C'est l'histoire d'un enfant italien qui fait son entrée à l'école primaire en 2015. Comme beaucoup de ses amis, ce dernier commence à se passionner pour le football. Après tout, rien de bien étonnant au pays du Calcio. Posters dans sa chambre, écusson sur le sac, trousse aux couleurs de son équipe favorite : tout y passe. Puis les années défilent, l'enfant grandit, passe ses classes avant de faire sa grande entrée au lycée. Bienvenue en 2026. Toujours épris d'un amour inconditionnel pour le ballon rond, celui qui fêtera bientôt sa majorité a toutefois un regret. En plus d'une décennie, il n’a jamais vu son pays disputer une Coupe du monde de football, lui qui en a pourtant déjà remporté quatre. Lunaire. Surtout pour une sélection qui, cinq ans plus tôt, s'était adjugé l'Euro 2020 (ou 2021, au choix) au nez et à la barbe des Anglais à Wembley. Ce saut dans le futur vous paraît surréaliste ? Il n'est pourtant pas loin de devenir réalité. Accrochez vos ceintures, retour dans le présent.
Après l'apothéose de l'Euro, la Nazionale s'achemine en effet, quatre mois plus tard, vers une nouvelle apocalypse mondiale. "C'est un cauchemar, même si ce n'est pas fini", titrait ainsi La Gazzetta dello Sport, mardi, au lendemain du triste match nul face à l'Irlande du Nord (0-0), synonyme de barrages en mars prochain pour espérer voir le Qatar. Autant dire que le retour sur terre est brutal. Comme si la parenthèse enchantée s'était subitement refermée. Comme si la magie estivale s'était brusquement évaporée. Absente du dernier Mondial en Russie, l'Italie pourrait également manquer le prochain, ce qui serait bien évidemment historique. Qui aurait pu prédire un tel destin pour les champions d'Europe en titre ? C'était il y a 130 jours. Cela ressemblerait presque à une éternité.

Un problème de mental

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05/06/2022 À 21:21
De l'autre côté des Alpes, on tâche d'éviter la chasse aux sorcières depuis lundi soir. Tout le monde cherche plutôt à comprendre les raisons d'une telle dégringolade depuis juillet. Le problème est avant tout mental. Comme paralysés par leur nouveau statut, les hommes de Roberto Mancini ne jouent plus avec l'esprit aussi libre qu'à l'Euro. La pression est plus grande, les choix moins tranchants et les erreurs plus nombreuses. La fureur, l'insouciance et l'orgueil ont également disparu. La peur a envahi toutes les têtes. "Il faut retrouver l'équilibre, la méchanceté et surtout la légèreté de l'Euro, a parfaitement résumé Leonardo Bonucci après la déception nord-irlandaise. Il faut aller sur le terrain avec cette force de groupe qui nous a permis de triompher à Wembley. Quelque chose s'est enrayé depuis. Nous devons retrouver le plaisir de jouer au football. Si tu as l’esprit léger, tu marques tes occasions. Et si nous retrouvons cette envie d'être un groupe solide, nous irons au Qatar et nous ferons une grande Coupe du monde."
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Pour Arrigo Sacchi, la Nazionale a également fait preuve d'un peu trop de "présomption". "Je pense que certains s'imaginaient déjà avoir atteint la gloire, a regretté l'ancien entraîneur historique de l'AC Milan dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport cette semaine. Mais la gloire, il faut la conquérir jour après jour, avec le travail et la fatigue. On a perdu en route la générosité, l'envie de faire des efforts pour son coéquipier. D'un point de vue psychologique, nous étions cuits. La conséquence, une perte d'enthousiasme et, peut-être, d'optimisme. Le succès a déchargé les batteries."
Lors des neuf derniers matches, l'Italie a concédé six matches nuls, soit autant que sur les trente-quatre précédents. Assez pour plomber le moral de tout un groupe et le faire redescendre de son petit nuage. Entre blessures, mauvais résultats et défaillances individuelles, la vague des problèmes a fini par tout emporter sur son passage. "Nous avons raté deux penalties contre la Suisse... Quand tu ne marques pas les occasions que tu as, tu peux clairement te retrouver en difficulté", regrettait amèrement Roberto Mancini lundi. Une confirmation que les emmerdes volent toujours en escadrille, dixit Jacques Chirac. Le sélectionneur italien, lui, n'est d'ailleurs pas épargné par les critiques.

