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Kulusevski : de la Suède à l’Italie, son talent s’est accompagné d’une forte personnalité

Kulusevski : de la Suède à l’Italie, son talent s’est accompagné d’une forte personnalité

Le 19/01/2020 à 07:18Mis à jour Le 19/01/2020 à 17:28

Dejan Kulusevski s’apprête à vivre un dimanche particulier. Quinze jours après avoir affronté son désormais ex-club, l’Atalanta, le Suédois se rend avec Parme à Turin pour y défier son futur employeur, la Juventus. De son éducation footballistique dans la banlieue de Stockholm à son arrivée en Italie à 16 ans, retour sur la progression constante d’un des plus grands talents de la botte.

Une très grande personnalité. Un état d’esprit exceptionnel. Un fort caractère. Lorsque vous évoquez le nom de l’attaquant de Parme à ses formateurs en Suède et en Italie, les réponses ne fusent pas directement sur l’aspect technique, domaine où le jeune suédois de 19 ans excelle pourtant. Non, ce qui a le plus marqué ses entraîneurs, des U12 aux U19, c’est sa volonté sans faille de devenir footballeur professionnel et sa rapide compréhension de tous les éléments à mettre au service de ce rêve pour qu’il devienne une réalité.

"Il était volontaire, très déterminé et avait une forte personnalité pour son âge, se souvient Andreas Engelmark, ancien entraîneur dans les équipes de jeunes de Brommapojkarna et actuel directeur technique du club scandinave. Je l’ai entraîné pendant trois ans, en commençant en U12 jusqu’à son départ en Italie. Il était surclassé car c’est un 2000 qui jouait avec ceux nés en 1999."

Né en 2000, Kulusevski a rapidement besoin d’être challengé car il est facile avec les joueurs de sa catégorie d’âge. "Il était un très bon dribbleur, à l’aise dans les un-contre-un, mais jouait un peu pour lui, raconte Engelmark. Il a commencé à développer sa faculté à jouer et à combiner avec les autres deux ou trois ans avant de partir et son travail défensif s’est grandement amélioré à ce moment là également. Cela a été un vrai processus car quand il a commencé avec moi, il ne travaillait pas défensivement, et quand il est parti à l’Atalanta, il était l’un de ceux fournissant le plus d’efforts sans ballon. Il avait réussi à devenir à la fois un joueur d’une grande qualité technique, mais aussi un élément qui s’inscrivait parfaitement dans le collectif sur toutes les phases de jeu."

Le coup de fil de Stromberg

Son développement commence à faire parler de lui en Suède. Il ne joue qu’en U17 mais son nom est dans les petits carnets de nombreux recruteurs. Ses performances lors d’un tournoi début 2016 en Italie avec son club suédois vont faire le reste. "On a d’abord eu un signalement d’un de nos scouts qui avait assisté à un match de Brommapojkarna lors d’un tournoi de jeunes, explique Maurizio Costanzi, responsable de la formation de l’Atalanta Bergame. Mais des signalements, on en reçoit beaucoup. Rien qu’en 2019, on a eu 4400 fiches sur des joueurs pouvant potentiellement être incorporés dans notre académie."

Le club de Bergame est en effet réputé pour la qualité de sa formation et pour son projet sportif qui séduit de nombreux jeunes. Le maillage des recruteurs très dense en Italie, en Europe et dans le monde entier fait le reste. Costanzi se déplace ensuite pour le voir de plus près : "Je l’ai ensuite vu lors du tournoi de Gradisca (un tournoi très réputé en Italie avec des équipes du monde entier et les meilleurs clubs italiens, ndlr) et ses performances m’ont plu. J’ai alors demandé si on pouvait le recevoir à Bergame lors d’un stage de trois jours."

" Je lui ai dit qu’il était l’un des meilleurs de notre système de formation"

Le test est concluant pour les responsables du club lombard. Le joueur repart dans son club mais se présente quelques jours plus tard pour un autre tournoi, toujours en Italie. "Je me souviens de cette compétition à Lascalis, dans le Piémont italien, témoigne Andreas Engelmark. On avait affronté l’Atalanta et on avait gagné. Dejan avait été très bon lors de ce tournoi et on avait été jusqu’en finale. Quelques semaines plus tard, Glenn Stromberg (ancien grand international suédois, ayant joué 8 saisons avec l’Atalanta entre 1984 et 1992, et ayant toujours des relations dans ce club, ndlr) m’a appelé et m’a demandé si je pensais que Dejan pouvait devenir un très bon joueur. Je lui ai dit qu’il était l’un des meilleurs de notre système de formation et qu’il avait un très bon état d’esprit. Il m’a dit ‘Ok, c’est bon à savoir.’ Quelques semaines plus tard, il partait en Italie."

