Le "scandalo dei tamponi". Littéralement, le "scandale des tests". Voilà comment la polémique qui entoure la Lazio Rome a été baptisée par les quotidiens italiens. Depuis une dizaine de jours maintenant, le Calcio est littéralement secoué par cette affaire, liée à une enquête de la part des instances sportives transalpines pour une éventuelle violation du protocole sanitaire en vigueur. Mais pas que, puisque le Procureur de la ville d'Avellino a également décidé de se saisir du dossier. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

Pour cela, un retour en arrière est nécessaire. Nous sommes le 26 octobre, deux jours avant le match des Biancocelesti contre Bruges en Ligue des champions. Comme exigé par le protocole de l'UEFA, la Lazio fait passer les tests du Covid-19 à ses joueurs auprès du laboratoire Synlab, avec lequel collabore l'instance européenne. Le lendemain, beaucoup de joueurs sont absents de la mise au vert, dont notamment Ciro Immobile et Luis Alberto. Pour le club romain, il s'agit de "faux positifs". Mieux comprendre : la charge virale est faible. Ils ne partiront toutefois pas pour la Belgique, d'où la Lazio parviendra à ramener un point précieux. Le week-end suivant, le club romain doit se déplacer sur la pelouse du Torino. Après avoir songé au renvoi du match, il souhaite finalement le disputer.

Serie A
Le Napoli écrase la Roma et rend un magnifique hommage à Maradona
HIER À 21:40

Enquête

En Italie, le protocole sanitaire requiert une batterie de tests avant chaque rencontre. Et tous les clubs ont chacun un laboratoire dit "de confiance". La Lazio, elle, travaille avec "Diagnostica Futura" de la ville d'Avellino. C'est alors qu'arrive le premier coup de théâtre : Ciro Immobile, Lucas Leiva et le gardien Thomas Strakosha, absents le mercredi face à Bruges, sont dans le groupe pour le déplacement à Turin le dimanche. Le matin du match face au Toro, la Lazio communique "que tous les tests effectués samedi se sont révélés négatifs". Et donc que les joueurs sont disponibles. C'est notamment le cas de l'attaquant Ciro Immobile, testé positif le 27 octobre, puis négatif le 30 et le 31. L'international italien, qui jouera la rencontre contre les Granata, sera même buteur dans le temps additionnel. L'équipe de Simone Inzaghi s'imposera sur le fil (2-3) après une fin de match rocambolesque.

Ciro Immobile

Crédit: Getty Images

Même pas le temps de fêter le succès que la Lazio se prépare déjà à partir pour la Russie, où elle doit affronter le Zenit Saint-Pétersbourg en C1 le 4 novembre. Rebelote : nouveaux tests liés au Covid-19, nouveau laboratoire (celui de l'UEFA)... et encore plusieurs cas positifs détéctés. Ciro Immobile, Thomas Strakosha et Lucas Leiva ne font pas le voyage en Russie. Cette situation commencer à faire parler dans la Botte, au point que La Fédération italienne annonce dans un communiqué avoir "ouvert une enquête envers la Lazio pour constater d’éventuelles violations aux protocoles sanitaires pour contenir l’épidémie de Covid-19".

Même dans le vagin des femmes du monde entier, il y a des bactéries

Le dimanche suivant (8 novembre), la Lazio reçoit la Juventus à 12h30 dans l'un des chocs de la 7e journée. Mais avant, il est l'heure de repasser par la case tests, mais cette fois avec un laboratoire tiers en plus : celui du Campus Biomedico de Rome. Le 6 novembre, ce dernier confirme que Ciro Immobile, Thomas Strakosha et Lucas Leiva sont positifs au Covid-19. "Tous les tests sont négatifs", annonce toutefois le laboratoire d'Avellino. Alors, qui croire ? Entre-temps, le club romain avait rédigé un communiqué remettant en cause les résultats des tests de l'UEFA.

Au coeur de la tempête, Claudio Lotito, le patron de la Lazio, décide de sortir de son silence dans les colonnes de La Repubblica. "Mais ça veut dire quoi positif ? Positif veut dire contagieux, non ? Même dans le vagin des femmes du monde entier, il y a des bactéries. Mais elles ne sont pas toutes pathogènes", lâche-t-il maladroitement. Avant de préciser sa pensée : "Même Igli Tare (le directeur sportif, ndlr) est positif. Mais aujourd'hui, personne ne dit si tu es contagieux ou non. Il y a différentes interprétations des résultats (...) Immobile sur le terrain à Turin ? On a le test, il était négatif."

Face au chaos, les Biancolesti décident de ne pas convoquer les trois joueurs concernés pour la rencontre face à la Juve, évitant ainsi d'ajouter de l'huile sur un feu déjà bien vif. Il faut dire que la Région Lazio, elle, avait prévenu en amont le parquet fédéral concernant ces trois cas positifs. Même chose pour les autorités sanitaires locales (les fameuses "ASL"), imposant l'obligation à l'isolement.

