Arsenal fut la seule équipe à battre Leicester City deux fois lors de la saison du titre des Foxes, la seconde le 14 février 2016. Ce devait être la dernière défaite de l'équipe de Claudio Ranieri cette année-là, une défaite cruelle, d'ailleurs. Leicester, réduit à dix après l'expulsion de Danny Simpson, tenait encore bon à la cinquième minute du temps additionnel lorsque Danny Welbeck, servi par Olivier Giroud, arracha le but du 2-1 pour les Gunners.
De quoi parlait-on le plus après cette rencontre ? D'un championnat relancé ? Pas seulement. Ce revers avait fait que Tottenham et Arsenal étaient revenus à deux points de l'improbable leader; mais pour les journalistes qui avaient eu la chance d'être à l'Emirates en ce samedi hivernal - j'en étais -, il était un autre sujet de conversation : la performance d'un Français de 24 ans dans le milieu de terrain des Foxes, ses premières quarante-cinq minutes en particulier.
N'Golo Kanté attendait alors encore que Didier Deschamps l'appelle chez les Bleus pour la première fois (il fêterait sa première cape un mois plus tard, contre les Pays-Bas, remplaçant Lassana Diarra, mais oui, à la pause). Il avait déjà épaté cette Angleterre qui ignorait tout de lui lorsque Leicester l'avait fait venir de Caen à l'inter-saison, mais il ne l'avait jamais éblouie de la sorte. Il. Il s'agissait d'une de ces performances qui définissent un "avant" et un "après", qui, d'un seul coup, suffisent à élever le joueur dans une autre sphère. Rio Ferdinand avait donné le ton dans un tweet publié avant même le coup de sifflet final de la rencontre : "à ce moment précis, Kante est le meilleur tacleur/récupérateur de ballons de la planète".
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N'Golo Kanté (Leicester)

Crédit: Panoramic

De Sarri à Lampard, un système qui n'était pas fait pour lui

Ce qui avait le plus frappé les esprits ce jour-là était la capacité apparente du joueur de sembler pouvoir se matérialiser dans plusieurs zones à la fois, un don d'ubiquité qu'on mettait beaucoup trop facilement sur le compte de capacités physiques exceptionnelles, alors que la plus grande qualité du Français, ce qui en faisait un joueur hors du commun - une qualité qu'il partageait d'ailleurs avec tous les grands, quels que fussent leurs postes - était l'acuité de sa lecture du jeu, son appréhension de l'espace et du flux de l'action. Où qu'il faille être, il était là, plus vite que quiconque.
Mais trois saisons plus tard, bien que sacré champion d'Angleterre avec Chelsea comme il l'avait été avec Leicester, et bien que presque omniprésent dans la conquête du titre mondial avec l'équipe de France (il ne fut absent que 35 des 630 minutes qu'il aurait pu jouer au total en Russie), on commençait à se demander ce qu'il était advenu du souverain de l'entrejeu, du Man of the Match de la finale de FA Cup disputée quelques semaines avant le triomphe de Moscou. Et plus les mois passaient, plus on craignait de ne pas le revoir dans sa splendeur d'antan.

Kanté coupe du monde

Crédit: Eurosport

Maurizio Sarri s'était mis en tête de le faire jouer dans une position plus avancée, dans laquelle il arriva au joueur de briller, mais de manière trop intermittente, et sans jamais rayonner comme il savait si bien le faire depuis son poste de sentinelle. Le 4-3-3 favorisé par Frank Lampard n'était pas non plus fait pour lui, et en 2019-20, pour la première fois de sa carrière, il fut stoppé par une série de blessures qui lui firent manquer un total de vingt-trois matches, toutes compétitions confondues. Cette saison-là, en termes relatifs comme on termes absolus, Chelsea remporta davantage de matches quand il était absent du onze de départ de Lampard que lorsqu'il y était inclus.
Ce n'était pas non plus un secret que Kanté avait été très affecté par la lutte qui oppose son représentant actuel Abdelkarim Douis à son ancien agent Nouadi Khiari - contre lequel il porta plainte pour fraude et escroquerie en novembre 2019, et qui contre-attaqua en assignant le joueur en justice pour non-respect de ses obligations contractuelles en mai 2020.

Merci Thomas Tuchel

Mais cela, c'était "avant". Avant ce qui est davantage qu'un regain, et autre chose qu'une renaissance. C'est comme si la brume qui était descendue sur sa carrière s'était dissipée, presque comme si elle n'avait jamais été qu'une illusion. Sa Majesté N'Golo est de retour sur son trône, et de quelle façon.
Contre Manchester United et Liverpool en championnat, puis, surtout, contre l'Atlético de Madrid en Ligue des Champions, en fait dans chacune de ses sorties depuis que Thomas Tuchel l'a remis à sa place dans un 3-4-2-1 qui lui va comme un gant, associé dans un double pivot défensif soit à Kovacic, soit à Jorginho, on a retrouvé le Kanté dont on a le droit de penser qu'il pourrait bien être le plus grand demi défensif de l'histoire des Blues - et des Bleus. Son énergie ne l'avait jamais abandonné, mais son timing l'avait trop souvent déserté. La bonne, la merveilleuse nouvelle est qu'il est de retour.
Or, chez Kanté, le timing est suprême. Ce timing, c'est quand prendre ses appuis et quand se détendre pour voler un ballon de la tête à un adversaire plus grand de vingt centimètres que lui. Quand faire les trois pas de côté qui permettront de couper la trajectoire d'un ballon en paraissant ne pas avoir fourni d'effort. Quand se lancer dans un raid box-to-box, balle au pied, et quand se replier vers le premier poteau pour couvrir un défenseur central hors de position. Quand tacler - quasiment toujours debout, et sans commettre de faute la plupart du temps.
La mécanique qui s'était déréglée fonctionne à nouveau, sans heurts, peut-être bien grâce à un horloger prénommé Thomas, qui l'avait pourtant laissé de côté lors de ses sept premiers matches de PL dans la zone technique des Blues, ne lui donnant que quelques dizaines de minutes sur le terrain comme remplaçant contre Sheffield United, Tottenham et Newcastle. Or ce temps, celui de la réhabilitation, est passé, comme celui du doute avant lui. Celui de la réaffirmation est venu.
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