C'est une petite commune d'un peu moins de 7000 habitants située dans les Vosges. Son nom est même plutôt charmant : Neufchâteau. Bien que légèrement au ralenti depuis plusieurs années, entre une population qui diminue inexorablement et une crise économique aux ravages encore visibles, le cœur de la ville s'est remis à battre un peu plus vite à la mi-avril. Pour comprendre cette effervescence soudaine, il suffisait de se rendre au stade de la ville, qui a notamment connu, dans les années 80, un 16e de finale de Coupe de France face au Racing Paris. Si le club néocastrien est aujourd'hui bien loin de la D4 où il militait alors, il est quand même parvenu à réaliser un nouvel exploit. Et pas des moindres : faire venir... l'AC Milan.
Oui, nous parlons bien du club sept fois vainqueur de la Ligue des champions. Du club des divers Franco Baresi, Paolo Maldini, Marco Van Basten, Andriy Shevchenko, Filippo Inzaghi et bien d'autres. Du club sacré champion d'Italie en mai dernier. Du club qui en a enfin fini de sa traversée du désert. Alors, une question plutôt évidente s'impose : mais qu'est venu donc faire le club lombard dans un petit village vosgien en plein mois d'avril ?
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Entre 15 et 20.000 enfants par an

Au coeur du stade principal de Neufchâteau, habillé pour l'occasion de rouge et de noir entre banderoles, drapeaux et équipements de l'AC Milan, le président du club aux 280 licenciés raconte cet évènement insolite. "J'étais en séminaire avec un ami, et il me parle alors d'un stage pour des "gamins" qu'il allait organiser : le "Milan Junior Camp", nous explique Emeric Préau. Quand j'ai entendu "Milan", je me suis dit que je ne pouvais pas rater cette occasion, surtout que nous jouons en rouge et noir comme eux depuis plusieurs décennies. Et en leur hommage. Dans la foulée, j'ai pris contact avec le responsable de ce stage pour garçons et filles, des U6 aux U18."
Ces stages ont lieu un peu partout dans le monde entier. De la France à la Belgique, de l'Italie, évidemment, en passant par l'Espagne, les Etats-Unis ou même le Népal. Ils ont généralement lieu pendant les vacances scolaires. Leur but ? "Nous utilisons la marque "Milan" pour présenter la méthodologie du club aux enfants, répond Giorgio Beltrami, responsable du "Milan Junior Camp". Nous sommes gérés par une branche du club : Milan Entertainment. Cette dernière, qui s'appuie sur quatre-cinq gestionnaires comme nous, est en relation directe avec le centre de formation. C'est un projet qui a vu le jour en 1998 et qui a pour but de rapprocher les jeunes et le football. Nous voulons notamment donner à un jeune joueur tous les instruments nécessaires pour qu'il devienne "pensant". C'est à dire : décider dans une situation précise de jeu la meilleure décision à prendre. Pendant une semaine, il va vivre comme un pro et apprendre tous les secrets du plus beau sport du monde. C'est également donner la chance aux enfants qui ne suivent le football qu'à la télé de voir comment fonctionne un grand club avec son centre de formation. Pour résumer, nous avons deux objectifs : inculquer des valeurs fondamentales et porter la marque "Milan" dans le monde."
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Le problème, justement, c'est que l'image du club a quelque peu été écornée ces dernières années. Équipe à la dérive, changements de propriétaires, résultats en berne : de 2012 à 2020, les Rossoneri ont vécu un cauchemar long de huit ans. "Cela a été un problème, explique Giorgio Beltrami. Les résultats de la première équipe ont forcément eu une influence néfaste. Puis il y a eu la pandémie. Avant, c'était un projet qui concernait entre 15 et 20.000 enfants par saison. Aujourd'hui, il repart de l'avant doucement mais sûrement." "Et pour nous, c'est l'occasion de professionnaliser le club avec des éducateurs diplômés, lui emboîte le pas Emeric Préau. C'est pouvoir compter sur leurs conseils et leur expérience, mais aussi leur regard. Pour nos jeunes joueurs mais aussi nos salariés, qui ont pu voir le mode de fonctionnement d'un club professionnel."
Ils m'ont appris à défendre à l'italienne
Du côté de Neufchâteau, les inscriptions ont eu un grand succès. Si le seuil minimum requis était de 60 participants, il a largement été dépassé avec un total de 75. Le prix ? 270 euros pour trois jours de stage, équipements compris. "Dès l'instant où un joueur s'inscrivait, on remplissait une fiche avec âge, poids et taille. Quand les éducateurs de Milan sont arrivés, ils avaient les équipements à donner aux enfants : maillot, short et chaussettes. C'est un souvenir pour eux, en plus de la remise d'un diplôme", confie le président du FCNL. L'occasion, aussi, de faire connaître le club aux plus jeunes. Comme poser une graine dans leur tête pour la faire germer au fil des années. Et en faire ainsi de potentiels tifosi.
"On délivre un kit authentique du club, la marque "Milan" ne peut être confondue dans le monde, nous confie l'un des éducateurs. Quand un gamin va à l'entraînement la semaine, il choisit toujours un maillot, non ? Maintenant, dans sa collection, il en aura un du Milan. Peut-être qu'il deviendra un supporter du PSG, même certainement, mais au moins il saura différencier notre club des autres. Et si, un jour, il venait à supporter une équipe en Italie, ce sera probablement Milan..." Toutefois, d'autres clubs italiens, comme l'Inter ou la Juventus, organisent également ce type d'évènements à l'étranger. "Mais notre emprunte est forte avec presque vingt-cinq ans d'expérience", rétorque Beltrami.

