Puisque le foot est souvent une affaire d'État au Portugal, le président de la République a dû rassurer la population, dimanche, sur RTP, la première chaîne publique du pays : "La lutte continue, a-t-il confié après la défaite de la Seleção das Quinas face à la Serbie. Il y a la suite en mars [les barrages, NDLR]. Nous sommes habitués à cela, à souffrir jusqu'à la fin mais nous allons passer."
Le dirigeant lusitanien, politiquement au moins aussi mal en point que l'équipe nationale, a omis de préciser que rien n'est comparable aux situations du début de la décennie, lorsque le Portugal était à chaque fois passé par un trou de souris pour disputer les Coupes du monde 2010 et 2014, ainsi que l'Euro 2012. Ni la formule. Ni le contexte. Ni l'équipe.
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Le Portugal et Santos naviguent à vue

La Seleção n'avait pas abordé le purgatoire avec la perspective d'un gâchis aussi grand. Elle pourrait manquer son premier grand rendez-vous au XXIe siècle en ayant découvert la génération la plus talentueuse de son histoire. Jamais le Portugal n'avait disputé une campagne de qualification en comptant, dans ses rangs, l'un des meilleurs joueurs de l'histoire (Ronaldo), l'un des meilleurs passeurs d'Europe (Bruno Fernandes), le meilleur joueur de Premier League (Ruben Dias) et "le meilleur latéral du monde" (João Cancelo), selon son propre sélectionneur.
Cette abondance de biens, dont Fernando Santos n'a pas toujours bénéficié durant son mandat à la tête de l'équipe portugaise n'était, en revanche, pas une garantie. À l'ère ou les fenêtres de préparation des sélections nationales fondent presque aussi vite que les glaces du Groenland, bâtir un projet de fond est devenu une condition de survie. Mais dimanche, comme trois jours plus tôt face à l'Irlande, le Portugal a tenté de ne pas perdre, à défaut de jouer pour gagner. "Nous n'avons pas été supérieurs à la Serbie ne serait-ce que dix minutes, a commenté Bernardo Silva après le match sur RTP. C'est inadmissible."

Les Portugais abattus après le deuxième but de la Serbie, le 14 novembre 2021

Crédit: Imago

C'est peut-être parce que son plan, bien pensé mais court-termiste, lui a permis de décrocher le premier grand titre de l'histoire de la Seleção, que Fernando Santos a oublié de faire évoluer son approche. Même s'il s'en défend. "Ce n'est pas vrai, nous ne sommes pas calculateurs, a-t-il assuré à la télévision portugaise. Les joueurs le disent mieux que moi, nous jouons pour gagner. Malheureusement, ça ne se passe pas toujours comme on le veut, et c'est ma responsabilité."

Gâchis de joueurs... et d'entraîneurs

Il fallait être dans le vestiaire, ou plus sûrement dans la tête du sélectionneur lusitanien, pour comprendre quel était le plan portugais, si ce n'était de plier sans rompre. "Le discours n'est peut-être pas passé mais le message n'était pas de jouer comme ça", a assuré Santos. Il n'a pas franchement envoyé de bons signaux, surtout en deuxième période, au moment de sacrifier Moutinho et Bernardo Silva pour faire entrer Palhinha, milieu de terrain défensif, et faire reculer Danilo Pereira dans une défense à cinq très rarement expérimentée jusqu'ici.
Le Portugal a quatre mois mais très peu de préparation pour changer quelque chose. Ce ne sera pas son sélectionneur, chahuté ces derniers jours mais conforté après l'Euro, même si le pays dispose aussi d'un grand vivier d'entraîneurs reconnus et réputés (Castro, Fonseca, Villas-Boas...).
"Je pense avoir la compétence pour mener l'équipe au Qatar", a certifié Santos, quelque peu embarrassé à l'idée de mettre en péril la nouvelle génération dorée : "Que voulez-vous que je réponde à ça ?", s'est-il agacé face à cette éventualité. D'autant que le gâchis s'accompagnerait d'un autre fardeau. Santos devait rester l'entraîneur du premier grand succès de la Seleção. Il pourrait devenir celui qui a empêché Cristiano Ronaldo de disputer son cinquième et dernier Mondial.

Cristiano Ronaldo consolé par Nemanja Radonjic après la défaite du Portugal face à la Serbie, le 14 novembre 2021

Crédit: Imago

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