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Le casse-tête des Bleus : comment contourner un bloc regroupé

Le casse-tête des Bleus : comment contourner un bloc regroupé

Le 21/03/2019 à 23:27Mis à jour Le 22/03/2019 à 16:40

QUALIFICATIONS EURO 2020 - Les Bleus, qui vont en Moldavie vendredi et reçoivent l'Islande lundi, seront largement favoris de leurs deux premières rencontres qualificatives. Face à des équipes qui vont avant tout chercher à bien défendre, ils vont cependant retrouver une configuration qui ne leur a pas toujours réussi.

Un petit extérieur du pied droit pour s'emmener la balle, une accélération pour se débarrasser de Laurent Koscielny positionné à hauteur du rond central et, enfin, une frappe du droit en direction du petit filet de Hugo Lloris. Gerson Rodrigues, entré vingt minutes plus tôt, a l'ouverture du score au bout du pied. Mais, en ce 3 septembre 2017, l'attaquant ne trouve que le poteau. Et l'équipe de France, incapable de marquer dans une rencontre pourtant totalement dominée, évite pour quelques centimètres l'affront d'une défaite face au voisin luxembourgeois.

Ce 0-0, qui faisait écho à celui concédé en Biélorussie et a obligé les Bleus à attendre la dernière journée de qualification pour obtenir leur billet pour la Russie, fait désormais partie de l'histoire ancienne. Rendue anecdotique par l'obtention d'une deuxième étoile, au même titre que le difficile France-Australie en ouverture du Mondial - on fera comme si France-Danemark n'avait jamais existé -, la rencontre symbolise pourtant le seul bémol de l'ère Deschamps sur le plan des résultats : les difficultés face aux équipes qui défendent en bloc devant leur but.

La problématique n'est pas nouvelle… et pas uniquement française. La Croatie, finaliste malheureuse de la dernière Coupe du monde, avait auparavant dû passer par les barrages, terminant les qualifications avec seulement 15 buts (un total identique à la Macédoine par exemple) malgré une victoire 6-0 au Kosovo. Et si l'Espagne et l'Allemagne avaient cartonné, marquant respectivement 36 et 43 fois (!), l'été 2018 leur a rappelé que l'efficacité n'était pas une garantie.

Attendre ou se livrer ?

Face à des adversaires avant tout soucieux de bien défendre, créer des décalages peut être compliqué. Et la solution la plus évidente, attaquer en nombre, fait courir de gros risques face à une équipe qui se projette vite vers l'avant. A garder leurs principes de construction et un tempo lent, les Espagnols avaient laissé la Russie dans le match jusqu'à l'incertaine séance de tirs au but. A jouer à huit dans le camp adverse pour forcer le verrou, les Allemands avaient, eux, offert des boulevards au Mexique et à la Corée du Sud en transition. A leurs dépens, les deux derniers champions du monde confirmaient alors que le plus gros piège n'est pas d'affronter un petit, mais d'affronter un grand qui sait jouer comme un petit.

L'équipe de France, capable de défendre bas sur de longues séquences en forçant ses éléments les plus créatifs à couvrir beaucoup de terrain, colle à cet adage mieux que personne. La philosophie réactive de son sélectionneur, qui prend ce que l'adversaire lui donne, est cependant plus adaptée aux grandes compétitions qu'aux traquenards des qualifications. Car la Moldavie, encore plus que l'Islande, ne se livrera que si elle est sûre de son coup, et n'attaquera probablement pas à plus de trois joueurs. Cela ne veut évidemment pas dire que la tâche est insurmontable, à condition de bien aborder le problème.

Raphaël Varane célèbre la victoire des Bleus contre les Pays-Bas, le 9 septembre 2018 au Stade de France.

Créer l'espace sur les côtés

Habituées à ces attaque-défense que leur style de jeu favorise, les équipes de possession ont toutes un principe fort : faire circuler le ballon pour libérer de l'espace. Un processus patient, où la construction du jeu vise autant à déstructurer l'adversaire qu'à placer les joueurs aux bons endroits pour empêcher une éventuelle contre-attaque. Cette approche, théorisée par les Espagnols sous le nom de juego de posicion ("jeu de position"), est l'héritage direct du football total néerlandais. Avant Pep Guardiola, avant Johan Cruyff, Rinus Michels demandait déjà que ses joueurs construisent la supériorité numérique depuis l'arrière et forment des triangles de passes continus.