Scènes de liesse à Milan pour célébrer le Scudetto

Au menu du stage : des exercices tactiques et techniques pour les différents groupes (répartis en fonction de la catégorie d'âge), des ateliers, du travail par poste, des matches, des conférences, des discussions et pas mal de conseils distillés par les cinq éducateurs milanais. "Au minimum, il faut un diplôme délivré par la FIGC (Fédération italienne de football) pour être éducateur dans nos stages, nous précise le responsable. Mais parfois, nous avons également eu d'anciens joueurs du club qui venaient parler de leur expérience. La plupart ont également le diplôme UEFA B ou A."
Pour les 75 participants, enfants comme adolescents, l'impératif est de venir avec l'équipement délivré par le club lombard. "J'en ai renvoyé une quinzaine pour des oublis. Ils ont été se changer en trente minutes puis sont revenus, raconte l'un des éducateurs. En France, on a l'habitude de s'entraîner avec des maillots différents. Pas en Italie. Nous avons une image et nous imposons nos règles pendant trois jours."
Si l'ambiance demeure bon enfant, pas question toutefois de plaisanter. Un grand club a des règles. Et elles doivent être inculquées dès le plus jeune âge. Tout comme l'art de défendre à l'italienne. "Moi, on m'a expliqué comment marquer un attaquant, se félicite l'un des joueurs du groupe U17. Quand un adversaire part d'un côté sur un coup de pied arrêté, il ne faut pas hésiter à lui tenir un peu le maillot pour le marquer, mais toujours de manière discrète pour ne pas se faire voir par l'arbitre." C'est aussi ça, un "Milan Junior Camp".

Un maillot dédicacé de Zlatan

A force de traverser le monde et, surtout, la France, où plusieurs stages sont organisés chaque année, les éducateurs milanais ont forcément remarqué certains joueurs sortir du lot. Mais, ils nous l'assurent, aucun nom n'est jamais remonté à la direction du club.
"Ce n'est pas l'objectif de ce stage, indique Giorgio Beltrami. Le scouting, c'est autre chose et un secteur à part. Nous ne voulons donner des illusions à des enfants ou adolescents, ni faire des promesses. Ce serait tout l'inverse de ce que nous voulons transmettre. Nous ne sommes pas là pour ramener des joueurs à Milan, mais donner un sentiment d'appartenance quand ils portent ce maillot. L'important est que les participants repartent chez eux avec le sourire. Un bon joueur repartira peut-être tout aussi bon. Un moins bon peut-être un peu meilleur. Mais le but est qu'ils comprennent que le football, c'est avant tout du plaisir et de la sociabilisation. Comme j'ai dit en préambule dans mon discours : "vous verrez qu'après trois jours, vous vous découvrirez des amis dont vous ne connaissiez même pas le nom une semaine plus tôt". C'est un peu l'esprit recherché."
Pour finir en beauté, une grande remise des diplômes est organisée. Chaque participant est alors appelé par son nom et prénom, non sans un accent italien. Avec, dans la foulée, une photo souvenir avec les éducateurs. "Quand je vois tous les joueurs, grands comme petits, assis en cercle comme ça pour échanger et discuter, je suis heureux, conclut Giorgio Beltrami, qui a également offert au club néocastrien un maillot dédicacé de Zlatan Ibrahimovic. Si je devais résumer ce stage en trois mots : divertissement, professionnalisation et sociabilisation. Un joueur de football, grand comme petit, doit prendre du plaisir à l'entraînement comme en match. N'oubliez pas une chose : les plus jeunes d'entre eux ont une capacité de concentration très réduite. C'est de l'ordre de cinq minutes sur soixante. Si tu les perds pendant ces cinq minutes, c'est terminé. Nous devons donc être bons et les stimuler tout au long de ce stage, qui restera un souvenir indélébile pour eux." Et pour le club de Neufchâteau aussi.
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Rendez-vous... à San Siro ?

"C'était une vraie fête, conclut Emeric Préau. Renouveler l'opération ? Pourquoi pas, oui. On va garder contact, le but est d'amener une ou deux équipes à Milan pour disputer des matches amicaux dans un futur plus ou moins proche. Et, qui sait, aller voir un match à San Siro. C'est vraiment un objectif et nous en avons déjà parlé avec les organisateurs." Selon Giorgio Beltrami, cette possibilité est bien sur la table et pourrait se concrétiser en fin d'année.
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