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Bienvenue dans les années 90, quand le foot italien était roi !

Bienvenue dans les années 90, quand le foot italien était roi !

Le 25/01/2018 à 12:08Mis à jour Le 25/01/2018 à 15:04

Avec treize titres européens sur trente possibles, le football italien a dominé sans partage la décennie 90. De Milan à Turin, en passant par Rome et Parme, retour sur une époque où le Calcio était roi.

C’est une scène que Pietro Fanna n’oubliera jamais. Ce 22 avril 1990, le capitaine du Hellas Vérone marche dans un couloir du stade Marcantonio Bentegodi après la victoire de son équipe face au Milan AC. En passant devant le vestiaire des visiteurs, il se rend compte qu’on pleure dans les rangs de la formation d'Arrigo Sacchi. Un mois plus tard, le Milan battait Benfica à Vienne pour remporter sa deuxième Coupe d'Europe des Clubs Champions consécutive, consolidant ainsi son statut de meilleure équipe de tous les temps.

Le triomphe de Milan en 1990 n’était pas seulement celui d’une ville. Pour la seule fois dans l'histoire, les trois trophées européens avaient été remportés par des clubs d’un même pays : la Sampdoria dominait Anderlecht en finale de la Coupe des Coupes pendant que la Juventus disposait de la Fiorentina dans une finale de la Coupe de l'UEFA 100% italienne. Ce fut le début d'une décennie de domination sans partage des clubs de Serie A. Même si paradoxalement, aucun des quatre finalistes italiens cette année-là n'a remporté le titre de champion à l’issue de la saison 1989-90.

Roberto Baggio - 1991 - Juventus

Roberto Baggio - 1991 - JuventusImago

Une défaite à Vérone avait condamné les espoirs des Rossoneri, devancés sur le fil par le Napoli de Maradona. Mais c’était la fin des années glorieuses de Diego en Italie. Peu de temps après, il fut suspendu 15 mois suite à un contrôle positif à la cocaïne. Des adieux ratés avec le San Paolo. Et la fin de l’âge d’or des Partenopei. Le départ de Maradona n’a cependant eu aucun impact sur la "succès story" du football italien. La Serie A ne dépendait pas d'un seul homme et les étoiles brillaient dans tout le pays. Lothar Matthaus, le Ballon d'Or, évoluait à l'Inter. Et le joueur le plus cher du monde, Roberto Baggio, venait de rejoindre la Juventus.

L'Italie était traditionnellement le championnat le plus riche pour attirer les meilleurs joueurs. Avant le départ de Baggio de la Fiorentina en 1990, onze des treize plus gros transferts de l’histoire avaient été bouclés par des clubs de Serie A. Conséquence au cours des années 90 : les équipes italiennes ont remporté treize des trente titres européens mis en jeu, avec 25 finalistes. "La Serie A était sans conteste le meilleur et le plus attractif championnat d'Europe dans les années 1990, se souvient Aron Winter, qui a quitté l'Ajax en 1992 pour rejoindre la Lazio puis l'Inter. Ce que l'Espagne est maintenant, l'Italie l’était à l'époque. Les meilleurs joueurs du monde étaient tous là."

La Gazzamania envahit Rome

Même les meilleurs Anglais ont commencé à regarder du côté de l’Italie. Et notamment Paul Gascoigne, dans le viseur du Napoli, de la Juventus et de la Roma après ses prestations au Mondial 90. Mais c'est la Lazio qui a trouvé un accord avec les Spurs en 1991. Une blessure au genou, contractée lors de la finale de FA Cup, a retardé le transfert d’un an et surtout provoqué une renégociation de l’indemnité, passée de 10 à 6 M€. Gascoigne a finalement débarqué à Rome en mai 1992, touchant alors un salaire de 25 000 € par semaine. Il y est rapidement devenu un héros pour les fans de la Lazio, bien aidé par son but égalisateur lors de son premier derby de Rome.

Pour sa première saison italienne, Gascoigne a aidé la Lazio à terminer cinquième et à se qualifier pour sa première Coupe d’Europe en 16 ans. Un club qui évoluait encore en Serie B à la fin des années 80 et qui a dominé le rival romain cinq ans de suite, avant que l'ascension de Francesco Totti ne rétablisse l’équilibre en faveur de la Roma. La Lazio a également compté dans ses rangs le meilleur buteur de la Serie A de la décennie : Giuseppe Signori, auteur de 141 buts. "Mon passage à la Lazio a été fantastique, avoue-t-il à FourFourTwo. Etre le meilleur buteur de Serie A à trois reprises, c’est fort." Et mieux que Gabriel Batistuta, dont les exploits incessants avec la Fiorentina vivent encore au travers d’une statue en son honneur à Florence.

