En Italie, une expression usitée indique que le "tempo è galantuomo". Mieux comprendre : "le temps est gentilhomme". Ou bien "galant", si vous préférez. C'est à dire qu'il rétablit souvent des vérités initialement contestées. Fabio Paratici, le directeur sportif de la Juventus Turin, pourrait très bien s'en servir en ce début de mercato hivernal. Et donc à plus de trois mois de la fin de celui estival, où ce dernier a longtemps prospecté pour réussir une opération rajeunissement officiellement lancée.

Pour renforcer son attaque, le dirigeant italien a pisté pendant plusieurs semaines Luis Suarez et Edin Dzeko, pas vraiment les plus jeunes de la classe. Avant de finalement opter pour une ancienne connaissance moins avancée dans le temps : Alvaro Morata. Le tout dans un scepticisme plutôt perceptible. Peu importe pour l'Espagnol, qui connaît bien la maison et qui venait alors compléter un effectif en plein rajeunissement. Montant de l'opération : prêt payant (20 millions d'euros) de deux ans avec option d'achat fixée à 45 millions d'euros (si levée la première année) ou 35 millions (si levée la deuxième année). Miralem Pjanic (30 ans), lui, a pris la direction de Barcelone en échange d'Arthur Melo (24 ans). Les chiffres : 60 millions + 5 de bonus pour l'ancien milieu de l'OL, 72 millions + 10 de bonus pour le Brésilien. Une opération qui rentrait parfaitement dans le cadre de ce plan jeunes.

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Une moyenne d'âge qui dégringole

Les divers Gonzalo Higuain, Blaise Matuidi ou Douglas Costa également partis, la Vieille Dame a ensuite décidé de poursuivre son lifting. Pour ça, une recette plutôt simple : miser sur la jeunesse pour s'en offrir une deuxième. Les dirigeants de la Juve recrutent notamment l'ailier suédois Dejan Kulusevski (20 ans, opération bouclée en janvier 2019 ndlr) en provenance de Parme, le milieu américain Weston McKennie (22 ans) qui débarque de Schalke 04 et, cerise sur le gâteau, Federico Chiesa (23 ans), arraché à la Fiorentina. Mais deux de ces trois opérations ont un coût : l'international italien arrive pour un total de plus ou moins 60 millions d'euros (prêt payant de deux ans assorti d'une option d'achat pouvant devenir obligation), Kulusevski se voit recruter pour 35 millions plus bonus.

Pavel Nedved, Fabio Paratici, Juventus, Getty Images

Crédit: Getty Images

"Nous avons l'un des effectifs les plus vieux d'Europe, c'est un élément de réflexion", avait prévenu le président Andrea Agnelli dans la foulée de l'élimination de la Ligue des champions face à l'OL en août dernier. Depuis, l'ex-technicien Maurizio Sarri a fait ses valises, le novice Andrea Pirlo a été nommé et le visage de la Vieille Dame a donc rajeuni. Au final, elle a perdu quasiment deux ans : sa moyenne d'âge est passée de 29 ans à 27 ans et 340 jours. Un bon début. Mais pour vraiment constater l'effet de ces piqûres de jeunesse au-déla des simples chiffres, seul le temps pouvait faire office de jugement. Et si certains défauts se sont confirmés dans cette première partie de saison, les recrues, elles, ont permis d'obtenir l'effet escompté. Un souffle nouveau souffle du côté de Turin.

La surprise McKennie, la fraîcheur de Chiesa

Si l'on devait dresser un bilan du mercato italien à la mi-saison de la Serie A, celui de la Juve serait sans aucun doute parmi les meilleurs. Chacune des recrues est parvenue à amener sa pierre à un édifice encore en construction. Et donc en plein chantier. Du haut de ses 28 ans, Alvaro Morata a affiché un niveau inédit. L'attaquant espagnol, devenu partenaire idéal de Cristiano Ronaldo en attaque, a inscrit 10 buts en 17 matches. Le tout sans compter ceux annulés par la VAR pour un cheveu ou un orteil. Il a également délivré 7 passes décisives. Au vu de la méforme de Paulo Dybala, Morata, plus mature que jamais dans le jeu, s'est montré capital dans le système et le jeu de Pirlo. Les tifosi, heureux de le retrouver l'été dernier mais conscients de certaines de ses limites, en auraient presque oublié Suarez et Dzeko.