Un sélectionneur pas épargné, un buteur à trouver

Pour la presse transalpine, le "Mancio" n'a pas été capable de stopper une hémorragie grandissante après la victoire de l'Euro 2020. "Il n'a pas su alimenter une idée de jeu qui a été notre force, en tentant autre chose et en proposant des variations. Tout le monde sait comment nous jouons, nous devons changer quelque chose (...) Il n'a aucune excuse", pouvait-on lire dans la Gazzetta mardi. Tout le monde y passe. Même celui qui était encore glorifié il y a quelques mois après avoir réussi l'impossible. La reconnaissance a beau être présente, elle ne lui accordera aucune complaisance.
Une éventuelle non-qualification au Mondial pourrait même définitivement gâcher la belle histoire. Et ce pour une raison principale : l'Italie n'avait pas un ogre dans son groupe de qualifications comme en 2017 avec l'Espagne. Certes redoutable, la Suisse était largement prenable. Roberto Mancini ne deviendra jamais l'ennemi public numéro 1 comme son prédécesseur Gian Piero Ventura, dont la carrière s'est officieusement arrêtée après le barrage perdu face à la Suède, mais on lui déconseille quand même de se rater en mars.
Côté terrain, la Nazionale reste orpheline d'un buteur. Absent en Irlande du Nord, Ciro Immobile finit régulièrement au centre des critiques lorsqu'il est aligné. Mais c'est encore probablement encore pire sans. Mancini a tenté de réitérer l'expérience d'un faux 9 en alternant Lorenzo Insigne et Federico Chiesa... en vain. De son côté, Andrea Belotti connaît une saison compliquée. Derrière, les jeunes poussent à l'image de Gianluca Scamacca, Moise Kean ou encore Giacomo Raspadori. Problème, aucun n'est titulaire dans son club. Lors de l'Euro, la sélection italienne pouvait compter sur sa vraie force : le jeu. Et ce n'est pas un hasard si pas moins de sept joueurs différents ont trouvé le chemin des filets lors du tournoi.

Comment l’Italie veut pallier le manque d’un n°9 de top niveau

Aujourd'hui, le collectif patine et aucune individualité n'est capable d'en sortir. Certains cadres (Jorginho, Barella, Insigne…) ne sont plus aussi étincelants qu’en juillet. Il sera donc important pour Mancini de renouveler son groupe, même si l'échéance de mars ne laisse aucune place aux tests. "Il a emmené tout un pays à la victoire en pratiquant du beau jeu, je suis certain qu'il trouvera une solution pour nous emmener à la Coupe du monde (...) Faisons-lui confiance", a assuré Arrigo Sacchi. Il n'empêche que le trouillomètre italien est à zéro.

Et maintenant ?

Trois jours après la sale soirée passée à Belfast, la gueule de bois commence doucement à passer dans la Botte. L’optimiste est même de rigueur. Après Roberto Mancini, qui a assuré que son équipe allait "disputer" la Coupe du monde et qu’elle la "gagnerait" peut-être, Gabriele Gravina, son président, lui a emboîté le pas. "Oui, nous serons là au Qatar", a prévenu le président de la Fédération italienne de football (FIGC). Vraie position ou tentative d’auto-conviction ? Les instances sont en tout cas au travail pour réduire le risque d’un fiasco. Mercredi, les médias transalpins annonçaient un possible report de la 30e journée de Serie A prévue le 20 mars, soit quelques jours avant le barrage. Des démarches ont également été entamées pour disputer la demi-finale au Stadio Olimpico, et peut-être même une éventuelle finale, dont le lieu serait alors tiré au sort.
Le mode d'emploi des barrages
Si la Nazionale a plutôt réussi ses derniers Championnats d’Europe (finale en 2012, quart de finale en 2016, victoire en 2021), l’histoire avec la Coupe du monde reste plus compliquée. Depuis la finale de 2006, l’Italie n’a remporté qu’un seul match dans la compétition, face à l’Angleterre en 2014. Invraisemblable. Et pourtant… "Savoir gouverner après un succès est toujours quelque chose de difficile. Et c’est surtout le cas pour un pays comme l’Italie", déplorait Arrigo Sacchi cette semaine. Il est d’autant plus vrai que la Squadra Azzurra a toujours peiné à s’installer dans une zone de confort, même après une grande victoire sur la scène internationale. C’est souvent noir ou blanc, rarement gris. Au grand détriment des tifosi qui, pour les plus jeunes d’entre eux, espèrent quand même connaître la joie de disputer un Mondial.
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