Mardi soir, Antoine Griezmann a traversé l'Espagne sans quitter Strasbourg et sa chambre d'hôtel. Il a tremblé, aussi. Parce que son désir a mis du temps avant de devenir réalité. Mais au terme d'un suspense hitchcockien, le Barcelonais est officiellement redevenu madrilène, à minuit largement passé. Après deux saisons que l’on qualifiera de mitigées au Barça, Grizou a été prêté à l’Atletico, club qui l’avait vu grandir et s’épanouir, jusqu’à devenir le fer de lance des Bleus.
Il y a un peu plus de trois ans, dans ces colonnes, il était question de “génération Griezmann”. De cette équipe de France qui s’était hissée au sommet du monde grâce à son talent collectif, évidemment, mais aussi par un état d’esprit qui ne pouvait être mieux incarné que par Antoine Griezmann, son fer de lance qui s’épanouissait dans l’ombre et laissait volontiers la lumière aux autres. Au nom du sacro-saint “don de soi” qui n’était pas un sacerdoce pour lui. Et qui faisait sa force.

"L'un des plus gros flops de l'histoire du mercato", Griezmann au Barça : il fallait que ça cesse

Ligue des Nations - Finales
Griezmann, centenaire à part
09/10/2021 À 21:30
En 2021, l’international français aux 95 sélections et 38 buts a encore pour credo le “don de soi”, toujours salué par son sélectionneur et pas plus tard qu’au cœur du mois d’août dans son interview de rentrée accordée au quotidien L’Equipe. Sauf que 2021 n’est plus 2018 et que les lignes ont bougé en équipe de France. L’été qui se termine l’a amèrement rappelé aux champions du monde, arrivés à Munich pour un doublé, repartis de Bucarest la queue entre les jambes.
Durant les deux semaines qu’a duré l’Euro pour les Bleus, Antoine Griezmann n’a été qu’un second rôle. Même pas un lieutenant ou un caporal. Juste un soldat qui a eu du mal à trouver sa place dans la tranchée tricolore. Positionné à droite lors de l’ouverture face à l’Allemagne (0-1) et plutôt rayonnant dans le combat, il s’est perdu face à la Hongrie (1-1), même si son but a sauvé les apparences, tout comme son recentrage tardif sur le terrain.
Pas hyper heureux de jouer à droite pour équilibrer le néo-trio d’attaque bleu, le désormais ex-Barcelonais a doucettement tapé du poing sur la table et exprimé son désir de retrouver sa position préférentielle sur le terrain, en ces termes feutrés. A la Griezmann. "Vous me connaissez, c'est dans l'axe que je me sens mieux, assumait-il au lendemain du match. J'ai du monde devant et derrière moi, je me sens plus libre. C'est plus facile pour moi. Mais je reste toujours au service du collectif". S’ensuivit une discussion entre DD et son meilleur relais sur le terrain, à l'entraînement. Le message avait été entendu. Et Griezmann avait terminé la compétition en position plus axiale, en phase offensive. Sans grande réussite.

A la croisée des chemins

L’Euro 2021 aura été celui d’une perte d’influence de Griezmann, l’homme appelé sur le papier à devenir le meilleur buteur de l’histoire des Bleus, ce que la mise à l’écart d’Olivier Giroud ne contredit guère. Durant la compétition, Griezmann a été “écrasé” par la volonté du bulldozer Mbappé. Le Parisien en a globalement trop fait et n'en a pas suffisamment laissé aux autres pour que l’équilibre des forces soit respecté et que l’équipe de France tourne rond. Karim Benzema, réintégré de dernière minute, s’est lui fondu dans le collectif mais le trio n’a pas fonctionné comme on l’imaginait. Comme on l’espérait. Il avait certainement besoin d’un peu plus de temps.

Des stats faméliques : Griezmann, une mauvaise passe en chiffres

A l’aube d’une 53e apparition de suite sous le maillot bleu, record qui souligne combien le Madrilène, fantomatique en ce début de saison, est essentiel et reste un mur porteur de l’édifice bleu, Antoine Griezmann se retrouve à la croisée des chemins. Sur la route du Qatar et d’une Coupe du monde qui est déjà perceptible, le Mâconnais ne peut se contenter de ce qu’il est devenu cet été. Sa perte d’influence dans le jeu et dans la répartition des tâches est un souci pour l’équipe de France. Si d’autres ont envie de pouvoir et de responsabilités, ce qui semble légitime, à lui aussi de défendre son pré carré. Ce qu'il n'a pas su faire au cœur d'un été où il a subi les événements.
Il y a quelques mois, alors que l’ancien de la Real Sociedad traversait une période un peu plus faste en club, Philippe Montanier, son ancien coach, nous confiait ces mots simples mais qui en disent long sur Grizou : “Antoine a besoin d'un environnement convivial. Il doit trouver du plaisir à jouer. En donner et en recevoir." En gros, Griezmann fonctionne à l’affect. Le numéro 7 des champions du monde reste un joueur à part dans la galaxie DD. Avant l’Euro, certains de ses coéquipiers, rigolards, assuraient même qu’il était le “chouchou” du sélectionneur. Diego Simeone, qu'il va retrouver, l'apprécie aussi. Et ce n'est rien de le dire. Une bonne nouvelle pour Grizou. Pour les Bleus aussi, sans doute.
Ligue des Nations - Finales
Comment l'Espagne a construit cette équipe de France
09/10/2021 À 14:20
Ligue des champions
Grizou, un but pour se relancer : "Les critiques ? Elles étaient justifiées"
28/09/2021 À 22:11