Samedi soir, dans les entrailles du Parc des Princes, Didier Deschamps était d'humeur plutôt guillerette. Souvent taquin avec ses interlocuteurs en temps normal, le sélectionneur de l'équipe de France l'était particulièrement après la très large victoire des Bleus face au Kazakhstan (8-0) et la qualification des siens pour la Coupe du monde 2022.
Non pas qu'elle ait retiré un poids de ses épaules, mais ce succès à huit buts inscrits - le deuxième de son mandat après l'amical France - Jamaïque en juin 2014 - a surtout validé ses orientations automnales : repasser à trois derrière et titulariser l'homme idoine dans le couloir droit (Kingsley Coman) auront permis d'étirer un peu plus l'invincibilité de ses troupes, celle qui dure depuis un an - une défaite face à la Finlande (0-2) - et a permis aux Tricolores d'accrocher la Ligue des Nations à leur tableau de chasse.
En 2021, Didier Deschamps a sans doute connu l'année la plus difficile de son mandat après 2013, où jusqu'au barrage retour face à l'Ukraine, la France avait ramé, bu quelques fois la tasse et évité la noyade sur le gong. A 90 minutes de la fin de l'année internationale, Deschamps présente un bilan paradoxal : celui d'un sélectionneur qui n'a pas perdu un match et qui, comme il le dit, "avait trois objectifs" dont deux ont été remplis. "Parfois, ça se joue à peu de choses mais l'équipe de France, en 2021, a prouvé qu'elle était capable de faire de très, très bonnes choses. Elle fait toujours partie des meilleures nations", a-t-il tenu à souligner samedi soir.
Qualif. Coupe du monde
Le jeu de tête, symbole du perfectionnisme façon Mbappé
15/11/2021 À 22:26

Le vital mais pas le plus important

Le plus vital de ces objectifs a été rempli au Parc des Princes : rallier le Qatar pour y défendre la couronne mondiale coiffée en Russie. Le plus honorifique a été atteint en octobre en remportant la Ligue des Nations. DD et les Bleus n'ont eu qu'un tort, être passés à côté du plus important : l'Euro.
Seule case non-cochée par Didier Deschamps, le Championnat d'Europe reste une cicatrice et fait tâche dans le parcours des Bleus en 2021. L'Euro et cette élimination face à la Suisse (3-3, 5 tab à 4) incarnent le premier vrai échec de DD à la tête de la sélection nationale. Avant cela, de 2014 à 2018, les compétitions internationales disputées par les Tricolores avaient entretenu l'idée d'une progression quand elles n'étaient pas une réussite. L'Euro a marqué un véritable coup d'arrêt.
S'il répète à l'envi que ses Bleus ont été victimes d'un blackout de dix minutes à Bucarest - celui qui a permis aux Suisses de revenir de 1-3 à 3-3 -, l'ancien capitaine des Bleus sait aussi bien que quiconque que, si le diable se cache dans les détails, le ver était dans le fruit depuis le deuxième match face à la Hongrie et que son équipe, après avoir dégagé une incroyable autorité en Allemagne (1-0), n'avait pas d'identité définie. Et c'est ce qu'elle a payé de manière spectaculaire face à la Nati.

