Entre le 15 juillet 2018 et le 15 juin 2021, la vie de l'équipe de France s'est peu ou prou résumée à celle d'un long fleuve tranquille. On vous livre ici un raccourci qui porte en son sein le défaut de tous les raccourcis : il est grossièrement taillé à la serpe et foncièrement incomplet. Mais l'impression qui s'est dégagée de cette équipe pendant ces trois années est bel et bien celle-ci : de grands sourires, de grandes espérances et de belles promesses qui n'ont finalement pas été tenues au début d'un été qui ne pouvait qu'être radieux. Et bleu. Il l'a été, radieux et bleu. Mais bleu azur, surtout.
Pour que le bleu de France reprenne la place qu'il occupait jusque-là, à défaut d'avoir choisi la révolution après l'Euro, les champions du monde ne peuvent faire l'économie d'une remise en cause XXL, dans les grandes largeurs. Du haut, jusqu'en bas.
Il y a un constat, déjà, que l'on relègue au second plan ces derniers jours mais qui devrait présider à toutes les décisions prises en ces temps troublés : les Bleus jouent pour décrocher leur billet au Mondial 2022, qui aura lieu dans un peu plus d'une année. Et quand on se penche sur le classement du groupe D, à une période où l'on imaginait que les champions du monde auraient déjà un pied et quelques orteils au Qatar, ceux-ci restent en ballottage.
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Neuf points laborieusement amassés en cinq matches, cela n'a pas valeur d'exploit dans un groupe où, sans vouloir manquer de respect à personne, l'une des équipes a cumulé cinq résultats nuls, dont deux face aux Bleus (l'Ukraine) et la menace majeure est la Finlande, sélection certes rafraîchissante, mais qui n'avait jamais mis les pieds dans le grand monde avant l'Euro 2021.

Rater le Qatar, est-ce possible ?

Il y a deux manières de lire le classement de ce groupe D et d'analyser l'écart comptable qui sépare leader français et dauphin finlandais. On peut se dire que quatre points d'avance avec deux rencontres de plus, c'est à peine le minimum syndical. On peut aussi tempérer en arguant que les Finlandais seraient peut-être un peu plus loin des Bleus s'ils avaient croisé ne serait-ce qu'une fois leur route avant ce mardi à Lyon. Tout est recevable. Tout est imaginable, aussi.
Jusqu'à envisager de rater la Coupe du monde 2022 ? On n'ira pas encore jusque-là. Parce qu'un tel crash serait le premier depuis 1994 et l'enchaînement d'événements contraires résumé par ces deux noms Israël - Bulgarie. Parce qu'une telle catastrophe paraît tout aussi inconcevable que l'action qui a mené au deuxième but d'Emil Kostadinov le 17 novembre 1993. Le paysage et le mode de qualification, bien plus favorables aux grandes nations aujourd'hui, y sont pour beaucoup. Et, à cette heure, les Bleus occupent la place qualificative pour le tournoi de novembre - décembre 2022.
Il n'empêche : le simple fait d'y songer est la preuve que quelque chose ne tourne pas rond. Et la perspective d'un barrage auquel les Bleus auraient automatiquement droit en vertu de leur excellent parcours en Ligue des Nations ne serait en rien une garantie, sinon celle de passer quelques chaudes et angoissantes soirées en mars prochain.
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Dans cette histoire, il y autant de responsables que de coupables. Après un Euro raté, Didier Deschamps est resté en poste, parce qu'il en avait envie. Noël Le Graët n'a jamais eu l'ombre d'un doute sur son binôme, qu'il a maintenu par loyauté et parce que le duo, quoi qu'on en pense, fonctionne en parfaite harmonie depuis bientôt une décennie. Mais en restant, Deschamps a assumé de s'attaquer à un ennemi invisible que rien ne renforce plus que l'échec : l'usure.
Cet adversaire insidieux, DD n'a jamais vraiment eu à l'affronter durant sa carrière de joueur, où il a toujours su dire stop au moment opportun. Durant sa carrière d'entraîneur, ce fut la même chose, hormis peut-être à Marseille. Mais dans la cité phocéenne, les vents étaient un peu trop contraires pour que comparaison soit raison.
Ce défi, sur lequel tant de sélectionneurs se sont cassé les dents (Joachim Low pourrait en témoigner), c'est celui que Didier Deschamps a décidé de relever. Avec les mêmes têtes d'affiche, ce qui rend la tâche encore plus ardue. Pour ne pas dire quasi-illusoire.