Paul Gascoigne à la Lazio Rome en 1995

Paul Gascoigne à la Lazio Rome en 1995Getty Images

Les apparitions de Gascoigne avec la Lazio furent moins nombreuses : seulement 47 matchs en trois saisons. La faute à des blessures à répétition et à des soucis réguliers de surpoids. En 1995, il quitte la Serie A, direction les Rangers, après une ultime apparition au centre d'entraînement juché sur une Harley-Davidson et en fumant un cigare.Pas de doute, Gazza savait comment dire arrivederci avec style. "Quand j’ai débarqué en Italie, j’ai pu me rendre compte que tout était bien différent, a pour sa part expliqué David Platt, passé par Bari, la Juventus et la Sampdoria. À Gênes, j'ai apprécié l’évolution du football italien. Les matchs étaient diffusés en Angleterre et mes proches me disaient constamment à quel point la Serie A devenait populaire."

Populaire et parfois énigmatique, à l’image de Roberto Baggio. Son maigre palmarès collectif (deux Scudetti, une Copa Italia et une Coupe de l’UEFA) ne lui rend pas vraiment hommage alors qu’il était sans doute le joueur le plus doué des années 90. Le seul de cette décennie à battre le record du monde de transfert et à remporter le Ballon d'Or en ayant passé une année complète en Italie. La plus belle saison de Baggio est arrivée en 1993, avec ce sacre en Coupe de l'UEFA aux côtés de Platt & Co. Le seul trophée européen de toute sa carrière. "Il était introverti en tant que personne mais c’était un champion absolu, explique Fabrizio Ravanelli à FourFourTwo. Techniquement, il était merveilleux. Il avait toujours une solution, un geste que seuls les meilleurs possèdent."

Le puissant Milan

A l’été 95, Baggio a pourtant choisi de partir, acceptant même une réduction de salaire de 50% par rapport à ce qu’il gagnait à Turin. C’est le Milan AC de Silvio Berlusconi qui l'a recruté pour 7,5 M€. Baggio a marqué dix fois lors de sa première saison à San Siro, remportant le Scudetto 96. Avec également le Ballon d’Or George Weah, le Milan AC s’était offert une nouvelle force de frappe. Le club avait atteint son apogée au début des années 90 avec son trio néerlandais : van Basten, Gullit et Rijkaard. Avec eux et Sachhi sur le banc, les Rossoneri ont remporté la Serie A en 1992 sans perdre un match, alignant 58 rencontres de championnat sans défaite entre mai 91 à mars 93. L’ère du 'Milan degli Invicibili'.

C’était également le début de la carrière de Fabio Capello comme coach. "Sacchi avait changé notre mentalité et conduit Milan à un niveau fantastique, explique le défenseur Franco Baresi à FourFourTwo. Mais c'était un maniaque, toujours prompt à s’arrêter sur nos erreurs. Quand il est parti, nous avions besoin d'une pause mentale et Capello a parfaitement compris la situation. Au début, il y avait un peu de méfiance vis-à-vis de lui. C'était sa première expérience sur un banc et Milan avait tout gagné les années précédentes. Mais Silvio Berlusconi a eu raison de lui confier l’équipe."

1991 Milan Marseille Boli Gullit

1991 Milan Marseille Boli GullitImago

Berlusconi se trompait rarement à cette époque. "Silvio était le président que tout le monde aurait aimé avoir, confirme Ruud Gullit à FFT. Même si c’était un homme occupé, il était là chaque semaine, que les choses aillent bien ou pas. Il voulait des victoires mais aussi que Milan propose un football de qualité." Au bout du compte, le président milanais a eu les deux. "Cette série d’invincibilité a renforcé notre conviction et l'idée qu'il était difficile de nous battre, se souvient Baresi. C'est devenu difficile pour nos adversaires. On avait Albertini et Rijkaard au milieu de terrain, mais aussi Gullit qui était un joueur extraordinaire. Van Basten a marqué 25 buts pour la première année de Capello. Il aurait fait aussi bien la saison suivante s'il n'avait pas eu ses problèmes de cheville."

