Comment la Premier League peut-elle avoir les moyens de dépenser plus de 1,2 milliard d'euros net en ce mercato estival, alors que quasiment tous ses clubs ont affiché des pertes record pendant les deux saisons affectées par la pandémie ? Ce 1,2 millard net constitue un nouveau record du monde. Nul besoin de préciser que ce record lui appartenait déjà. La Liga n'est qu'un très lointain second dans cette course aux armements, avec 85 millions de dépenses en net, soit 5% de ce que les clubs de Premier League ont sorti de leurs comptes en banque depuis trois mois.
Ce ne sont pas que les géants du football anglais qui ont mis la main à la poche. En fait, Liverpool n'a dépensé qu'une quinzaine de millions, les ventes de Mané, Neco Williams et Takumi Minamino équilibrant plus ou moins le débours consenti pour faire venir Darwin Nuñez de Benfica. Manchester City s'est montré encore plus vertueux : les Cityzens affichent un solde positif de plus de vingt millions sur ce mercato. Erling Haaland et Kalvin Phillips sont bien arrivés, mais les transferts de Raheem Sterling, Gabriel Jesus, Oleksandr Zinchenko et de quelques autres noms moins ronflants (Porro, Itakura, Muric) ont plus que compensé l'effort consenti par le champion d'Angleterre.
Premier League
Premier League, un mercato jusqu'à la caricature
02/09/2022 À 10:24
Les folies, ce sont d'autres qu'eux qui y sont succombé, comme le promu Nottingham Forest, qui a vu débarquer vingt-et-un nouveaux joueurs à l'intersaison, ce qui aura coûté 154 millions d'euros (net, of course) à leur propriétaire Evangelos Marinakis, soit dix-sept fois ce qu'il a dépensé pour son autre club, Olimpiacos, dont il se dit un fan de toujours. Forest avait pourtant enregistré des pertes d'exploitation de 36,8 et de 39,2 millions sur les deux dernières saisons pour lesquelles on dispose de comptes à jour, 2019-20 et 2020-21. Cela n'a en rien tempéré l'enthousiasme du très controversé milliardaire du Pirée.
Comparé à Chelsea, on dira d'ailleurs que ces 75 millions et quelques, ce n'est presque rien, puisque les Blues avaient bouclé l'exercice 2020-21 avec un déficit de 177 millions d'euros, eux. Roman Abramovitch avait colmaté la brèche, comme de coutume. Abramovitch n'est plus là, mais rien n'a changé : Clearlake Capital, Todd Boehly et leurs associés ont pris le relais, et sont demeurés fidèles à l'esprit maison en dépensant 228 millions cet été. Oui - net. Comment est-ce possible ?

Quel est le plus gros craquage de l'été ?

Sept ans de contrat ? C'est possible

Et comment Manchester United, dont le dernier titre remonte à 2017, et qui est désormais devancé par Manchester City, le Real Madrid, le Bayern et le FC Barcelone (et talonné par le PSG) dans la Rich List du cabinet comptable Deloitte, peut-il se permettre de dépenser lui aussi presque 230 millions d'euros net sur ce mercato estival ? Comment ceci peut-il être compatible avec les réglementations du fair-play financier, que ce soit au niveau anglais ou européen ?
La réponse à ces questions tient en partie en une autre : pourquoi Wesley Fofana vient-il de signer un contrat de sept ans avec Chelsea ?
Sept ans, oui, c'est possible. Le règlement du statut du joueur de la FIFA spécifie pourtant bien que “un contrat est établi pour une durée minimale allant de la date de son entrée en vigueur jusqu’à la fin de la saison et au maximum pour une durée de cinq ans".
Chelsea et Fofana ont néanmoins opté pour une rallonge de deux saisons sur ce “maximum”. C'est que la réglementation de la FIFA stipule : "les contrats d’une durée différente [..] sont autorisés [...] s’ils sont conformes au droit national en vigueur". Or, comme le droit national anglais ne voit aucune raison de s'opposer à un septennat en la matière, le jeune défenseur français sera donc un “Blues” jusqu'en juin 2029. En principe.

