Il a souvent été reproché à l'équipe de Didier Deschamps de traverser ses rendez-vous internationaux sans livrer d'émotions. Cette rentrée nous a servis. Angoisse, frustration, soulagement, euphorie, allégresse : les trois matches des Bleus ont trimballé leurs supporters, le cœur au bord des lèvres, d'un extrême à l’autre. De la bouillie infâme des 45 premières minutes à Kievà la magie d'un duo retrouvé (Griezmann – Benzema) à Lyon. A froid, et au-delà du cas Griezmann dont nous avons longuement parlé ici, et des promesses du son duo avec Benzema, que reste-t-il de cette rentrée internationale ?
Deschamps attendait une réaction d'orgueil mais la France n'a pas tout à fait remis les pendules à l'heure. La longue liste des absents (L.Hernandez, Pavard, Kanté, Tolisso puis Mbappé) relativisent les leçons que l'on pourrait tirer de cette reprise. Mais quelques têtes ont dépassé, quelques dynamiques se sont enclenchées et quelques douleurs de l'Euro sont réapparues. A un mois des retrouvailles explosives avec la Belgique lors du Final Four de la Ligue des Nations et à quatorze de la Coupe du monde au Qatar, retour sur ce qu'il faut retenir d'une rentrée loin d'être de tout repos.

Les Bleus ont trouvé un duo, que faire avec Mbappé désormais ?

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Tchouaméni, T.Hernandez : La concurrence pousse enfin

A des degrés différents, les petits nouveaux du groupe France, et ils étaient nombreux au vu de la liste interminable de blessés, ont plutôt donné raison à Didier Deschamps. Seul Jordan Veretout, dépassé par les évènements face à la Serbie au cours de 50 minutes au cours desquelles il aurait dû se faire expulser, n'a pas donné satisfaction. Nordi Mukiele (23 minutes) a tenu son rang mais le match était déjà plié, les 28 minutes de Moussa Diaby furent plus emballantes encore, notamment à Kiev où il a sonné le réveil bleu et touché le poteau.
Mais ce sont surtout les débuts internationaux d'Aurélien Tchouaméni (21 ans) et Théo Hernandez (23 ans) qui ont secoué les champions du monde. Les deux hommes, sans peur et sans complexe, se sont installés comme s'ils faisaient déjà parti des meubles, comme si tout coulait de source. Théo Hernandez, dont l'enthousiasme a tout emporté, a fait du… Lucas Hernandez et on se dit qu'associer ces deux là pourrait donner des sueurs froides à n'importe quel adversaire. Surtout, le cadet de la fratrie possède les qualités idéales du piston dans un 3-4-3, un profil unique dans l'immense réservoir bleu. Aurélien Tchouaméni, en sentinelle ou en relayeur, a fait parler son calme, sa justesse et sa clairvoyance jusqu'à ce compliment plein de sagesse de Pogba au micro de RTL : "Tchouaméni, ce n'est pas un garçon, c'est un homme."

Aurélien Tchouaméni, Ukraine - France

Crédit: Getty Images

Déjà, on se demande comment Deschamps pourrait se passer d'eux en octobre mais leur espace pour exister n'est pas le même. Si Tchouaméni va nécessairement profiter du déclassement de Moussa Sissoko, Théo Hernandez doit affronter une concurrence folle à gauche où son frère et Lucas Digne semblent intouchables. A moins que Deschamps décide de se servir de son aîné au poste de défenseur central gauche. Quoiqu'il en soit, le Milanais et le Monégasque renouvellent un groupe qui en avait besoin alors que d'autres avant eux ont plutôt jusqu'ici échoué dans cette mission (Upamecano, Koundé, Camavinga).

Le flou du système

Comment joue l'équipe de France ? Quel est son système préférentiel ? La rentrée aurait dû y répondre, elle n'a fait qu'entretenir le flou d'un Euro où Didier Deschamps a joué aux apprentis sorciers. Or les grandes nations sont rarement des caméléons et il est temps de construire une menace et/ou un coffre-fort avec des plans fiables. Les Bleus ont aligné au moins trois systèmes (celui du coup d'envoi en Ukraine restant un mystère total) en trois matches nourrissant l'idée d'une adaptation constante et d'une fragilité certaine.

Avec le 3-4-3, Deschamps a-t-il enfin trouvé son système ?

Bien sûr, il apparaît, et ce n'est pas une nouveauté, que pour avoir un Griezmann en pleine bourre et donc une équipe qui tourne rond, il doit débuter dans l'axe en soutien d'un ou deux attaquants. Mais la défense à trois, qui a fonctionné à Lyon après avoir coûté une qualification en quarts de finale à l'Euro, est-elle une option crédible à long terme ? Le profil des deux intouchables latéraux, Lucas Hernandez et Benjamin Pavard, défenseurs centraux de formation, rend ce système périlleux. Alors, à moins de trouver le pendant de Theo Hernandez à droite, ce 3-4-3, ou 3-5-2, ne semble pas convenir aux Bleus.

Chantier Mbappé

Il n'avait pas marqué à l'Euro, il n'a toujours pas marqué à la rentrée et reste sur un but en onze matches. Inefficace face à la Bosnie, blessé pour les deux matches suivants, Mbappé, pourtant en pleine bourre avec le PSG, a encore raté son passage en sélection et son année 2021 est indigne de son talent et de ses ambitions. Si on élargit le spectre, le Parisien a bien du mal à prendre le pouvoir depuis une Coupe du monde 2018 qui annonçait sa mise en orbite.

Deschamps : "S’il y avait besoin d’un rappel, on l’a eu"

Plus embêtant pour lui, les Bleus ont livré leur meilleure prestation offensive depuis quasiment un an, et la démonstration face à l'Ukraine (7-1), sans lui. Benzema et Griezmann se sont enfin trouvés en son absence et son remplaçant, Anthony Martial, a rappelé ce qui lui manquait : du jeu simple, de la générosité avec des appels à vide et des remises rapides. Ni sa place ni son statut ne sont remis en cause. L'année qui sépare l'équipe de France de la défense de son titre au Qatar doit servir aux Bleus à exploiter au mieux les qualités de celui qui reste leur meilleure individualité. Voilà le chantier prioritaire des 14 prochains mois.
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