Ces dernières n'auraient d'ailleurs été contactées par le club romain qu'à partir de ce moment. "Avant, seulement des coups de téléphones auxquels aucune documentation n'a fait suite", précise La Gazzetta dello Sport du 12 novembre. La Lazio affronte donc la Vieille Dame sans Immobile, Strakosha et Leiva. Et elle parvient même à arracher un nul à l'ultime seconde. Mais le "scandalo tamponi", lui, continue.

Une question de gènes ?

Le 7 novembre, l'agende de presse italienne ANSA annonce que les enquêteurs de la police judiciaire (envoyés par le Procureur de la République) se sont rendus au centre d’entraînement de Formello pour mener une perquisition et saisir plusieurs éléments. Le laboratoire d’Avellino a également été inspecté. Au total, 95 tests sont saisis pour effectuer une contre-analyse du côté de l'Hôpital San Giuseppe Moscati d'Avellino. Mis en cause, Walter Taccone, l'un des fondateurs du fameux laboratoire "Futura Diagnostica", se défend dans une interview à Radio Punto Nuovo.

"Nous sommes un laboratoire sérieux et reconnu au niveau national, assure-t-il. Cette situation fait mal à tout le monde (...) La situation est transparente, mais j'ai l'impression que quelqu'un ressent le besoin de mettre sa patte partout." Probablement une référence à Urbano Cairo, président du Torino... et du groupe RCS, propriétaire de plusieurs médias italiens, dont La Gazzetta dello Sport. Ce dernier avait d'ailleurs écrit une lettre au parquet fédéral qui mène l'enquête. "Il me déteste à mort depuis qu’il a perdu contre moi. Ses journaux m’attaquent pour ça. Mais il perd toujours et il est dernier", contre-attaquait Lotito peu après.

Urbano Cairo

Crédit: Getty Images

Et si cette histoire, finalement, n'était qu'une question... de gènes ? "Le sixième jour, nous avons effectué de nouveaux tests sur les trois joueurs concernés avant qu'ils aillent au laboratoire Campus Biomedico de Rome. Pour nous, ils étaient négatifs aux trois gènes, explique Taccone dans son entretien avec Radio Punto Nuovo. Durant cette batterie de tests, il y avait également des cas positifs et nous l'avons signalé. Après le résultat positif de l'autre laboratoire, nous avons décidé d'effectuer un deuxième contrôle en collaboration avec un laboratoire de Naples, MeriGen. Résultats : quatre tests positifs, comme nous. Et une absence dans les trois premiers gènes de Strakosha et Leiva, avec juste une réserve pour Immobile (...) Le gène N, qui est un gène "danseur", était positif : un coup il l'est, un coup non (...) Pour moi, Leiva et Strakosha pouvaient jouer contre la Juve, même Immobile à mon avis."

Que risque la Lazio ?

Pour l'heure, rien n'indique que la Lazio s'est rendue coupable d'une quelconque tricherie. Les deux enquêtes suivent leur cours. Il y a tout d'abord celle du parquet d'Avellino, plutôt orientée sur l'intégrité du laboratoire "Futura Diagnostica". Puis celle du parquet de la FIGC, focalisée sur le comportement de la Lazio dans cette affaire. Après deux convocations vaines (6 et 9 novembre), Giuseppe Chinè, magistrat du Conseil d'État et en charge du parquet de la Fédération italienne de football, a enfin entendu le responsable médical de la Lazio Rome Ivo Pulcini, jeudi. Un témoignage très attendu et qui pourrait s'avérer déterminant pour la suite de l'enquête. Selon La Gazzetta dello Sport, ce dernier aurait avoué avoir commis plusieurs erreurs, cherchant même du réconfort auprès de ses collègues. Si ces dernières sont reconnues et confirmées, il risque la radiation.

Claudio Lotito

Crédit: Getty Images

De son côté, Claudio Lotito est quant à lui certain de n'avoir enfreint aucune règle. Mais quelles sanctions encourent son club ? Extrait du protocole : "En cas de violation, et selon la gravité de l'infraction, le club risque une sanction qui va de l'amende, la pénalisation, la rétrogradation à la dernière place à l'exclusion du championnat. La gravité de la violation est jugée en fonction du risque pour la santé des joueurs, des staffs, des arbitres et de tous les salariés exposés à la contamination du Covid-19, ainsi que la volonté confirmée d'altérer le déroulement ou le résultat d'un match ou d'une compétition."

Pour rappel, si un joueur est testé positif au Covid-19 en Italie, tout le groupe doit être isolé de manière préventive dans "une structure adéquate". Le joueur, lui, peut retrouver l'activité dix jours après son test positif (mais uniquement en cas de test négatif, évidemment). La durée peut être diminuée s'il s'agit d'un "faux positif" avec une charge virable basse et avec l'aval des autorités sanitaires.

Serie A
Même sans Ibra, Milan reste intraitable
29/11/2020 À 16:10
Serie A
Naples va rendre hommage à Maradona avec un maillot "argentin"
29/11/2020 À 09:41