Le club suédois est réputé comme l’une des meilleures académies en Scandinavie. Le fait de voir partir un excellent élément avant même qu’il ne puisse faire profiter l’équipe première de son talent pourrait être vu comme une déception. "Ce n’est pas très important, tempère le directeur technique de Bromma. Il voulait partir pour l’Atalanta et en tant que coach, ma récompense est de voir où il est aujourd’hui. Cela veut dire qu’aller en Italie était le meilleur choix. On aimerait que tous nos talents jouent un peu avec notre équipe première mais en même temps, c’est un plus grand accomplissement de le voir signer aujourd’hui à la Juventus. On a été une part de cette réussite." Une réussite qui rapporte gros. Le club de la banlieue de Stockholm bénéficiait d’un pourcentage à la revente sur le joueur et avec son transfert à la Juve, il devrait toucher environ 4 millions d’euros. Une somme capitale pour le club, rétrogradé en 3e division suédoise après une saison galère.

L’Italie plutôt que l’Angleterre

D’avril à juin 2016, l’Atalanta reste en contact avec Brommapojkarna mais doit faire face à la concurrence de clubs anglais. "On a discuté pour voir si le joueur était intéressé car il y avait aussi des clubs anglais qui le suivaient, confirme Maurizio Costanzi. En Italie, l’Atalanta est un peu un mouton à cinq pattes. On sait que les projets sportifs autour des jeunes sont rares. Quand Kulusevski est venu faire son stage de trois jours, il a vu qu’il y avait quelque chose de différent chez nous. On a un centre sportif qui n’a rien à envier aux plus grands clubs européens. On a une académie très bien structurée, on a 7 terrains d’entraînement et beaucoup d’autres espaces pour travailler."

Kulusevski en 2019 à Parme

Kulusevski en 2019 à ParmeGetty Images

Le responsable de la formation déroule alors son discours pour séduire un joueur qui ne veut qu’une chose : progresser rapidement et atteindre le niveau professionnel. "On appuie souvent notre argumentation sur le fait qu’il est plus facile d’arriver jusqu’en équipe première à l’Atalanta qu’à Manchester ou au Barça, où ils ont besoin de joueurs déjà prêts pour jouer et surtout pour gagner, confesse le responsable de la formation bergamesque. C’est normal que plus un club a des objectifs élevés, plus il est difficile de s’imposer pour un jeune. A l’inverse, notre objectif est de faire progresser des joueurs. On a cette possibilité là et les faits le démontrent." De fait, les exemples Andrea Conti (Milan), Mattia Caldara (Milan), Alessandro Bastoni (Inter) et Roberto Gagliardini (Inter), pour ne prendre que les plus récents, prouvent en effet que l’Atalanta est à la fois un centre de formation performant mais aussi une belle vitrine avant d’aller se frotter au niveau supérieur.

Une adaptation très rapide

Le football est un langage universel. Et Mauzio Costanzi l’a constaté avec Dejan Kulusevski : "Je pense qu’il parle le langage du football et qu’il peut donc s’adapter à n’importe quelle culture footballistique. Je le vois comme un polyglotte du football. Il n’a donc pas eu de difficultés pour s’imposer chez nous." La structure de l’Atalanta fait le reste, entre entraînements, école et développement personnel. "Pour les joueurs qui viennent de l’étranger, on a une structure spécifique avec des tuteurs, des professeurs pour apprendre la langue et des psychologues, explique le formateur. Ils doivent aussi comprendre petit à petit que l’adaptation passe aussi par la connaissance de l’environnement culturel qui les entoure. Kulusevski a continué ses études suédoises à travers des cours par Internet, il a appris la langue, tout a été facile car c’est un garçon très déterminé. Son objectif était de devenir footballeur professionnel et tout le reste devait servir cette volonté. Il a démontré chez nous une grande disponibilité dans l’apprentissage et un grand équilibre. C’est un très bon garçon."

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Sur le plan du football, sa personnalité très déterminée est un véritable atout dans un pays qui aime le concret. "C’est un garçon qui est conscient de ses qualités, mais attention, c’est différent de quelqu’un de présomptueux, tonne Costanzi. C’est un joueur qui a réussi à faire de son potentiel une réalité. Il y en a beaucoup qui jouent pour le plaisir du football, pour le goût du beau geste ou pour la volonté de faire lever la foule. Lui a la volonté d’être décisif. Il ressent la même satisfaction à marquer ou faire marquer car c’est la même finalité."

