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Record de précocité, gage de fidélité : Donnarumma, le gamin aux 200 matches

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Gianluigi Donnarumma

Crédit: Getty Images

ParGuillaume Maillard-Pacini
31/07/2020 à 22:07 | Mis à jour 01/08/2020 à 16:17
@guillaumemp

SERIE A - À seulement 21 ans, 4 mois et 26 jours, Gianluigi Donnarumma vient de fêter ses 200 matches avec l'AC Milan. Du jamais-vu dans le football italien. Vrai talent, celui qui est également titulaire avec la Nazionale bouclera samedi, face à Cagliari (20h45), sa cinquième saison milanaise. Imperméable aux critiques, "Gigio" continue de tracer sa route. Et suivre son destin.

Milan. 25 octobre 2015. Si le ciel n'est pas vraiment au beau fixe au-dessus de la capitale lombarde, il a le mérite d'être en harmonie avec le moral de l'AC Milan, qui vient d'enchaîner deux défaites et un nul en championnat. Diego Lopez, le portier des Rossoneri, est notamment sous le feu des critiques. La semaine précédente, face au Torino, l'expérimenté gardien s'était montré de nouveau impuissant sur une frappe, pourtant au premier poteau, de Daniele Baselli. Pas vraiment une erreur, certes. Mais assez pour pousser Sinisa Mihajlovic, son entraîneur, à l'envoyer sur le banc contre Sassuolo huit jours plus tard. Pour le remplacer, l'ancien défenseur de la Lazio Rome décide d'envoyer sur le pré de San Siro un gamin de 16 ans. Son nom ? Gianluigi Donnarumma.

Gianluigi Donnarumma - Milan 2015

Crédit: AFP

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IL Y A 13 HEURES

Recruté deux ans plus tôt par Adriano Galliani (ex-administrateur délégué du club lombard, NDLR), sous le conseil d'Enzo Raiola, le cousin et associé du célèbre agent italo-néerlandais Mino, le natif de Castellammare di Stabia, avait coûté 250.000 euros à Milan. Alors à l'ASD Club Napoli, Donnarumma semblait pourtant promis à... l'Inter. "Tout était bouclé, mais conseillé par Enzo Raiola, Galliani s'était faufilé de justesse pour le recruter", racontera quelques années plus tard Ciro Amore, le président du petit club de Campanie.

Après avoir rapidement gravi tous les échelons des jeunes du Milan, le gardien, dont on soupçonnait alors déjà toute l'étendu de son talent, se retrouve à travailler avec l'équipe première à seulement 14 ans. Puis arriva alors ce fameux 25 octobre 2015, jour où Sinisa Mihajlovic décide de le lancer dans le grand bain face à Sassuolo. "Les jours précédents, Silvio Berlusconi a tout fait pour m'en dissuader, révèlera plus tard l'entraîneur serbe. Je lui ai donné deux solutions : soit il me virait pour mettre Diego Lopez sur le terrain, soit il me gardait mais avec Donnarumma sur le terrain. Heureusement, il a opté pour la bonne solution."

Tu es prêt

Devant un peu moins de 40.000 spectateurs, celui que tout le monde surnomme "Gigio" se dévoile au grand jour. Le visage encore enfantin, il réalise alors son rêve, lui qui n'a jamais caché être un tifoso du Milan depuis son enfance. La pression est alors énorme sur ses épaules. "Je lui ai dit qu'il était prêt et qu'il ne devait pas être inquiet, nous confie Alfredo Magni, ancien préparateur des gardiens du club lombard et toujours proche du joueur. Il avait travaillé dur pour en arriver là, il savait ce qu'il devait faire." Pour le faire grandir du mieux possible, le duo Berlusconi-Galliani avait d'ailleurs lancé un "projet des talents". Alfredo Magni était à sa tête.

"C'était une structure adaptée pour nos jeunes talents, avec des infrastructures et deux entraînements spécialisés. Ainsi, ils participaient à des activités nécessaires pour les faire grandir et ainsi acquérir les connaissances nécessaires. Donnarumma en faisait partie, comme Plizzari (désormais portier des Espoirs italiens), Soncin (Primavera) et Desplanches (U19)", explique-t-il. Malgré un coup franc de Berardi, Milan s'impose (2-1) et Donnarumma réussit sa grande première dans les cages. Il n'en sortira plus.

Gianluigi Donnarumma (Milan AC) contre Sassuolo en Serie A 2015/2016

Crédit: Panoramic

Nous voilà maintenant cinq ans plus tard. Et le gamin de Castellammare di Stabia a bien grandi. Pas forcément pour son mètre 96 et sa barbe imposante, mais plutôt pour le niveau de ses performances et sa trajectoire ascendante. "Quand je l'ai pris pour travailler avec l'équipe première alors qu'il n'avait que 14 ans, j'ai tout de suite vu son énorme talent, se souvient Alfredo Magni. C'était évident. Galliani m'avait mis à disposition toutes les infrastructures de Milanello pour le faire travailler et développer tout son talent. L'une de ses qualités principales, c'est de comprendre la situation à laquelle il fait face pour la rendre simple. Donnarumma est également quelqu'un avec la tête sur les épaules, ce qui est essentiel pour la préparation mentale. On lui a de suite imposé quelques règles, comme le sacrifice, le respect et la culture du travail. Il a grandi avec ses valeurs, en plus de celles inculquées par sa famille, avec laquelle il est toujours très proche."

