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Résistez encore à la tentation d'empiler les joueurs !

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Résistez encore à la tentation d'empiler les joueurs !

Crédit: Eurosport

ParCédric Rouquette
30/12/2014 à 11:50
@CedricRouquette

Le mercato d’hiver qui s’ouvre samedi s’annonce calme. Tant mieux. Oh, personne ici n’a quoi que ce soit contre le développement de quelques feuilletons capables de remplir les gazettes. Rien contre le possible retour de Ben Arfa en Ligue 1.

Rien contre la possibilité offerte aux clubs de se rassurer comme ils le peuvent si des joueurs vont disputer la CAN. Rien contre l’accroissement du temps de jeu dont certains joueurs ont besoin pour faire décoller leur carrière. Rien contre une bonne petite rentrée de cash frais pour tel ou tel cabinet d’agent ; rappelons que les agents sont les principaux bénéficiaires de cette fenêtre à l'intérêt discutable [LePlus]. C’est surtout pour les clubs eux-mêmes que la stabilité des effectifs serait une bonne nouvelle.

En France, il n’est plus à la mode d’attendre fébrilement que s’ouvre une période de transferts pour prétendre faire progresser son équipe. Lille est, parmi les vingt clubs de l’élite française, probablement le seul dont on soit certain qu'il attend de pouvoir recruter pour régler ses problèmes. Le LOSC veut un attaquant et en attirera probablement un. Tant mieux pour lui. Cela ne change rien à notre sujet: la figure fantasmée du "renfort" a cessé d’être vendue au peuple comme la promesse de lendemains qui chantent. Bien sûr, la crise économique a aidé les clubs à revoir leur doctrine. C’est fou, le nombre de présidents désormais convaincus de la valeur de leurs remplaçants et de leur centre de formation. C'est dingue, combien les entraîneurs sont désormais plus sensibles à cette orientation. Mais la réalité du terrain a aussi exercé son heureuse influence. Dire qu’un projet sportif a besoin de temps, de lisibilité, de travail et de stabilité fut longtemps une incantation de bon sens, vaguement suivie en pratique. C’est beaucoup plus concret aujourd’hui. Il s’agit de l’une des grandes leçons à tirer de la première moitié de saison de la Ligue 1.

Marseille et Nantes : on prend les mêmes, et on réussit

Bien entendu, il est hors de question ici de théoriser la grandeur du surplace ou l’efficacité du renoncement à se renouveler. Mais recruter n’a pas de sens si vous n’avez pas tiré la quintessence de votre effectif. Et ce savoir-faire de mieux en mieux partagé dans nos régions. Il serait ici aisé de convoquer l’exemple de l’OM, leader transfiguré par l’arrivée d’un nouveau projet de jeu avec une équipe-type composée de joueurs déjà au club la saison dernière. Nous ne le ferons pas car cet exemple a déjà été largement documenté.

L’exemple pur et parfait est celui du FC Nantes. Le club de Waldemar Kita est interdit de recrutement jusqu’en juin 2015. Son absence de renfort n’est pas un choix stratégique mais une contrainte. Elle a obligé le FCN à optimiser son potentiel. Et voilà comment une équipe bâtie en Ligue 2 occupe la septième place en L1, non loin de la bataille pour l’Europe. Ses hommes forts ont participé à la montée il y a deux ans (Veretout, Djilobodji, Cissokho, Gakpé, Deaux, Veigneau...) ou se sont greffés au projet dans la foulée (Vizcarrondo, Bedoya). Les seuls vrais renforts furent Bammou, joueur de CFA2 recruté initialement pour la réserve, et Kian Hansen, recruté en Norvège il y a un an. Le FCN ne flirte pas exactement avec l’Europe puisque Saint-Etienne (4e) est à six points. Mais son bilan de 30 points a de la valeur. Les Jaune et Vert n’ont perdu que cinq matches. Comme Monaco, soit une défaite de plus que Marseille et Lyon, les deux leaders. Le FCN encaisse moins d’un but par match, comme l’OM, l’OL et le LOSC. Tout cela avec de vieux outils, mieux aiguisés que jamais.

