Il paraît que c’est dans la tempête qu’on reconnait les grands capitaines. Pour Sylvain Ripoll, le vent de face souffle en continu depuis le début de l’année sans que l’on sache encore s’il est l’homme idoine pour arriver à bon port. Abordée avec une ambition dévorante, 2021 a laissé place à une succession d’échecs qui ont sacrément secoué la barque de ses Espoirs. Une élimination amère en quart de finale de l'Euro puis une épopée qui a tourné court lors des JO, pour les raisons que l'on connaît. Le nul "stupide" concédé aux Iles Féroé (1-1) n’a fait qu’illustrer ces derniers mois agités où rien ne se sera passé comme prévu.
Nommé en 2017 pour prendre la suite de Pierre Mankowski, le Breton a d'abord su réussir là où tous les autres avaient échoué avant lui : remettre les Espoirs bleus au centre du jeu en les qualifiant à nouveau pour des Euros où les jeunes pousses tricolores n’avaient plus mis les pieds depuis 2006. Le tout en grattant un ticket pour les JO, de l’inédit pour les Tricolores depuis 1996. De quoi souffler ces mots à Noël Le Graët au moment de confirmer Ripoll au plus fort de la tempête : "Son bilan est impressionnant".
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"Si je devais choisir un mot, ce serait gâchis, répond plutôt Pierre-Hakim Ouggourni, journaliste Ouest France et suiveur attentif des équipes françaises de jeunes. Depuis plusieurs années, l’équipe de France a un potentiel énorme, un vivier incroyable mais les résultats ne suivent pas forcément. Je ne jette pas la pierre à Sylvain Ripoll parce qu’il a réussi à se qualifier pour deux championnats d’Europe, à se qualifier pour les JO, ce que n’avaient pas réussi ses prédécesseurs. Y’a du bon et du moins bon".

Sylvain Ripoll lors d'un entrainement de l'équipe de France U21 en mai 2021

Crédit: Getty Images

L’unanimité dans le groupe, beaucoup moins en dehors

Un sentiment confirmé par Adrien Mathieu, fondateur du podcast Formation FC : "On a un sentiment de frustration dans le jeu, complète-t-il. Depuis deux, trois ans, on a une génération en Espoirs qui joue régulièrement en L1, des joueurs qui sont titulaires contrairement à ce qu’avait sous-entendu Noël Le Graët. Le bilan comptable est séduisant (28 victoires) mais reste le sentiment que cette équipe Espoirs avait de quoi aller chercher un titre dans les deux Euros qu’elle a disputé".
Au sein du groupe Bleu, pourtant, tout semble rouler. Les joueurs apprécient le travail du staff technique et réciproquement. Logique pour Benjamin Genton, ancien adjoint de Ripoll à Lorient. "Quand j’étais joueur puis entraîneur, c’était un coach qui savait mettre une distance avec les joueurs mais qui avait des relations avec eux, qui discutaient avec eux et qui étaient appréciés d’eux, nous explique-t-il. Même ceux qui étaient amenés à jouer un peu moins, il y a toujours eu des bonnes relations entre lui et les joueurs. Humainement, il discute beaucoup".

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Et tactiquement, si la greffe semble encore difficilement lisible avec les Bleus, Ripoll n’a rien d’un coach qui laisse faire le hasard. "Ce que j’ai connu avec lui, c’est un entraîneur joueur, rigoureux défensivement avec un vrai cadre tactique, poursuit l’ancien joueur de Lorient. Les choses sont clairement définies. Et il veut jouer ! Il veut le ballon, des décalages, du jeu collectif. Les Espoirs, c’est la sélection la plus dure à diriger. Ce sont des joueurs, qui parfois évoluent dans des grands clubs, qui viennent sur 3-4-5 jours donc c’est dur de créer une histoire commune dans ces moments-là". Un argumentaire déjà développé, à sa manière, par Noël Le Graët en septembre dernier.
On a surtout envie de voir des jeunes qui s’éclatent
"Un des avantages de Ripoll, c’est qu’il essaye de mettre ses meilleures individualités dans les meilleures conditions, concède Adrien Mathieu. Moussa Diaby, par exemple, a toujours été en Espoirs dans son rôle d’ailier percutant et a presque toujours été performant". Une patte minimaliste qui laisse forcément les suiveurs frustrés. "Les victoires viennent d’exploits individuels, assène Pierre-Hakim Ouggourni. On n’arrive pas à voir de progression collective depuis quelques années".
Alors, forcément, quand les attentes sont déçues, il ne reste plus grand-chose. Si le fiasco des JO semble difficilement imputable à un Ripoll qui a subi les événements en faisant du "bricolage" selon ses propres termes, l’élimination en quarts de l’Euro reste encore difficile à digérer. "Objectivement, l’élimination contre les Pays-Bas… Oui le résultat pur avec l’élimination fait mal mais quand on regarde la deuxième mi-temps, c’est une boucherie le match, estime Genton. C’est incroyable que les Néerlandais passent deux fois la ligne médiane dont une fois à la 90+3e pour poignarder les Français".