De la main de fer au gant de velours

Parce que la responsabilité des atermoiements estivaux des Bleus ne s'arrête pas au banc de touche. Même s'il endosse volontiers tout ce qui est de son ressort et tout que ce que l'on veut bien lui mettre sur le dos, que ses explications et autres justifications sont moins convaincantes qu'elles ne l'ont jamais été, le manque d'intensité et surtout d'orgueil de ses joueurs au coeur d'une série de cinq nuls et de matches qui les voit réagir plutôt qu'agir ne peut lui être complètement imputable.
Parce que, sur le terrain, aussi, la cassure est nette. Non pas que DD ne soit plus audible. Il l'est toujours. Mais un peu moins. Et le fil qui le reliait à ses hommes s'est effrité. Champions du monde avec un état d'esprit irréprochable et guerrier, les cadres de cette équipe se sont embourgeoisés, par la force des choses. Comme tout un chacun. C'est le destin de toute équipe qui gagne, elle ne se comporte pas forcément de la même façon, se dirige différemment. La main de fer laisse la place au gant de velours, au prétexte que "si elle a gagné une fois, elle peut le refaire". Ce qui est faux et totalement absurde, même. Rien n'est plus compliqué que de remettre le couvert pour reprendre une part de dessert.

"Le plus gros problème de l'équipe de France, c'est Griezmann"

Samedi à Kiev, il s'est passé quelque chose. Après le match, pas d'éclat de voix mais les langues se sont (un peu) déliées. Par Hugo Lloris qui l'a fait sans élever le ton, comme souvent. Mais en arrêtant de parler du "sacro-saint" collectif porté en étendard et en sifflant la fin de la fête de 2018. Ce qu'il a refait lundi, en conférence de presse. Paul Pogba, l'autre capitaine des Bleus, officieux celui-là, y est aussi allé de son analyse, par ces mots tout aussi rassurants qu'inquiétants : "Aujourd'hui on n'est pas la meilleure équipe du monde. Il faut faire le job sur le terrain pour l'être. Il faut avoir de la fierté. Ça me fait chier de ne pas gagner. On veut réagir."
A "on veut réagir", on aurait volontiers préféré "on doit réagir" parce que les mots servent à poser un diagnostic. Les actes, eux, règlent les problèmes. L'orgueil aussi. Celui dont les Bleus, constamment menés, jamais affamés, semblent aujourd'hui dépourvus.

Statuts et statues

A l'automne 2013, au lendemain d'une tournée sud-américaine catastrophique et jusqu'au barrage retour pour le Mondial face à l'Ukraine, les Bleus avaient connu une période analogue. Ça fait longtemps, il est vrai. Antoine Griezmann était encore un jeune espoir suspendu pour une virée nocturne malvenue... Les Bleus n'avançaient guère et tournaient en rond, même. Deschamps ne faisait pas de sentiments. A plusieurs reprises, il avait tranché dans le vif et la France avait fini par se révolter.
On l'avait senti entre le retour de Kiev et la soirée magique du Stade de France, par la voix d'un Mamadou Sakho qui avait fourbi ses armes un morne dimanche devant un parterre de journalistes venus écouter ce que les Bleus avaient à leur dire. A l'époque, les statuts n'étaient pas les mêmes et les statues plus faciles à déboulonner. L'histoire était à peine commencée qu'elle pouvait déjà se terminer. Personne n'en avait envie. Huit ans et un titre mondial plus tard, il est question de la continuer simplement, face à la Finlande, dernier adversaire à avoir battu les Bleus, soit dit en passant. C'était en 2020, un 11 novembre, un soir où les Bleus avaient rendu les armes. Il est temps de les reprendre.
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