L’alliance de qualités athlétiques et de facultés techniques au-dessus de la moyenne

Dejan Kulusevski est un joueur au profil très recherché dans l’évolution de plus en plus athlétique du football. Doué techniquement, il est également capable de répéter les efforts à haute intensité. "On a rapidement vu que ce garçon avait de grosses qualités techniques, supérieures à la moyenne, analyse Maurizio Costanzi. Il a une bonne gestion du ballon dans la construction du jeu, dans ses relations avec les autres joueurs et dans les un-contre-un. Et puis, il a des aptitudes athlétiques supérieures à la moyenne. Il a une résistance à l’effort de haut niveau. On avait fait des tests avec lui alors qu’il jouait dans la Primavera (la réserve, ndlr) et on les avait comparés à ceux de l’équipe première : il était au-dessus de tout le monde. Il a donc des qualités techniques, physiques et même si sa technique de course peut sembler un peu rigide, elle est très efficace."

L’attaquant suédois a aussi une polyvalence très utile. Utilisé principalement comme milieu offensif axial avec la Primavera de l’Atalanta et par Gasperini lors de ses débuts en Serie A en février 2019 avec le maillot de l’Atalanta, il explose cette saison à Parme dans un rôle d’ailier sur le côté droit où il enchaîne les buts (4) et les passes décisives (7). Elu joueur du mois de décembre en Serie A, c’est en Suède qu’il a su développer cette polyvalence. "Dans les équipes de jeunes de Bromma, il a joué à la fois comme numéro 10 et comme ailier qui se recentrait beaucoup sur son pied gauche, donc le voir utilisé dans les deux positions en Italie n’est pas surprenant, certifie Andreas Engelmark. Il peut jouer aux deux postes et je pense même qu’il a les qualités pour jouer en Mezzala comme ils disent en Italie (milieu relayeur dans un milieu à 3, ndlr). Il a quand même besoin d’une certaine liberté créatrice en se projetant également vers le but adverse car sinon, il y a un risque de passer à côté de ses qualités premières. Il est meilleur dans le dernier tiers adverse du terrain et il ne faut pas trop le restreindre tactiquement sur le terrain."

Un match forcément particulier

Ce dimanche, il aura un premier contact avec le lieu de ses futurs exploits, l’Allianz Stadium, sous le maillot parmesan. Immédiatement prêté à Parme jusqu’en juin lors de la finalisation de son transfert de l’Atalanta à la Juve, Dejan Kulusevski sait qu’il lui reste encore du chemin à parcourir avant de se faire un nom dans l’une des plus grandes écuries européennes. Andreas Engelmark, conscient des ajustements à réaliser entre une bonne équipe et le plus haut niveau européen, se veut néanmoins enthousiaste : "Il a les qualités techniques et mentales pour passer ce cap. Les six mois qui viennent sont importants. Il va être psychologiquement libéré car sa situation est réglée. L’adaptation est nécessaire et logique, on le voit encore aujourd’hui, où des joueurs comme Rabiot et Ramsey sont encore dans cette phase six mois après leur arrivée. Il devra faire tout ce qu’il fait de bien actuellement mais plus souvent : être encore plus décisif, plus impliqué dans les matches, plus régulier sur 90 minutes et plus réactif sur certaines occasions. Mais tout ceci est normal, il n’a que 19 ans."

" Il a les éléments pour continuer à s’améliorer"

Maurizio Costanzi est lui aussi optimiste. "Je pense qu’il apprendra vite car il veut s’améliorer et est déterminé à progresser, indique-t-il. Contrairement à des joueurs, par exemple des Sud-américains qui restent toute leur vie sur un aspect instinctif, lui est plus cérébral. Il a les éléments pour continuer à s’améliorer." La force de sa personnalité, encore et toujours. "Kulusevski est un garçon bien structuré et très déterminé", martèle une dernière fois le formateur italien. Un état d’esprit qui l’aura emmené de la banlieue stockholmoise à Bergame, à Parme et dans quelques mois à la Juventus. Une progression à la fois spectaculaire et réfléchie. Deux adjectifs qui collent définitivement bien à ce jeune attaquant suédois.

Kulusevski - Parma-Lecce - Serie A 2019/2020 - Getty Images

Kulusevski - Parma-Lecce - Serie A 2019/2020 - Getty ImagesGetty Images

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