Pour bien comprendre la stratégie sportive de l’Atalanta, on peut commencer par mettre le cap au Nord. Non pas en Lombardie, mais à des latitudes encore plus élevées. L’arrêt le plus courant est au Benelux. Les vols entre l’aéroport de Bergame, Amsterdam et Bruxelles sont fréquents et fréquentés, notamment par les recruteurs de l’Atalanta. Robin Gosens, Hans Hateboer, Timothy Castagne, Marten de Roon et Ruslan Malinovskiy sont 5 des 14 joueurs les plus utilisés cette saison par Gian Piero Gasperini et ont tous été recrutés aux Pays-Bas et en Belgique. Coût total de ces cinq éléments ? 32 millions d’euros. Le cas du milieu de terrain néerlandais explique d’ailleurs très bien la progression du club.

A l’été 2016, comme chaque année ou presque, l’Atalanta doit vendre un ou deux de ses meilleurs joueurs pour financer son fonctionnement. Recruté pour à peine plus d’un million d’euros un an plus tôt, Marten de Roon est cédé à Middlesbrough pour dix fois ce prix. C’est une nécessité. Lors de la même intersaison, le club lombard lâche Mattia Caldara à la Juve pour 19 millions d’euros. Après tout, financer son recrutement et son fonctionnement en cédant ses meilleurs éléments, c’est la réalité de 98% des clubs dans le monde.

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de Roon - Atalanta-Udinese - Serie A 2018-2019 - Getty Images

Crédit: Getty Images

Rien d’extraordinaire à cela. Mais un an plus tard, l’Atalanta rachète De Roon pour 13,5 millions grâce à la vente d’autres joueurs qui ont financé ce transfert très onéreux, le plus cher de l’histoire du club et seulement le deuxième à dépasser la barre des 10 millions dans toute son histoire. Le club vient de finir 4e de Serie A, son plus haut classement jamais atteint. Cette saison marque le début des grandes ambitions.

Place aux investissements

Après avoir acquis quelques certitudes sportives (4e en 2016/17, 7e en 2017/18 avec la découverte de la Ligue Europa), le club a passé la seconde. Certes, il continue de miser fortement sur sa cellule de recrutement et sur des marchés de "deuxième division européenne", mais il se permet également quelques achats ciblés très coûteux. En l’espace de deux ans, quatre joueurs importants débarquent à Bergame : Duvan Zapata (26M€), Luis Muriel (20M€), Mario Pasalic (15M€ ; l’option vient d’être levée) et Ruslan Malinovskiy (14M€). Soixante-quinze millions d’euros sur quatre joueurs, voilà qui était encore impensable il y a trois ans. Hormis le milieu croate passé par Monaco, en prêt depuis déjà deux ans, ces joueurs sont arrivés dans la force de l’âge, à 25 ans passés. Le but ? Donner encore plus d’expérience à cette équipe, déjà menée par les trentenaires Papu Gomez et Josip Ilicic.

Muriel, Zapata - Udinese-Atalanta - Serie A 2019/2020 - Getty Images

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"Le vieillissement de l’effectif est une photographie à l’instant t plutôt qu’une stratégie marquée, nous rétorque Giovanni Sartori, directeur technique de l’Atalanta. L’idée du club était d’avoir 15-16 titulaires fixes de haut niveau et d’avoir autour, disons un deuxième groupe composé d’autres éléments, mais avec une volonté d’avoir plutôt des joueurs prometteurs, qu’ils viennent de l’extérieur ou de notre centre de formation."

Un effectif qui vieillit

Le dirigeant italien ne confirme pas la réalité des chiffres (la moyenne d’âge de l’effectif est passée de 25 à 27 ans entre 2018 et 2020), mais il montre la volonté d’avoir un noyau dur de haut niveau qui exclut les jeunes en phase de découverte. Ceux-ci ont désormais un rôle secondaire. Pour acquérir un temps de jeu conséquent et continuer à progresser, ils doivent désormais aller en prêt dans d’autres clubs de Serie A. Dejan Kulusevski (prêté à Parme à 19 ans), Matteo Pessina (prêté à l’Hellas à 22 ans) et Musa Barrow (prêté à Bologne avec obligation d’achat, à 21 ans) sont trois bons exemples. Ces deux milieux offensifs et cet attaquant étaient barrés par Gomez, Ilicic, Pasalic, Malinovskiy, Muriel et Zapata.