La promotion interne supérieure au pouvoir du chéquier

Tout le premier tiers du classement du Championnat de France engage à placer la stabilité et la promotion interne comme des valeurs plus prometteuses que l’utilisation du chéquier. Lyon bénéficie certes de l’apport d’un latéral droit de bon niveau avec Christophe Jallet. Mais son statut de candidat au titre vient plutôt de la maturation des produits-maisons : Lacazette évidemment, mais aussi Fekir, Lopes, Tolisso, Gonalons, Ferri, en attendant les retours de Gourcuff et Grenier. L’ASSE, qui possède le deuxième entraineur le plus ancien de l’élite avec Christophe Galtier (après Casanova à Toulouse), se réinvente par petites touches, saison après saison, sans rien révolutionner. Tous les joueurs-clefs ont a minima deux ans d’ancienneté, qu’ils s’appellent Ruffier, Lemoine, Gradel, Tabanou, Monnet-Paquet, Bayal Sall, Cohade ou Clément…  Monnet-Paquet (1 but en 23 matches) et Van Wolfswinkel (transparent avant décembre) n’expliquent pas le maintien de l’ASSE parmi les équipes les plus crédibles de France.

Et si Monaco est un cas spécifique d’équipe objectivement affaiblie par une vague de départs non compensée, mais qui a su se retrouver autour de son savoir-faire des deux dernières saisons, le cas de Bordeaux est particulièrement intéressant. Il sera tranché par la fin de la saison. Il est acquis que Willy Sagnol a donné un nouveau souffle aux Girondins par son plan de jeu. Ses résultats restent cependant dans dans la norme de Francis Gillot. Le total à la trêve est le même que la saison dernière (31 points) avec une vraie stabilité dans l’effectif.

La mission de Blanc au PSG

Le cas du PSG est, ici, particulièrement intéressant. Avec David Luiz pour seul renfort estival, on ne peut pas dire que l’équipe de Laurent Blanc soit dans une phase de rupture avec les deux saisons dernières. Pourtant, la stabilité a mené au ronron, à la baisse de la vigilance, puis à la dégradation du jeu et des résultats. Les proportions du déclin sont prises au sérieux par les acteurs parisiens depuis les défaites à Guingamp (1-0) et le nul face à Montpellier (0-0). Il y a encore une semaine, on lisait et entendait que Laurent Blanc souhaitait recruter cet hiver, pour réinstaller du dynamisme dans l’équipe. Depuis la trêve, on lit plutôt qu’il entend resserrer les boulons, abolir des privilèges et qu’il a reçu les pleins pouvoir de sa direction pour manager l’effectif sans influence extérieure. L’une des deux options nous semble avoir plus de chances de réussir.

Qui, parmi vous, pense aujourd’hui que le PSG a besoin d’empiler de nouveaux joueurs pour se hisser à un niveau d’efficacité comparable à celui de l’année dernière ou de l’OM actuel ? Les résultats de Paris en janvier, la réaction qu’ils susciteront en coulisses, en diront long sur le sujet qui nous intéresse. Ajouter des noms dans l’effectif serait, pour le PSG, une fuite en avant. Si le double champion de France, en revanche, fait sur lui-même un véritable effort d’introspection avec l’obsession de maximiser son potentiel au cours des dix-neuf dernières journées, comme le font tous ses rivaux, son troisième sacre consécutif deviendra vite une formalité. Le mercato d’hiver est la dernière chose dont il a besoin pour parvenir à ce résultat.

Dans un très long entretien récemment paru dans un Best Of de So Foot, Arrigo Sacchi, l'entraîneur du grand Milan des années 80-90, raconte comment il a appris le métier à Fusignano. "Un jour, j'ai demandé à mon président qu'il nous fallait un libéro avec de l'expérience. Il m'a demandé : 'Quel numéro tu donnes au libero?' J'ai répondu : 'Le 6'. Il est allé dans le vestiaire, il a pris le numéro floqué du 6 et me l'a donné en me disant : 'Si tu es un bon entraîneur, le bon libero, c'est toi qui va le construire.' Il m'a fait comprendre que le rôle de l'entraîneur, c'était d'abord ça : construire les joueurs."

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

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