Ne l'appelez plus "Maestro". Aujourd'hui, Andrea Pirlo a posé sa baguette. Le voilà désormais dans le costume de "Mister", le terme utilisé dans la Botte pour désigner les entraîneurs. Qu'il semble loin ce jour de novembre 2017 où l'ancien milieu de terrain, passé notamment par l'AC Milan (2001-2011) et la Juventus Turin (2011-2015), annonçait la fin de son immense carrière. Presque trois ans plus tard, le champion du monde 2006 s'apprête à connaître son premier match officiel sur un banc. Un endroit qu'il n'était pas vraiment habitué à côtoyer en tant que joueur. Il va devoir s'y habituer, lui qui a été nommé entraîneur de la Juve le 8 août dernier à la surprise générale.

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17/10/2020 À 20:45

La veille, et au lendemain de l'élimination face à l'OL (1-0, 2-1) en huitième de finale de Ligue des champions, la Vieille Dame avait en effet décidé de se séparer de son entraîneur Maurizio Sarri, avec qui le mariage n'avait jamais vraiment fonctionné. Le divorce était donc loin d'être une surprise. Le timing, lui, un peu plus. Mais le trio Andrea Agnelli (président) - Pavel Nedved (vice-président) - Fabio Paratici (directeur sportif) ne pouvait se permettre de perdre du temps après une saison tronquée en raison du Covid-19. La nouvelle étant déjà aux portes, il a fallu trouver une solution de repli le plus rapidement possible. Pas urgente, certes, mais quand même. Les noms ont eu beau défiler (et les candidatures express aussi), un seul a semblé retenir l'attention des dirigeants : celui d'Andrea Pirlo. Une solution qui présentait plusieurs avantages.

Pirlo, une solution aux multiples avantages...

Le premier, c'est que l'ancien milieu venait d'être nommé entraîneur des U23 du club piémontais une semaine plus tôt. De quoi éviter de démarcher et négocier avec des entraîneurs "extérieurs" et internationaux. Le deuxième, capital dans le contexte économique actuel que l'on connaît : son coût. Selon La Gazzetta dello Sport, Pirlo touche aujourd'hui un salaire net de 1,8 million d'euros (plus des bonus). Soit à des années lumières de celui de ses prédecesseurs Maurizio Sarri (5,5 millions) et Massimiliano Allegri (7,5 millions). Précision importante : faute d'accord, le premier est toujours sous contrat avec la Juve, qui lui avait fait signer un contrat jusqu'en 2022 à son arrivée selon les médias transalpins. De quoi peser dans la balance au moment de faire les comptes pour la Vieille Dame.

Andrea Pirlo, Juventus

Crédit: Getty Images

Mais si la Juve a fait de Pirlo son "Mister", c'est aussi car elle croit beaucoup en lui. "Nous sommes très attachés à lui, expliquait Andrea Agnelli en conférence de presse le 31 juillet dernier, lors de l'intronisation (finalement temporaire) de Pirlo sur le banc des U23. Il a été fondamental à son arrivée en tant que joueur. Nous pensons que ses valeurs humaines se verront tout au long de sa carrière d'entraîneur." Pour le directeur sportif Fabio Paratici, Pirlo était tout simplement "prédestiné". "Il l'était comme joueur et nous pensons qu'il peut l'être comme entraîneur. La décision de le nommer est venue naturellement", expliquait-il à Sky Italia. On peut même dire qu'elle a rapidement fait l'unanimité au sein du club et du vestiaire.

... mais risquée

Si la nomination de Pirlo est séduisante sur le papier, en plus de susciter une énorme curiosité chez les amateurs de football, elle n'en est pas pour le moins risquée. Le curriculum vitæ de l'ex-international italien à la case entraîneur est en effet encore vierge. Pour lui, ce sera une grande première. Et dans un club comme la Juve, les attentes sont très élevées. L'exigence aussi. Des éléments dont l'intéressé est bien conscient. Au vu de la trace laissée et son statut de débutant, peut-être que certaines erreurs lui seront plus facilement pardonnées qu'elles ne l'étaient à Maurizio Sarri et son passé au Napoli. Mais à la Juve, le diktat du légendaire Giampiero Boniperti n'a jamais été oublié. Et il est même souvent répété : "Vincere non è importante, è l'unica cosa che conta" ("gagner n'est pas important, c'est l'unique chose qui compte'').

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Dans son histoire, la Vieille Dame n'est pas vraiment habituée à laisser les rênes à un entraîneur débutant. Même si ce n'est pas une première. Armando Picchi (1970-1971) n'avait pas une grande expérience, un certain Giovanni Trapattoni (1976-1986) non plus. Et ce dernier a pourtant remporté tous les trophées possibles en dix ans. En 1988, quand l'ancien portier Dino Zoff est nommé, il n'a alors aucune expérience sur un banc de club. Plus récemment, la tentative Ciro Ferrara (mai 2009-janvier 2010) n'avait pas vraiment été une réussite.