Didier Deschamps a les hommes pour reproduire cette façon de jouer mais pas la volonté... et peut-être pas le temps, lui qui n'a que quelques entraînements pour préparer les rencontres internationales. De culture tactique italienne, il a toujours évité toute prise de risques dans la première relance, là où se créent les premiers décalages et surviennent les bourdes les plus coûteuses. Si Raphaël Varane, Samuel Umtiti ou Presnel Kimpembe (et a fortiori Aymeric Laporte, non retenu) ont la capacité de porter le ballon jusqu'à la ligne de pression pour servir l'un des milieux axiaux, ils choisissent soit de servir leur latéral, soit un milieu qui décroche. Une attitude différente de celle qu'ils ont en club, où "casser une ligne" est la norme, qui laisse imaginer une consigne claire du staff.

Les implications sont simples : avec trois joueurs en couverture pour se protéger, la France attaque à sept contre dix, une infériorité numérique particulièrement visible dans l'axe. Face à ces petits qui ne se livrent pas, le sélectionneur insiste donc sur les côtés, en demandant énormément à ses latéraux. Avec Paul Pogba et Antoine Griezmann, maîtres des petits espaces, capables de résister à la pression, de se mettre dans le sens du jeu et de bien l'orienter, il possède deux versions du meneur de jeu moderne. Le circuit préférentiel est donc simple : débordement du latéral, relais intérieur, passe dans l'espace pour un centre vers Olivier Giroud ou ce même Griezmann, deux menaces dans le jeu aérien. Contourner le bloc plutôt que de le déstructurer.

Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Paul Pogba lors de France - Pays-Bas en Ligue des nations

Maintenir l'adversaire sous pression

Les récents huitièmes de finale de Ligue des champions ont toutefois mis en lumière une autre façon de faire, qui n'a rien de nouveau mais n'a peut-être jamais autant conditionné les rapports de force : étouffer l'adversaire. C'est-à-dire attaquer en nombre et maintenir le bloc très haut, en pressant à la perte du ballon pour le récupérer rapidement. Une stratégie qui, en privant la défense de temps, doit lui offrir un dilemme : balancer loin devant pour éviter toute erreur, quitte à ce que les vagues offensives reviennent immédiatement, ou prendre le risque de ressortir proprement dans une zone où une passe mal dosée peut coûter un but.

Incapable d'être dangereuse au Wanda Metropolitano, la Juventus avait face à elle une mission très compliquée au match retour : remonter un handicap de deux buts face à l'Atlético, référence défensive en Europe et rare grand à jouer comme un petit. Habitués à défendre proche de leur but et jamais avares d'efforts pour colmater les rares brèches, les Colchoneros ont pourtant craqué par trois fois, subissant le jeu sans jamais pouvoir calmer le tempo.

Plus que la finalité, empruntée au Real Madrid de Zinedine Zidane et finalement assez simple (multiplier les centres au deuxième poteau dans le dos des défenseurs centraux pour que Cristiano Ronaldo, aidé ici de Mario Mandzukic, soit au duel aérien avec un latéral), c'est la construction des actions qui a conditionné le match. En récupérant le ballon dans le camp adverse, la Juventus s'était épargnée toute la phase préparatoire depuis l'arrière. Et, malgré le risque inhérent au fait de jouer très haut avec une défense centrale lente, jamais elle n'avait été mise en danger sur des contres.

Oser jouer

Voilà sans doute le moyen le plus simple pour que les Bleus s'évitent toute frayeur face à ces formations qui, comme la Moldavie, attendront dans leur camp : mettre la balle dans la surface bien sûr, mais faire surtout en sorte qu'elle s'en éloigne le moins souvent possible en restant positionné très haut. Une habitude de jeu qui repose autant sur l'intelligence tactique que sur la simple notion d'effort collectif, et qui est l'une des raisons du renouveau de Paul Pogba en club. Car Ole Gunnar Solskjaer, qui lui demande d'aller accompagner les attaquants au pressing, là où José Mourinho préférait que son équipe se replie, crée une situation où le milieu de terrain se retrouve naturellement en position de numéro 10. Et peut donc être plus souvent décisif.

Capable de hausser le ton dans l'intensité (plus de courses, plus d'impacts dans les duels) et d'adapter son système quand elle est en difficulté, ce qu'elle a notamment fait en deuxième période face à l'Allemagne en octobre, l'équipe de France n'aura peut-être pas besoin de forcer vu l'écart de niveau. Mais, dans ces rencontres où le plus dur est d'ouvrir le score, le plus gros risque serait d'être trop prudent.

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