La grande idée de DD : s'être entêté

Didier Deschamps en porte la pleine et entière responsabilité. Il est vrai qu'il a rarement eu le vent dans le dos cet été, plombé par une litanie de pépins et de blessures assez improbables qui ont touché un tiers de ses ouailles, du début de la préparation jusqu'à ce France - Suisse bricolé. L'obligation de titulariser Adrien Rabiot dans le couloir gauche, dans un rôle de piston qui ne lui va guère, étant sans doute la plus spectaculaire des illustrations. Ce 3-4-3 vu face à la Suisse, on le pensait d'ailleurs mort et enterré. La grande idée de DD aura été de s'entêter et de repartir avec cet l'automne.
La défense à trois n'est pas une spécialité française, loin s'en faut. Deschamps avait l'essayé lors d'un Albanie - France (0-2), il y a deux ans. En septembre 2020, le patron des Bleus l'avait remis sur la table, sans convaincre grand monde. Parce que Didier Deschamps n'avait pas le matériel pour le faire fonctionner, notamment sur les flancs. Et puis, l'ancien entraîneur de l'OM l'a ressorti de son chapeau après l'Euro, mué par un désir toujours aussi brûlant de mettre sa triplette offensive dans les meilleures conditions, celle-là même qui avait déséquilibré tactiquement l'équipe de France à l'Euro.
Le retour de Karim Benzema aura été l'autre grande affaire de l'année. Un Benzema plus fort que jamais sous le maillot bleu mais dont le retour tardif - le jour de la divulgation des 26 - a privé la France de temps, celui qu'elle est en train de rattraper cet automne. Parce que Benzema, Griezmann et Mbappé ont beau être de grands joueurs et parler "le même football", tout était à construire et, encore aujourd'hui, on sait qu'il ne suffit pas de claquer des doigts pour que cela fonctionne. A l'Euro, Benzema fut une satisfaction individuelle (4 buts) et un échec collectif. Ce double constat étant à mettre sur le dos du sélectionneur.

"Coman a ringardisé Pavard en une mi-temps" : Deschamps a-t-il trouvé son piston droit ?

2022, l'inconnue

Jamais inquiété au retour du Championnat d'Europe, et maître de son destin puisque Noël Le Graët n'attendait de lui qu'un pouce en l'air pour continuer l'aventure, Didier Deschamps a eu l'immense mérite de ne jamais perdre le contrôle de la situation. Et de faire des choix forts dès la rentrée, celui d'écarter Olivier Giroud n'étant pas le plus anodin de tous.
Si les nuls de septembre face à la Bosnie (1-1) et en Ukraine (1-1) n'avaient guère emballé l'opinion, c'est la victoire face à la Finlande (2-0) avec le retour de la défense à trois (et la mise sur orbite de Théo Hernandez) qui a remis les Bleus sur les rails, jusqu'au Kazakhstan, en passant évidemment par les deux succès renversants face à la Belgique (3-2) et l'Espagne (2-1). Les deux fois, la France avait la tête sur le billot. Les deux fois, elle a réagi au caractère et retrouvé cet état d'esprit qui s'était évaporé au fil de l'été. Deschamps n'a pas manqué de le souligner. Ses joueurs ont toujours les mêmes qualités. Lui n'a pas moins envie.
Après une année paradoxale, le sélectionneur des Bleus va plonger dans l'inconnue en 2022. Pour la première fois depuis qu'il a pris les rênes de la sélection, il n'abordera pas une compétition internationale en ayant l'assurance d'une prolongation. L'échec de l'été dernier rendait cette perspective impossible et Noël Le Graët est resté sur cette ligne, même après la victoire en Ligue des Nations.
L'an prochain au Qatar, DD sera un sélectionneur encore plus funambule qu'à l'accoutumée. L'idée d'une fin de mandat trotte-t-elle dans les esprits ? C'est plausible. Le tout sera de faire en sorte qu'elle ne s'invite pas dans les cerveaux des joueurs. Demandez donc à Jacques Santini si l'Euro 2004 avait été une sinécure. Laurent Blanc a également connu cette situation en 2012. Raymond Domenech ? Aussi, mais on savait déjà qu'il partirait après le Mondial 2010. Et il avait perdu la main, son vestiaire et sa crédibilité depuis belle lurette. Ce dont Didier Deschamps est loin. Très loin.

Didier Deschamps, en marge du match remporté 8-0 par la France face au Kazakhstan - 13/11/2021

Crédit: Getty Images

Qualif. Coupe du monde
Deschamps : "Je ne vais pas parler de soirée parfaite… mais ça y ressemble"
14/11/2021 À 01:23
Qualif. Coupe du monde
Deschamps : "Au-delà de la qualité technique, notre état d’esprit fait notre force"
04/11/2021 À 21:54