Un sourire imparfait mais éclatant. Avec ses dents mal alignées, ses yeux remplis de malice et sa gouaille de gamin éternel, Samir Nasri n'a jamais semblé vieillir. Pourtant il a traversé quasiment deux décennies de très hauts et de très bas, visité les quatre coins de l'Europe et d'une carrière en montagnes russes, vécu tout ce qu'un footballeur professionnel peut vivre. L'ivresse des grands du dimanche en Premier League, l'anonymat d'une fin en queue de poisson quand tout le monde vous a oublié. Il a joué avec les meilleurs, survécu à des volcans (Vélodrome), porté le brassard des Bleus.
Mais reste, au fond de la bouche, ce désagréable goût d'inachevé parce qu'il n'a pas su conclure l'histoire ou qu'elle s'est terminée trop vite. En vérité, Nasri a officialisé sa retraite à 34 ans mais voilà bien longtemps que sa carrière pataugeait. Son destin en Bleu s'est subitement achevé, à 26 ans. Dès 2017, en club, après une saison de la résurrection à Séville, des blessures et une suspension ubuesque pour dopage. A 30 ans et malgré des relances sans étincelle à Antalyaspor, West Ham et Anderlecht. Il a démarré comme un "petit prince", fini comme un baron usé et déchu. Sans jamais vraiment connaître de couronnement.

Samir Nasri sous les couleurs de Manchester City

Crédit: Getty Images

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Le plus talentueux des joueurs sortis de la Commanderie

Il reste aujourd'hui pourtant le plus talentueux des joueurs sortis de la Commanderie. A 18 ans, tout juste tombé du nid, le minot de la Gavotte-Peyret mettait le Vélodrome à ses pieds dans une équipe de l'OM faite de bric et de broc. Mais Nasri la portait déjà avec la conviction de ceux qui savent qu'un grand destin les attend. Marseille ne l'a pas oublié après quatre saisons pleines et un retour en Ligue des champions. Elégant avec le ballon, Nasri portait en lui un romantisme presque suranné qui valait mieux que le fardeau du "Nouveau Zidane".

Samir Nasri - Marseille - 2005

Crédit: Getty Images

La force de caractère de ce gamin lui a permis de survivre à la comparaison, à des débuts casse-gueule au Vélodrome et même à un exil précoce en Premier League. C'est qu'il avait quelque chose d'autre entre les pieds et au fond du crâne. Nasri voyait tout avant tout le monde, le délivrait avec une grâce peu commune, savait éliminer avec douceur et envoyer quelques pétards sous la barre. En Angleterre, à Arsenal puis Manchester City, il a continué à diriger les débats jusqu'à devenir un élément fondamental du premier titre de champion des Citizens depuis 44 ans.

Dernier vestige d'une époque où l'équipe de France n'était qu'un sujet de crispation

Cette force de caractère a construit une formidable bien qu'inachevée carrière en club, elle a aussi abîmé son destin international et la relation qu'il nouera avec le public français. Né un 28 mars 2007, un soir de France - Autriche, et aussitôt passeur décisif pour Karim Benzema, le Bleu Nasri cumulera 41 sélections en six ans. Celui qui sera élu meilleur joueur français de l'année 2010 échappera à Knysna mais pas à l'image de sale gosse qui collera à cette génération. L'impétueux Nasri est le dernier vestige d'une époque où l'équipe de France n'était qu'un sujet de crispation. Il n'a pas pris le chemin de la rédemption et a arrêté son aventure un soir de barrages et d'angoisse à Kiev. Deschamps ne lui donnera jamais d'autre chance et Nasri passera à côté de la grande aventure démarrée au Brésil.

Samir Nasri lors d'Ukraine-France en 2013

Crédit: AFP

Sacrifié par le sélectionneur, Nasri, surnommé le "petit con" par William Gallas, avait quelques casseroles qui ne plaidaient pas sa cause. Une embrouille dans le bus avec Thierry Henry à l'Euro 2008, un doigt sur la bouche adressée à la presse après son seul but en compétition internationale (Angleterre, Euro 2012) puis une altercation avec un journaliste un soir d'élimination face à l'Espagne, lors du même Euro. Entre morgue et confiance en soi, la frontière est parfois mince. "Ce n'est pas parce que je suis jeune que je dois fermer ma gueule et dire amen à tout", se défendait-il déjà en 2010. Nasri, l'impertinent, n'a jamais "fermé sa gueule". Alors, on l'a adoré. On l'a détesté. On a même adoré le détester. Premier membre de la génération 1987 (Benzema, Ben Arfa, Ménez) à tirer sa révérence, il l'a incarnée à merveille. Avec un talent infini et une carrière imparfaite. Le Petit Prince au sourire contagieux, parfois carnassier, s'est sans doute trop rêver roi.

Face à l'Angleterre, Samir Nasri marque pour le premier match de l'équipe de France à l'Euro 2012 et s'adresse aussitôt aux journalistes présents en tribune de presse.

Crédit: AFP

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