers des supporters de Chelsea et de Liverpool qui assistèrent à un 2-2 d'anthologie entre leurs deux équipes, purent le vivre debout, sans craindre qu'un stadier leur ordonne de s'asseoir à nouveau, et sans craindre d'étre éjecté de l'arène en cas de récidive.
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Examen de passage réussi

Sur le papier, ce n'était encore qu'un test. Dans les faits, c'était un examen de passage, qui fut réussi. 12 420 des 41 837 places disponibles à Stamford Bridge avaient été équipées de barrières de sécurité comparables à celles que l'on voit dans les stades de Bundesliga. Il ne s'agissait pas d'un retour aux "terraces" d'antan : afin d'éviter de dangereux mouvements de foule, tous les spectateurs concernés s'étaient vus attribuer des tickets numérotés qui leur donnaient accès à une sorte de siège virtuel, et n'en bougèrent pas en quatre-vingt-dix minutes. "Je me sentais parfaitement en sécurité, commenta Peter Trenter, le président du Chelsea Supporters Group. Ca fait plus de quarante ans que je suis un abonné de Chelsea, et quand je compare ce que j'ai vécu [dimanche] à ce que je vivais dans les années 1970 et 1980, c'est comme si tout ce qui me manquait depuis était revenu".
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Le lendemain, c'était au tour de Manchester United de transformer une partie d'Old Trafford en laboratoire pour cette expérience, avec deux mille des spectateurs présents pour la venue des Wolves en guise de cobayes. Cette fois-ci encore, pas le moindre incident ne fut à déplorer. Ce n'est plus qu'une question de temps avant que le safe standing devienne la norme dans les stades de Premier League et de Championship; et à en juger par le ton favorable des commentaires des autorités britanniques, ce pourrait être dès le début de la saison 2022-23.
Les fans sont prêts. Les clubs sont prêts, leurs stades aussi. A Anfield, par exemple, une zone de safe standing - qui accueillera 8800 spectateurs - est déjà en place; à Anfield, où le souvenir toujours aussi douloureux des 97 victimes de Hillsborough avait pourtant fait jurer à beaucoup que jamais, au grand jamais, on ne reviendrait aux tribunes debout d'antan. "Je n'ai jamais cru à quelque forme de safe standing que ce soit, dit Margaret Aspinall, dont le fils périt à Hillsborough, et qui se bat depuis 1989 pour que justice soit faite. Mais mon opinion a complètement changé. On doit permettre à ceux qui veulent être debout de l'être. On traite les fans complètement différemment aujourd'hui. On les supervise. Ils sont plus prudents. Ils ont appris leurs leçon, à cause de Hillsborough".
Au delà de ce que l'exercice a d'un exorcisme pour le football anglais, il montre aussi que le fan power n'est pas une vue de l'esprit, une illusion entretenue par quelques romantiques qui souffrent de voir leur sport devenir la proie du football business. En avril dernier, on avait pu voir en leur opposition à la Super League un ultime baroud d'honneur, une dernière sortie qui, même si elle avait des allures de victoire, ne faisait que retarder l'inéluctable, aussi futile au bout du compte que les actions des luddites, ces ouvriers du textile qui, au début du XIXème siècle, avaient vainement lutté contre la Révolution Industrielle en brisant les machines des manufacturiers. Ce n'est pas avec des digues de galets qu'on arrête ce genre de marée.
On dira que, dans le cas du safe standing, les supporters avaient mené une campagne dont les clubs avaient tout lieu de souhaiter le succès, en ce qu'elle n'affectait pas leurs revenus, et qu'elle contribuerait à créer ou recréer le type d'"atmosphère à l'anglaise", "vintage" dirait-on aujourd'hui, qui constitue un si bel argument de vente pour la Premier League sur les marchés étrangers. De cela, personne n'est dupe. Mais le fait demeure que ce sont les fans qui furent les initiateurs et les moteurs de cette campagne, et qu'ils finirent par obtenir gain de cause. Pourquoi ce type de synergie ne pourrait-il pas servir d'autres causes ? Est-ce que ce ne sont pas les supporters eux aussi qui se battirent pour fixer à 30£ le prix maximum des billets vendus aux fans en déplacement ?

Le fan power n'est pas un vain mot

L'ironie est que cette nouvelle manifestation du pouvoir des supporters que constitue l'introduction du safe standing coincide avec l'arrivée en masse de plateformes de fan engagement dans le football anglais et bien au delà, dont Socios.com est la plus visible et la plus agressive. Celles-ci font miroiter à qui achète leurs jetons - en utilisant la cryptomonnaie émise par ces plateformes, bien sûr - un statut de "super fan" et promettent de les impliquer dans certaines décisions de leurs clubs... mais quelles décisions ? Choisir la musique de célébration des buts de leur équipe. Voter sur les couleurs et le design de son troisième maillot. Autant dire, choisir la sauce à laquelle être mangé par les monétisateurs du supportérisme.
Là pourrait bien être le futur grand combat des fans anglais : faire comprendre à leurs clubs que ce n'est pas en essayant de vider leurs poches pour le bénéfice de traders en jetons 'non-fongibles' et cryptomonnaies qu'ils s'assureront de leur fidélité. Après tout, les supporters de Norwich étaient bien parvenus à obtenir de leur club qu'il résilie un contrat de sponsoring avec BK8, un site asiatique de paris en ligne des plus douteux. Le fan power n'est pas un vain mot : ce n'est pas que dans les stades que les supporters peuvent se mettre debout.
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