Ils sont fous, ces Romains. Alors que l'ensemble de la presse italienne s'accordait à dire que Maurizio Sarri serait le prochain entraîneur de l'AS Rome, au point que La Gazzetta dello Sport évoquait son évaluation de l’effectif et ses envies de recrutement ce mardi matin, le club de la Louve a finalement pris tout le monde de court. Peu après avoir confirmé le départ de Paulo Fonseca en fin de saison, les Giallorossi ont annoncé son successeur en milieu d'après-midi : José Mourinho. Boum. Une annonce propulsée en Une à peu près partout. En Italie, évidemment, mais ailleurs aussi. C'est aussi ça l'effet "Mou". Pas de quoi déplaire à la famille Friedkin, aux commandes de la Roma depuis l'été dernier. Mais comment expliquer un tel choix, gardé secret jusqu'à aujourd'hui et qui fait actuellement l'effet d'une bombe de l'autre côté des Alpes ?
Il y a tout d'abord la question du timing. Si Dan et Ryan Friedkin ont décidé de communiquer la nouvelle avant la fin de saison, ce n'est certainement pas dû au hasard. Elle permet notamment de faire oublier la fin de saison catastrophique de la Roma, 7e au classement de Serie A et talonnée de près par Sassuolo, prêt à lui chiper son ticket pour la Ligue Europa Conférence. Cette annonce intervient également à deux jours de la demi-finale retour face à Manchester United, devenue presque inutile après l'affront du match aller à Old Trafford (6-2). "La nouvelle a déjà remonté le moral de la ville et des tifosi", nous assure un dirigeant romain plutôt euphorique, qui qualifie de "miraculeuse" la performance de garder cette piste secrète. A l'heure des réseaux sociaux et des fuites à tout-va, on peut le comprendre.
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Coup médiatique, coup réussi

D'un point de vue médiatique, c'est évidemment un coup réussi. Malgré une pente descendante reconnue à peu près de tous, José Mourinho reste une figure incontournable du football mondial. Pas vraiment habitué des titres et des succès ces dernières années, la Roma s'offre ainsi un nom prestigieux qui la replace dans le paysage médiatique. Avec le Special One sur le banc, elle sait que les regards vont être braqués sur lui la saison prochaine. Pour Dan et Ryan Friedkin (père et fils), novices dans le monde du football, autant dire que c'est un énorme coup. "Il est même gigantesque", réctifie Augusto Ciardi, journaliste romain à Teleradiostereo. Le Portugais Tiago Pinto, nouveau directeur général des Giallorossi depuis novembre dernier, a quant à lui œuvré en première ligne pour cette venue. De quoi lui donner du crédit auprès des tifosi.
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Pour donner un ordre d'idée sur l'euphorie soudainement retrouvée autour de l'AS Rome, il suffit de jeter un œil à son action en bourse. Cette dernière a même été suspendue pour une augmentation jugée comme trop élevée à +25%. Du côté des réseaux sociaux, c'est le même succès. Voilà ce que nous a fait savoir le club, précisément 45 minutes après la publication du communiqué.
  • Facebook : 52.000 réactions, 9.000 commentaires
  • Twitter : 15.000 retweet, 22.000 like
  • Instagram : 225.000 like, 11.300 commentaires
En interne, le sentiment est le même. "Depuis l'annonce, c'est la folie autour du club, explique un salarié du club giallorosso. Hier, on était comme morts après la défaite face à la Sampdoria. Aujourd'hui, tout le monde a retrouvé le sourire et l'envie. C'est aussi ça, Rome. Tout peut changer en un instant..."

Un mariage passionnel plutôt que rationnel

Dans la ville éternelle, tout est paradoxalement éphémère. Les résultats comme les sentiments. Comme d'autres, Paulo Fonseca, pourtant apprécié par une large partie de tifosi, va rapidement tomber aux oubliettes, lui aussi dévoré par le fameux environnement romain. Place désormais à José Mourinho, l'homme qui se frotte probablement les mains à l'idée d'affronter tout ce cirque médiatique. Des journaux aux nombreuses radios de la ville, l'ex-entraîneur de l'Inter va se confronter à une pression quotidienne. Et il adore ça. Mais qu'il soit prévenu : beaucoup de ses prédécesseurs y ont laissé des plumes. De Fabio Capello à Claudio Ranieri, de Rudi Garcia à Luciano Spalletti... "Ce n'est pas une légende qu'un scudetto à Rome en vaut plus qu'un à Milan ou Turin", aime d'ailleurs rappeler "Don Fabio". Mais après avoir presque tout essayé sur son banc ces dernières années (jeunes entraîneurs, coachs étrangers...), la Roma a décidé de miser cette fois sur du lourd. Un entraîneur du calibre de Mourinho, c'est une première.

Mourinho est-il has been ? "Il n'a plus les leviers sur le plan humain"

Entre Mourinho et la Roma, ce sera probablement un mariage passionnel plutôt que rationnel. De déraison plutôt que de raison. Une union qui poussera soit à l'euphorie, soit à la folie. Il n'y aura probablement pas de juste milieu. Ou blanc, ou noir. L'un comme l'autre sont d'ailleurs en quête de rachat. "Nous voulons construire un cycle gagnant dans les années à venir, a d'ores et déjà prévenu le Portugais. L'incroyable passion des tifosi a été un facteur déterminant dans ma décision d'accepter." Pas vraiment né de la dernière pluie, le Special One sait où il met les pieds. En plus d'un club, c'est la mentalité d'une ville qu'il va devoir épouser. Mais onze ans après son départ de l'Inter, le (re)voilà dans un championnat qu'il affectionne tout particulièrement, notamment pour la passion qu'il déchaîne dans tout le pays. A Rome, il va être servi.

Sur le papier, il y a du boulot

Côté terrain, Mourinho risque également d'avoir beaucoup de boulot. Sur le papier, l'effectif n'est pas vraiment celui qui colle le mieux à ses attentes. Beaucoup de jeunes joueurs, peinant parfois à absorber la pression et coupables de multiples erreurs cette saison à des moments clés : le technicien portugais a probablement obtenu en amont des garanties sur le mercato de la part de ses nouveaux dirigeants. Le tout malgré des finances qui demeurent très délicates. Une refonte en profondeur peut donc être envisagée l'été prochain.
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Le système tactique va lui aussi probablement changer. Même si Paulo Fonseca avait initialement opté pour un 4-2-3-1 à son arrivée, une série de mauvaises performances avait poussé le Portugais à basculer vers une défense à trois et un 3-4-2-1 qui n'a depuis que rarement été modifié. Toujours très attaché à l'assise défensive de son équipe, Mourinho aura du travail dans cette optique. Comme reconstruire une maison en partant de ses fondations, souvent trop friables cette saison. Un exemple : la Roma n'a remporté que 4 points sur 30 possibles face aux "grands" de Serie A. Une statistique qui risque de faire bondir de son banc le Special One, qui affiche une moyenne de 2.18 points en Serie A dans l'ère de la victoire à 3 points (1994/95). Seul Antonio Conte (2.26), actuellement à l'Inter, fait mieux. "Au début, nous l'aimerons tous à la folie, comme maintenant d'ailleurs, nous assure ce même dirigeant de la Roma. Puis peut-être que nous finirons tous par le détester. C'est souvent comme ça avec lui, non ?"
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