Aurélien Tchouaméni, touché après l'élimination face aux Pays-Bas

Crédit: Getty Images

"Mais même quand la France gagne, on n'a jamais été enthousiasmé collectivement", conteste le journaliste de Ouest France. "Quand on regarde les Espoirs, on pense à des titres, regrette Adrien Mathieu. Mais on a surtout envie de voir des jeunes qui s’éclatent, qui proposent des choses. Ce devrait être un laboratoire de jeu, où on se fait plaisir. Ça manque toujours un peu". "En équipe première, les résultats sont bien plus importants car ils conditionnent le reste, assurent la pérennité d’une équipe ou d’un club, complète Pierre-Hakim Ouggourni. Les trophées sont moins primordiaux chez les Espoirs. Ce qui est intéressant, c’est la progression de ces jeunes, de les voir en mesure d’intégrer rapidement les A. Mais ce qu’on aimerait voir, c’est qu’on propose quelque chose d’intéressant".

La France fait-elle fausse route ?

Face à ce constat, Ripoll n’est finalement que le symbole d’une gestion très française. Parce que l’Hexagone reste l’un des meilleurs centres de formation au monde, "produisant" des joueurs qui s’adaptent partout, les équipes de France surfent sur cette qualité individuelle sans forcément déterminer de modèle prédéfini. "Nous, à la direction technique, nous ne sommes pas dans la volonté d’imposer un style de jeu particulier, nous avait d’ailleurs expliqué le DTN Hubert Fournier en avril dernier. On souhaite laisser une liberté à nos entraîneurs car le football évolue constamment".
Une erreur selon Ouggourni: "Il faudrait que les équipes suivent un projet de jeu commun qui soit celui des A avec une continuité. Le Danemark, c’est la preuve qu’il y a moyen de faire des choses pour que les joueurs augmentent leur niveau pas uniquement individuellement mais également collectivement. En Espoirs, les joueurs sont déjà formés, il s’agit simplement de donner un projet de jeu commun et identifiable qui permette aux jeunes de changer de catégorie plus facilement. On parle des Espoirs, mais quelles que soient les catégories, on n’a jamais eu ça".

L'équipe de France espoirs avant de défier les Pays-Bas en quart de finale de l'Euro U21

Crédit: Getty Images

Brillant à l’Euro avec les A, le Danemark a su faire sa mue ces dernières années, avec un plan établi à la fédération et l’objectif, un peu tapageur, de devenir le "Brésil du Nord". "Si on prend l’exemple du Danemark, Albert Capellas, ancien du Barça, a fait un travail remarquable, complète l'animateur du podcast Formation FC. Entre l’équipe A et les équipes de jeunes, on voit que ça travaille très bien et lui a réussi à importer cette plus-value extérieure et ce regard neuf qui manque un peu à nos Espoirs".
Un souhait vain malgré un sélectionneur qui vient régulièrement piocher chez les Espoirs, comme l’atteste la présence de Matteo Guendouzi chez les A. Former des individualités brillantes, capables de s’adapter au plus haut niveau semble être la priorité d’une fédération qui a aussi pu s’appuyer sur le titre mondial de 2018 pour valider sa théorie. "On refuse une forme de dictature dans laquelle on imposerait à nos clubs et nos entraîneurs de mettre en place un style de jeu, répondait encore Hubert Fournier. À mes yeux, ça fait aussi partie de la créativité de nos entraîneurs. C’est pour ça qu’on n’impose aucun système de jeu. D’ailleurs, Didier Deschamps n’impose rien à nos équipes de jeunes". Sans que l’on sache encore si, sur la durée, il aura complètement raison…
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