Le 21 juillet dernier, Donnarumma a fêté ses 200 matches avec l'AC Milan. Un record de précocité dans l'histoire du club lombard. Et puisque le football aime raconter de belles histoires, il l'a bien évidemment établi contre Sassuolo. A 21 ans, 4 mois et 26 jours, il devance trois légendes milanaises : Paolo Maldini (22 ans et 3 mois), Gianni Rivera (22 ans et 4 mois) et Franco Baresi (23 ans et 9 mois). Certes, son poste de gardien facilite la donne. Mais quand même. D'ailleurs, rares sont les portiers très jeunes à se voir confier les cages d'un club prestigieux. La légende du Real Madrid Iker Casillas avait attendu 21 ans et 9 mois pour atteindre les 200 capes. Gianluigi Buffon, lui, ses 23 ans. Et David De Gea, 22 ans et 9 mois. De quoi donner un ordre d'idée de la performance du numéro 99.

Accepter les critiques pour progresser

Vice-capitaine de son équipe, "Gigio" Donnarumma a hérité du brassard depuis la récente blessure d'Alessio Romagnoli. Un moment forcément particulier pour celui qui collectionnait les posters de Kakà et Shevchenko dans sa chambre d'ado. Depuis son avènement au plus haut niveau, il a également dû apprendre à accepter les critiques, parfois sévères pour un gardien dont on oublie parfois l'âge. Mais lui a toujours fait face. "Il y a un aspect fondamental à expliquer, prévient Magni. Donnarumma a joué l'Audi Cup, à Munich, à 15 ans et demi. Il a pu réaliser ce parcours grâce à ses qualités, ses connaissances et surtout le travail physique effectué. Mais pour le préparer aux situations les plus délicates, celles que tu peux rencontrer lors des matches, nous avons axé les entraînements sur cet aspect. Nous reproduisions ces situations avant de les rencontrer. Tu ne peux pas attendre de rater pour apprendre. Il était prêt à tout affronter. Après, l'expérience des matches "réels" t'apporte la tranquillité et le vécu pour faire différemment les choses. Avec le temps, il continuera donc à progresser."

Cette saison, Donnarumma a souvent alterné le très bon, parfois le bon et rarement le moins bon. Si ses erreurs font souvent plus de bruit que ses parades, banaliser ses performances serait en commettre une autre. Avec quatre pénaties arrêtés cette saison en Serie A, il est devenu le premier gardien de l'histoire de Milan a réaliser cette performance. Et avec cinq toutes compétitions confondues, le meilleur portier des cinq grands championnats dans l'exercice. On pourrait également parler de ses 12 clean sheet. Pas négligeable. En parallèle de son aventure milanaise, "Gigio" en a commencé une autre avec la sélection italienne. Si d'autres gardiens poussent, comme Alex Meret (Napoli) ou le plus expérimenté Salvatore Sirigu (Torino), Donnarumma a rapidement été identifié comme le successeur idéal d'un autre Gianluigi (Buffon). "C'est le premier gardien titulaire de la Nazionale et provenant du centre de formation du Milan", rappelle fièrement Alfredo Magni. Avec la Squadra Azzurra, le gardien milanais aurait certainement disputé l'Euro 2020 en tant que titulaire. Partie remise à l'année prochaine.

Quel avenir ?

En fin de contrat en 2021, Donnarumma ne se voit pas ailleurs qu'à Milan. Du moins à l'heure actuelle. Si la case "Ligue des champions" n'apparaît toujours pas dans son CV, il espère toujours s'y qualifier avec "son" club, avec qui la rupture fut très proche à l'été 2017. Poussé au départ par son agent Mino Raiola, pas vraiment convaincu par le nouveau propriétaire chinois, Donnarumma avait alors vacillé. Dans un premier temps, il avait même refusé de prolonger. Mais conseillé par sa famille, et avec à la clé un nouveau salaire de 6 millions d'euros (toujours le plus élevé du club), le portier se ravisa. Le 11 juillet de la même année, la direction milanaise officalisait le deal, qui portait donc jusqu'en 2021.

Donnarumma

Crédit: Eurosport

Souvent envoyé ici et là lorsque le mercato ouvre ses portes, l'international italien n'a jamais vraiment pensé à partir. Même quand le PSG a pensé à lui. Pour Paolo Maldini, Donnarumma est tout simplement "le meilleur gardien du monde". Et l'ancien capitaine historique, qui devrait bien rester à son poste de dirigeant, est en première ligne dans les négociations avec Mino Raiola, toujours coriace à apprivoiser. "Dans le football, il y a toujours plusieurs paramètres à prendre en compte, explique Alfedo Magni à ce sujet. Si ça ne tenait qu'à lui et sa volonté, il resterait à Milan pour encore plusieurs années."

Dans un football où les joueurs d'un seul club n'existent plus, "Gigio" Donnarumma pourrait faire office d'exception. La prochaine "bandiera" (littéralement "drapeau" en italien, soit un joueur symbole d'un club où il fait toute sa carrière), c'est peut-être lui. Avec plus de 200 matches avec le seul maillot rouge et noir, il est tout en cas sur la bonne voie.

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