Mario Pasalic celebrates scoring for Atalanta against Brescia

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Il conviendra également d’observer ce que le club fera d’Ebrima Colley (2000) et d’Amad Traoré (2001), deux des plus grands espoirs du club. "On peut avoir cette impression que pour rester compétitif dans les sept premières places du classement, il y a un sacrifice à faire et ce serait sur nos jeunes joueurs, continue Sartori. C’est ce qu’il se passe dans les grands clubs italiens. Mais nous ne voulons surtout pas le faire, nous voulons intégrer des jeunes dans notre équipe première." Si les jeunes ont encore leur place dans l’effectif, elle semble désormais à la marge, là où les débutants Conti, Kessie et Gagliardini étaient des piliers de la DEA en leur temps.

Travailler fortement sur le présent avec un œil sur l’avenir

Si la volonté de constituer une équipe première pouvant répondre aux attentes immédiates du club est réelle, les dirigeants n’en oublient pas pour autant les objectifs à moyen et long terme dans la constitution de l’effectif. En janvier, un nouvel élément en provenance des Pays-Bas a fait son arrivée : Lennart Czyborra. Comme Gosens avant lui, ce piston gauche évoluait à l’Heracles, la formation d’Almelo. Le directeur technique de l’Atalanta confirme que le club mise beaucoup sur cette région : "Ce sont encore des marchés accessibles avec des prix contenus et raisonnables, contrairement à d’autres territoires où pour des coûts de transfert et de salaire, cela devient difficile pour un club comme l’Atalanta."

Le club n’a cependant pas de recruteur dédié à cette région : "Tous nos scouts sont basés en Italie. On a des observateurs à Rome, Florence, Vérone et le gros de la cellule de recrutement à Bergame. Nous n’avons pas de collaborateurs avec des missions fixes à l’étranger. On envoie les recruteurs ponctuellement sur les cibles qui nous intéressent."

L’académie de l’Atalanta n’est pas en reste. Elle figure toujours parmi les meilleures d’Italie et a tissé un très grand réseau lui permettant de recevoir de très nombreux signalements de jeunes éléments. "Rien qu’en 2019, on a eu 4400 fiches sur des joueurs pouvant potentiellement être incorporés dans notre académie", nous confirme Maurizio Costanzi, directeur de la formation du club bergamasque. C’est ainsi qu’il a pu recruter en Suède Dejan Kulusevski à 16 ans, finalement vendu 3 ans plus tard pour 35 millions d’euros (hors bonus) à la Juve, après six mois réussis en prêt à Parme.

Dejan Kulusevski - Juventus Turin

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Formation, post-formation et poule aux oeufs d'or

La formation et post-formation rapportent gros à l’Atalanta et méritent que le club leur dédie du temps et de l’intérêt. Les joueurs formés (Caldara, Conti, Bastoni, Gagliardini) et post-formés (Kulusevski, Kessie) ont permis au club d’encaisser près de 160 millions d’euros depuis l’intersaison 2016/2017. Grâce à cette manne financière, le club a amélioré son organisation, son centre d’entraînement, est en train de moderniser son stade, a pu effectuer quelques coups sur le marché entrant des transferts et conserver ses meilleurs joueurs malgré de nombreuses sollicitations. L’été dernier, seul Gianluca Mancini (recruté en 2016 pour 1 million à Pérouse) est parti. Le défenseur de 23 ans a rejoint la Roma.

"Ils ont fait une belle proposition économique au joueur et au club", nous raconte Sartori. Pour les autres, malgré des intérêts divers et variés de la Juve, de l’Inter ou encore de Naples, ils sont tous restés. "Quand tu participes aux coupes d’Europe, et je pense particulièrement à la Ligue des champions, tu débloques de nouvelles ressources qui te permettent de retenir tes meilleurs joueurs", précise le directeur technique bergamasque. Cette participation à la Ligue des champions, une première cette saison, a d’autres vertus : "Papu Gomez a épousé notre projet, il le porte fièrement, mais en dehors de lui, qui est notre symbole, on a un groupe de joueurs qui sont là depuis 2 ou 3 ans, qui se sont parfaitement adaptés à notre réalité, s’y sentent bien et sont de parfaits ambassadeurs."

La nouvelle réalité de l’Atalanta est celle-là. Le club franchit les paliers à une vitesse folle et se taille une belle part du gâteau en Italie, reléguant des clubs comme la Roma et Milan au simple rang de spectateurs en piquant une place qui leur est promise en Ligue des champions. Cette réussite ne passe pas inaperçue. "L’Atalanta a aujourd’hui la réputation d’être un club fort et bien structuré, se réjouit Sartori. Et du coup, beaucoup de joueurs viennent bien volontiers chez nous. Il y a quelques années, certains pouvaient penser que venir à l’Atalanta n’était pas un cap immense dans une carrière, mais aujourd’hui, notre réalité est différente et ce que l’on dégage est différent."

En attendant que quelques grands clubs endormis se réveillent, l’Atalanta profite de ce moment, de son moment, avec gourmandise. C’est bien connu, l’appétit vient en mangeant.

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