En arrivant à la Juve en 2006, Didier Deschamps venait de passer plusieurs années sur le banc de l'AS Monaco, avec notamment une finale de C1 à son actif. Difficile donc de le classer dans la catégorie des novices comme Pirlo. Quant à Antonio Conte, grand artificier du retour sur le trône de la Juve au début des années 2010, il avait déjà connu plusieurs expériences (Arezzo, Bari, Sienne...) auparavant.

Quel entraîneur sera Pirlo ?

Depuis sa retraite, Andrea Pirlo s'est fait discret, comme à son habitude. Il avait toutefois accepté une pige en tant que consultant les soirs de Ligue des champions sur Sky Italia. Homme de peu de mots, du moins en public, l'ancien milieu de terrain est quelqu'un de très "sélectif" selon Paolo Condò, journaliste à La Repubblica et lui aussi consultant sur la chaîne privée. "Avec lui sur le plateau, tu comprenais tout de suite si tu disais une connerie ou non, nous explique cette grande plume du journaliste italien. Il te fusillait du regard. Heureusement pour moi, cela ne m'arrivait pas souvent". Dans un vestiaire qu'il connaît par coeur, et où il a retrouvé certains de ses anciens coéquipiers (Bonucci, Buffon, Chiellini...), Pirlo sait qu'il est respecté. Et écouté. Un bon début.

Cette semaine, le champion du monde a d'ailleurs reçu une bonne nouvelle provenant de Coverciano, le Clairefontaine italien. Après avoir présenté sa thèse intitulée "Le football que je voudrais", il a reçu la note de 107/110, validant ainsi son diplôme d'entraîneur "UEFA Pro", soit la plus haute qualification dans les diplômes reconnus par l'instance européenne. Seul Thiago Motta a terminé devant lui avec un joli 108/110. "Le football qu'un entraîneur propose est la conséquence de la personne qu'il y a derrière, nous confie Condò. Pirlo a toujours bien joué au football sous tous les points de vue : la technique, l'attaque, l'intelligence de jeu. Son jeu sera pareil en tant qu'entraîneur."

Le jeu sera le fil conducteur de mon équipe

Dans sa thèse, Pirlo écrit notamment : "L'idée fondamentale de mon jeu est basée sur la volonté d'un football qui va de l'avant, un football de possession et d'attaque. Je voudrais jouer un football total et collectif, avec onze joueurs actifs en phase offensive et défensive. En coordonnant les espaces et les temps de jeu, nous avons l'ambition de commander le jeu dans les deux phases." Il insiste notamment sur le jeu de position, l'aspect "le plus important" de ce qu'il veut proposer. "Il faut respecter les positions de notre structure de jeu, attendant que le ballon arrive aux joueurs et pas l'inverse", ajoute-t-il. D'autres passages : "Le jeu sera le fil conducteur de mon équipe", "Nous voulons bien attaquer pour bien défendre", "Une fois le ballon perdu, nous devons le récupérer tout de suite". Certains principes ne sont pas sans rappeler ceux de son prédécesseur Maurizio Sarri, qui avait toutefois dû y renoncer en partie pour "s'adapter" aux qualités duo Ronaldo-Dybala.

Andrea Pirlo and Cristiano Ronaldo

Crédit: Getty Images

A quel schéma doit-on s'attendre ? Pour sa première sortie en amical dimanche dernier contre Novara, la Juve de Pirlo s'alignait avec une défense à trois. Elle passait régulièrement à quatre une fois le ballon perdu. "On peut jouer à trois en défense, ou à quatre. On peut avoir des phases de jeu où le schéma évolue", avait-il déjà prévenu lors de sa première conférence de presse. Devant, Cristiano Ronaldo est bien évidemment inamovible. Gonzalo Higuain parti, c'est Edin Dzeko (AS Rome) qui devrait le remplacer. Voilà qui tombe bien : l'international bosnien a toujours été la priorité de Pirlo. N'en déplaise à Luis Suarez, lui aussi courtisé par la Juve et qui a obtenu jeudi son examen d’italien de niveau B1 dans le but d’obtenir un passeport et ne plus avoir le statut de joueur extra-communautaire. Le plan C de la Vieille Dame, nommé Olivier Giroud, ne devrait donc pas être activé.

La nouvelle recrue Dejan Kulusevski sera l'une des attractions de la saison qui s'apprête à démarrer. Au milieu, Adrien Rabiot devrait trouver sa place. Tout comme Arthur, arrivé en provenance du Barça, et Rodrigo Bentancur, l’un des meilleurs la saison passée. Weston McKennie, l'une des surprises du mercato bianconero, pourrait également avoir une carte à jouer. ''Pour les anciens grands champions qui deviennent des entraîneurs, il est parfois difficile de concevoir que certains de leurs joueurs n’arrivent pas à réaliser des choses que eux faisaient facilement, explique Paolo Condò. Je me souviens les doutes qui entouraient Zidane après son expérience avec la Castilla du Real Madrid. Une fois promu, tout a été résolu et il a remporté trois C1. Le champion fonctionne avec les champions et n’a pas grand-chose à dire aux médiocres.'' Voilà qui tombe bien, la Vieille Dame est souveraine dans la Botte depuis maintenant neuf saisons. Maintenant, c’est à "Mister Pirlo" de jouer.

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