Une blessure qui a mis un terme prématuré à la carrière du Ballon d'Or 92, contraint de raccrocher en 1995 après deux années sans jouer entre opérations et rééducation. Une période compliquée pour Milan, confronté aux départs de Gullit et Rijkaard mais aussi aux difficultés de Jean-Pierre Papin après son transfert de 12 M€ en provenance de Marseille. Sans oublier le grave accident de Gianluigi Lentini, recruté 15 M€ en provenance du Torino et plongé deux jours dans le coma en août 1993 lorsque sa Porsche s'est écrasée dans un fossé. Dans ce contexte, le troisième titre de champion consécutif en 1994 fut un petit miracle, Milan n’inscrivant que 36 buts en 34 matchs.

La révolution Inter et la sensation Parme

Le voisin de l’Inter, présidé par Massimo Moratti, est lui entré dans une nouvelle ère à partir de 1995. Paul Ince a été recruté à Manchester United pour 8 M€, suivi par Roberto Carlos puis Ivan Zamorano. Mais l’objectif ultime était Ronaldo, acheté en 1997. "C’était vraiment le meilleur, un phénomène, admet Winter. Il était bon dans tous les domaines, pas seulement pour marquer des buts. C’est le meilleur joueur que j’ai côtoyé." Le bilan individuel de Ronaldo a vite été remarquable : 34 buts au cours de sa première saison et un sacre en Coupe de l’UEFA. Mais avec ses deux graves blessures au genou, il ne marquera que 25 fois lors des quatre suivantes.

L'Inter a continué à signer de gros chèques en 1999, attirant Christian Vieri (Lazio) pour une autre somme record de 40 M€. Mais ni lui, ni Ronaldo ne seront sacrés en Serie A sous les couleurs nerazzurri, au cours de la seule décennie dans l'histoire du club sans titre de champion. "Je ne regrette pas d'être allé à l'Inter, a cependant avoué plus tard Ronaldo à FourFourTwo. J'ai de bons souvenirs de mon passage là-bas. Le club n’est pas à blâmer pour mes blessures. Mais qui sait ce que nous aurions pu faire sans elles ?"

1998 Ronaldo Inter (getty images)

1998 Ronaldo Inter (getty images)Getty Images

L’une des photos les plus célèbres du football italien des années 90 a été prise à Moscou. On y voit Buffon, Thuram, Cannavaro, Veron ou encore Crespo à l’occasion de la finale de la Coupe de l’UEFA 99. Un incroyable empilement de talents pour Parme, club d'une petite ville du nord de l'Italie, qui a terminé dans le top six de la Serie A pendant neuf saisons consécutives au cours de la décennie. Cela ne lui était jamais arrivé auparavant, naviguant entre Serie B et C jusqu’en 1986 et l’arrivée de Parmalat.

Tomas Brolin et le gardien Claudio Taffarel ont été les deux premières recrues majeures après la promotion en Serie A en 1989. Et guidés par la main ferme de Nevio Scala, les Gialloblu ont remporté la Coppa Italia dès leur deuxième saison dans l'élite. Ils ont enchaîné l’année suivante en triomphant en Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe puis en Coupe de l’UEFA 95 face à la Juventus. Marseille a également subi la loi de cette formidable équipe de Parme en finale de la Coupe de l’UEFA 99.

La fin d’une époque

Ce dernier succès, ainsi que celui de la Lazio en Coupe des Coupes la même année, marquèrent la fin d’une époque. L’heure de la domination espagnole avait sonné, avec 17 trophées européens depuis le début du millénaire contre trois aux équipes italiennes. "Le niveau de la Serie A a diminué au début des années 2000, explique Aron Winter. La Premier League est devenue plus forte, la Bundesliga et la Liga aussi. Même la L1 a progressé."

La Serie A ne pouvait plus lutter avec l’Angleterre et l’Espagne, où l'ère des Galactiques avait sonné. Les meilleurs joueurs ont quitté l’Italie et la fréquentation des stades a commencé à chuter. Cela ne fera pas oublier cette formidable décennie de domination de la Serie A. Treize victoires en Coupe d'Europe, six transferts record et six lauréats du Ballon d'Or en seulement dix ans. Ne cherchez aucun argument : les années 90 furent italiennes.

FourFourTwo

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