Hors caméras, Olivier Giroud se prépare à répondre aux micros de DAZN juste après la victoire de l'AC Milan face à l'AS Rome (3-1), le 6 janvier dernier. Le Français cherche alors un mot en italien qui, visiblement, ne lui vient pas. Il se tourne alors vers un salarié du club pour lui demander, tout sourire. "Sfortuna ? Sfortuna ?", répète-t-il, soit "malchance" dans la langue de Dante. Avant de se reconcentrer pour écouter religieusement et attentivement les questions du journaliste.
Depuis son arrivée l'été dernier, l'ancien attaquant de Chelsea fait tout pour que son adaptation italienne se passe parfaitement, avec notamment un apprentissage accéléré de la langue du pays. Pas simple après une décennie outre-Manche. Mais qu'importe. L'international français estime que la réussite passe aussi par là, et ses interviews avant/après match sont désormais dans un italien quasi parfait. Après seulement six mois, qui aurait à redire de son accent inévitablement français, un vocabulaire à enrichir et quelques erreurs de conjugaison ?
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Si Giroud a fait cet effort linguistique, il n'en était pas vraiment obligé. A son arrivée, le deuxième meilleur buteur de l'histoire des Bleus a probablement été surpris d'entendre quelques "bonjour !" fuser du côté de Milanello. Et pourtant, c'est devenu un classique dans le lieu sacré de Carnago (Lombardie). De Théo Hernandez à Mike Maignan, lui aussi arrivé l'été dernier, de Pierre Kalulu au revenant Tiémoué Bakayoko : Milan a pris un sérieux accent français. Au total, on compte cinq tricolores dans l'effectif de Stefano Pioli.
En attendant le sixième, le transfert ayant déjà été officialisé pour la fin de saison : Yacine Adli. Le milieu de terrain de Bordeaux arrivera donc en terrain connu. Si le club lombard a toujours eu une certaine fibre "frenchie", des plus célèbres (Papin, Desailly) aux plus récents (Flamini, Rami, Mexès, Menez...) en passant par des échecs cuisants (Dugarry, Vieira, Gourcuff etc.), il n'avait jamais compté autant de Français dans son effectif.

La touche Moncada, la patte Massara

Ce virage historique n'a bien évidemment rien d'anodin. Il est notamment le fruit du travail de deux hommes. Le premier est Geoffrey Moncada, patron du "scouting" du Milan depuis décembre 2018 après huit années du côté de l'AS Monaco. Ce dernier est à l'origine de plusieurs transferts, tous provenant de Ligue 1 ces dernières saisons. Son avis est toujours pris en considération. Et le deuxième n'est autre que Frédéric Massara, directeur sportif des Rossoneri et bras droit de Paolo Maldini, dont la langue maternelle est le français grâce notamment à une mère qui a occupé, dans le passé, une très haute fonction au Musée du Louvre. L'ex-dirigeant de l'AS Rome est toujours attentif au championnat français.
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"Moncada est celui qui tient les manettes pour les jeunes joueurs français, nous explique Francesco Pietrella, journaliste de La Gazzetta dello Sport. L'exemple type, c'est Pierre Kalulu qui débarque de l'OL et qui s'impose aujourd'hui au fur et à mesure du temps. Si Milan s'est francisé, c'est grâce au "chief scout" français du club. Mais il faut également dire que tous ne proviennent pas forcément de la Ligue 1. Théo jouait en Liga, Giroud en Premier League, Bakayoko également... Il y a toutefois quelque chose d'évident : les dirigeants ont envie de créer une ossature francophone". Pas faux. Quand ils sont alignés ensemble au milieu de terrain, l'Ivoirien Franck Kessié et l'Algérien Ismaël Bennacer, né à Arles d'un père marocain et d'une mère algérienne, communiquent en Français. Alexis Saelemaekers, international belge, vient également s'ajouter à la liste, tout comme l'ancien Monégasque Fodé Ballo-Touré.
Le marché français est abordable
En plus de joueurs francophones, l'AC Milan reste très attentif, plus globalement, à la Ligue 1. Au point d'y avoir recruté six joueurs depuis 2019 : Rafael Leao (Lille, 2019), Pierre Kalulu (OL, 2020), Ciprian Tatarusanu (OL, 2020), Mike Maignan (Lille, 2021), Ballo-Touré (Monaco, 2021) et Pietro Pellegri (Monaco, 2021). "C'est un filon qui pourrait durer dans le temps, puisque le marché français reste abordable, estime Francesco Pietrella. Ici, en Italie, on parle beaucoup de profils "Ligue 1" pour Milan. Par exemple, Axel Disasi de l'AS Monaco, Abdou Diallo du PSG ou Randal Kolo Muani de Nantes. Les dirigeants cherchent souvent des profils dans cette zone de l'Europe." Il suffit de rappeler que des joueurs comme Florian Thauvin et Mohamed Simakan ont également été pistés ces dernières années. Ou encore Romain Faivre l'été dernier, finalement retenu par Best.

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"Ce que l'on voit en L1, c'est que même sans être un championnat très tactique, les joueurs développent beaucoup de qualités dans le un contre un, en défense comme en attaque. C'est une chose fondamentale dans le football moderne", racontait Paolo Maldini en novembre dernier à Téléfoot. "Tout cela me fait penser à une similitude connue ici il y a quelques années avec le "Catania des Argentins", se remémore le journaliste de La Gazzetta dello Sport. C'est une équipe qui avait eu des bons résultats à son échelle. Et c'est la même chose pour Milan, puisque toute cette ossature a ramené de belles choses. Tous les joueurs français ou francophones du club sont forts." Il se pourrait bien que les "bonjour" continuent de fuser à Milan ces prochaines années…
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