"Andrea Pirlo a obtenu beaucoup de ses nouvelles recrues", écrivait La Gazzetta dello Sport vendredi au moment de faire un point sur l'apport des nouveaux arrivants en Serie A depuis la fin du mercato estival. L'un des plus surprenants du côté de la Juve ? Weston McKennie. Inconnu au moment de débarquer dans la Botte, le milieu américain est parvenu à s'y faire un nom. Avec lui, Pirlo a trouvé le garant de l'équilibre de son équilibre. McKennie excelle dans plusieurs domaines : les duels, les efforts et la multiplication des courses. "C'est le meilleur joueur de la Juve dans les incursions sans ballon (...) Il est l'une des grandes surprises de ce championnat", ajoutait le quotidien italien dans ses colonnes.

Auteur d'un doublé à San Siro mercredi dans le choc face à l'AC Milan (1-3), Federico Chiesa a confirmé sa très bonne forme. Dans son couloir droit, l'international italien a répondu aux doutes qui ont pu entourer son arrivée, notamment en raison de son prix. Toujours aussi précieux dans la percussion, l'ancien joueur de la Fiorentina a (re)trouvé une régularité trop souvent oubliée. Aujourd'hui, il est précieux dans la phase offensive comme défensive. C'est essentiel dans un système à trois défenseurs. Sa moyenne d'occasions créées par match ? 1,43. Celle des centres ? 2,36. Les dribbles réussis ? 1,64. Le danger vient souvent de son côté. "Chiesa est devenu tout simplement capital pour l'animation de son équipe", synthétisait la Gazzetta.

Kulusevski arme létale, Frabotta montre la voie

Il y a encore peu, Dejan Kulusevski était lui aussi un titulaire de cette Juve 2.0. Véritable révélation la saison dernière avec Parme, l'international suédois au profil si atypique a toutefois perdu un peu de terrain ces dernières semaines. Mais pas de quoi vraiment inquiéter sur son potentiel ou son avenir. Kulusevski doit encore probablement digérer beaucoup de choses, comme les attentes très élevées dont il fait désormais l'objet. Passer de Parme à la Juve, ça vous change la vie. Encore plus dans un système tactique totalement différent (Parme évoluait en 4-3-3) et des circuits de jeu à intégrer. Le Suédois aime jouer près du but, ce qui n'a pas toujours été le cas à la Juve. Entré en jeu à Milan, mercredi, le numéro 44 bianconero a prouvé qu'il pouvait encore être décisif en délivrant un caviar pour McKennie pour le but du break. Cette saison, Kulusevski a disputé 18 matches. Bilan : neuf titularisations, 3 buts et 2 passes décisives. Pour Pirlo, c'est également une arme en cours de jeu.

Dejan Kulusevski, Juventus-Verona

Crédit: Eurosport

Pour Arthur Melo, le cas est un peu différent. Dans le système de Pirlo, paradoxalement sans numéro 6 à la Pirlo, l'ancien joueur du Barça doit composer avec la concurrence. Bentancur, Rabiot, McKennie... Les places sont précieuses. Quand il a été aligné d'entrée, le Brésilien a toutefois montré de belles choses, comme sa capacité à verticaliser rapidement et jouer entre les lignes. Mais pour l'heure, le bilan est contrasté. Les conclusions attendront donc la fin de saison. Enfin, la Juve n'hésite pas non plus à donner du temps de jeu à ses jeunes du centre de formation. Le latéral gauche Gianluca Frabotta (21 ans) en est la preuve. Mercredi, en raison des absences, il était même titulaire dans un choc capital pour la saison de la Vieille Dame. Aujourd'hui, cette dernière finirait presque par se vexer qu'on la surnomme comme ça.

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