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Juve - Fiorentina : une rivalité souvent hors de contrôle

Juve - Fiorentina : une rivalité souvent hors de contrôle

Le 20/04/2019 à 09:26Mis à jour Le 20/04/2019 à 19:54

SERIE A - Entre le club toscan et les Bianconeri perdure une rivalité folle, aux confins de l’excentricité et de l’irrationalité. Retour sur une rivalité qui dépasse parfois l'entendement.

Ce n’est pas la stracittadina romaine, turinoise, milanaise ou même génoise. Cette rivalité entre la Juve et la Fiorentina n’est pas liée à un derby dans une même ville, ni même dans une seule et unique région et est encore moins issue de la classique opposition Nord/Sud si prégnante en Italie. Son origine est même difficile à cerner et plusieurs théories existent quant au point de départ d’une animosité décuplée depuis les années 1980. Mais au fil des saisons, la tension a parfois versé dans la violence, la suspicion et les querelles de clocher.

Sur le terrain : humiliation, polémiques et finales perduesUn 11-0, un 8-0, plusieurs 5-0... la Fiorentina a régulièrement perdu pied lors de ses rencontres face à la Juventus. Le club turinois a ainsi gagné à 24 reprises par au moins trois buts d’écart depuis 1928. Il est logique qu’un sentiment primaire d’antipathie s’installe dans l’esprit des tifosi de la Viola, désabusés par autant de raclées. Deux matches ont particulièrement accentué ces sentiments d’aversion. Lors de la dernière journée du championnat 1981-1982, les deux clubs peuvent remporter le scudetto après une course effrénée tout au long de la saison. La Fiorentina se déplace à Cagliari tandis que la Juve rend visite à Catanzaro.

Les Florentins se voient annuler un but de Graziani et ne font pas mieux que match nul sur la pelouse sarde tandis que les Bianconeri s’imposent sur la plus petite des marges grâce à un but sur penalty. L’exemple ne venant (jamais) d’en haut en Italie, le célèbre réalisateur Franco Zeffirelli, tifoso toscan notoire, se lâche après la rencontre : "J'ai vu Boniperti (le président de la Juve, ndlr) manger des cacahuètes en tribunes, on aurait dit un mafieux." C’est gratuit et cela fait évidemment son effet. Carlo Antognoni, joueur de la Fiorentina, parle lui d’un vol et confesse des années plus tard que ce jour reste marqué en lui avec un sentiment de vendetta encore palpable.

Un peu moins de dix ans plus tard, les deux clubs se retrouvent pour la finale de la Coupe de l’UEFA 1989-1990. Lors de leurs parcours, les Bianconeri ont notamment éliminé le Paris Saint-Germain alors que la Viola a écarté Sochaux puis Auxerre. La Juve l’emporte 3-1 à l’aller dans son stade tandis que le retour se joue à Avellino, dans le Sud de l’Italie, car le stade Artemio Franchi de Florence achève sa rénovation pour la Coupe du monde quelques semaines plus tard. La Fio de Baggio et Dunga ne parvient pas à marquer malgré une Juve réduite à dix dans la dernière demi-heure. Les Turinois agrandissent encore leur armoire à trophées au détriment de leurs rivaux.

Hors des terrains : mercato et trahison

Une grande part de cette rivalité se joue hors des terrains avec, comme événement central, le transfert de Roberto Baggio de la Fiorentina à la Juve en 1990. Le club toscan vient de s’incliner en finale de la Coupe de l’UEFA face aux Turinois et la pilule ne passe pas auprès des tifosi de la Viola car le joueur avait expliqué des semaines plus tôt qu’il ne signerait pas à Turin. Problème, le président Pontello a quelques difficultés financières et l’argent de ce transfert doit servir à renflouer les caisses. Des manifestations sont organisées, la résidence du président du club doit être protégée et les effets se font ressentir jusqu’à Coverciano, le centre d’entraînement national où l’équipe d’Italie prépare sa Coupe du monde. Baggio est copieusement insulté et la préparation est perturbée.

Pour son retour à l’Artemio Franchi quelques mois plus tard, le Divin Codino refuse de tirer un penalty contre son ancienne équipe alors que la Juve est menée 1-0. Son coéquipier De Agostini se lance mais le portier Mareggini l’arrête. Remplacé au cours de la deuxième période après un match anormalement raté, Baggio file directement aux vestiaires sous les huées. Lorsqu’une écharpe de la Viola, lancée depuis les tribunes, tombe à ses pieds, il la ramasse et les sifflets se transforment en applaudissements. Il en profite même pour saluer la Curva Fiesole d’un geste de la main.

27 ans plus tard, rebelote. Formé à la Fiorentina, Federico Bernardeschi est courtisé par la Juve et il répond avec intérêt à ces sollicitations. "A qui cela ne plairait pas de jouer à la Juventus ?", clame-t-il. En réponse, les tifosi de la Viola accrochent une banderole sur les grilles du stade avec pour message : "A qui cela ne plairait pas de te cracher au visage ?", entre autres insultes. Le joueur finit par rejoindre le Piémont contre un chèque de 40 millions d’euros et doit faire face à une pluie de sifflets à chaque retour à Florence.

Dans les tribunes : le Heysel, Scirea et la honte

La rivalité tend à devenir malsaine lorsque les supporters les moins éduqués entrent en scène. En septembre 1991, un an après le transfert de Baggio et la finale de la Coupe de l’UEFA, des fans des deux clubs s’affrontent dans les travées du Stadio Delle Alpi, obligeant les forces de l’ordre à intervenir. Le bilan est de 24 blessés dont 19 policiers et 5 personnes arrêtées. Mais le plus glauque est encore à venir.

A chaque rencontre, ou presque, entre la Fiorentina et la Juve, les mêmes scènes se reproduisent. Des tags, des banderoles ou des tee-shirts faisant référence aux 39 morts de la catastrophe du Heysel font leur apparition côté florentin. D’autres supporters concentrent leurs efforts pour moquer la mort de Gaetano Scirea, défenseur légendaire de la Juve et mort brûlé dans un accident de voiture en Pologne en 1985. Tous les coups bas sont permis.

Entre ces deux clubs que rien ne prédestinait à une rivalité féroce, l’histoire s’est construite autant lors de matches de légende que lors d’évènements hors terrain. C'est aussi ça le football.

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