Wesley Fofana avant un entraînement avec Chelsea.

Crédit: Getty Images

En principe, car Chelsea n'avait pas pour seul objectif de s'accrocher à sa recrue aussi longtemps que la loi le leur permettrait, et de protéger ainsi plus longtemps sa valeur marchande. Chelsea entendait aussi rester dans les clous du fair-play financier en se servant d'un tour de passe-passe comptable sans lequel presque aucun club - anglais ou pas - ne pourrait présenter de comptes à l'équilibre aux contrôleurs de leur ligue ou de l'UEFA : l'amortissement.
Fofana aura coûté 80 millions d'euros à Chelsea. Cela ne signifie pas que 80 millions seront portés au passif du club, qui a le droit d'amortir le coût du transfert sur la durée totale du contrat signé par le joueur et qui, dans le cas de Fofana, est de sept ans. 80 divisé par 7 égale 11,43; ce seront donc 11,43 millions qui seront portés au compte des dépenses de Chelsea en 2022, 23, 24...et ainsi de suite jusqu'à 2029, quand ce contrat sera parvenu à son terme ne vaudra plus un centime.

La clé, c'est l'amortissement

Présenté ainsi, la chose a un certain sens, le problème étant que les revenus perçus par le club, lorsqu'il vend un joueur, peuvent être aussitôt portés à son crédit, et en intégralité, quand bien même la plupart de ces paiements sont effectués par tranches, le plus souvent sur trois ans.
En vendant dans le même temps Billy Gilmour un peu plus de 10 millions à Brighton, Chelsea avait donc quasiment absorbé le passif généré par le recrutement de Fofana, à tout le moins pour une saison. Astucieux, non ?
Considérés de la sorte, les transferts a priori exorbitants de Manchester United n'auront pas été si onéreux que cela aux yeux des comptables.
  • Antony, 95 millions, cinq ans de contrat : 19 millions par an.
  • Casemiro, 70 millions, quatre ans : 17,5 millions par an.
  • Lisandro Martinez, 53,4 millions, cinq ans : 10,7 millions par an.
  • Tyrell Malacia, 15 millions, quatre ans : 3,75 millions par an.
Si vous faites l'addition, c'est un peu moins de 51 millions en prenant en compte les amortissements sur les durées de contrat, et comme Manchester United a récupéré 11 millions pour la vente d'Andreas Pereira à Fulham et le prêt payant d'Eric Bailly à l'OM, ce ne sont 'que' quarante millions qui grèvent les comptes du club; et vu que, dans le même temps, MU s'est séparé de Paul Pogba, Edinson Cavani, Jesse Lingard, Nemanja Matić et Juan Mata, et n'aura plus à payer leurs salaires… eh bien, il est probable que la situation financière du club se sera améliorée, 230 millions de débours net ou pas. Demeurer dans les clous du fair-play financier? Easy!
Le problème est que ce mécanisme comptable profite d'abord aux riches, en ce qu'eux ont bien davantage à gagner en s'en servant. Ces riches, ce sont les clubs de Premier League, dont dix figurent parmi les treize les plus dépensiers au monde cet été.
Ces riches savent aussi que, si toute l'Europe se serre la ceinture et tâche à parer au pire, et malgré une inflation qui, au Royaume-Uni, dépasse déjà 10% (et pourrait atteindre 22% en janvier, selon les analystes de Goldman-Sachs), plus une livre sterling qui chute à nouveau sur les marchés des changes, la Premier League, elle, sera épargnée. Plus populaire que jamais, elle recevra 12 milliards d'euros au titre des droits TV (désormais, et pour la première fois, plus profitables à l'étranger qu'en Grande-Bretagne) sur l'exercice 2022/2025, soit une augmentation de 16% sur le triennat précédent.
Elle n'a pas que les meilleurs joueurs. Elle a aussi les meilleurs vendeurs, et les meilleurs comptables.
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