L'Angleterre était déjà l'eldorado chez les hommes. Elle est aussi en train de le devenir pour les femmes. Les meilleures joueuses avaient plutôt l'habitude de prendre la direction des Etats-Unis. Ou de la D1 Arkéma. La suprématie de Lyon, les moyens mis en œuvre par le Paris Saint-Germain pour la contester ou l'émergence de Bordeaux et Montpellier faisaient de la France une destination privilégiée pour les footballeuses. Cette attractivité s'est déplacée de l'autre côté de la Manche. Où la Women's Super League (WSL) prend petit à petit le monopole de la séduction.
Un coup d'œil sur le dernier mercato estival donnait déjà un bel aperçu du phénomène. D'Alex Morgan, repartie aux Etats-Unis depuis, à Tobin Heath en passant par Samantha Mewis, Rose Lavelle et Christen Press, pas moins de cinq championnes du monde américaines avaient rallié l'Angleterre. La Danoise Pernille Harder et l'Allemande Melanie Leupolz, deux joueuses majeures du championnat allemand, avaient cédé à la tentation de rejoindre Chelsea. Tandis que Manchester City était parvenu à rapatrier les deux latérales anglaises de l'OL, Lucy Bronze et Alex Greenwood.
La liste n'est pas exhaustive. Et elle ne tient pas compte des stars qui étaient déjà installées en Angleterre. Comme l'Australienne Sam Kerr ou la Suédoise Magdalena Eriksson du côté de Chelsea. Ou les Néerlandaises Vivianne Miedema ou Daniëlle van de Donk à Arsenal. La WSL était déjà un championnat important. Mais elle a pris une toute autre dimension. "Nous avons affirmé ce que nous voulons être : le meilleur championnat féminin au monde", résumé Kelly Simmons, directrice du football féminin professionnel à la Fédération anglaise (FA), sur Sky Sports.
Eurosport Star of the Year
Harder, le sacre d'une icône absolue
14/12/2020 À 18:34

Alex Greenwood et Lucy Bronze

Crédit: Getty Images

Un engouement populaire

Les planètes avaient déjà commencé à s'aligner avant ce mercato exceptionnel. L'Angleterre a su surfer sur l'engouement populaire autour du parcours de sa sélection au Mondial 2019. La demi-finale perdue de justesse face aux Etats-Unis (2-1) avait ainsi réuni pas moins de 11,7 millions de téléspectateurs outre-Manche sur la BBC. Le record d'audience de l'année 2019 toutes émissions confondues à ce moment-là. Quelques jours plus tôt, le quart de finale remporté face à la Norvège avait déjà été suivi par 7,6 millions de téléspectateurs. Et les chiffres exceptionnels de l'ensemble du tournoi laissaient clairement entrevoir le potentiel d'audience d'un championnat féminin attractif.
L'attrait du public britannique pour le football féminin s'est confirmé. Devant les écrans comme dans les stades. Fin 2019, le match amical entre l'Angleterre et l'Allemagne (1-2) avait rassemblé 77 768 spectateurs à Wembley, un record. Les grandes affiches de la WSL, déplacées dans les stades des équipes masculines professionnelles, ont également du succès. La saison passée, 33 213 spectateurs s'étaient déplacés à l'Etihad pour le derby de Manchester. Et le premier "North London derby" féminin de l'histoire entre Tottenham et Arsenal dans l'enceinte des Spurs avait battu un record avec 38 262 spectateurs.
La BBC estimait ainsi que le volume du nombre de spectateurs dans les stades pour les matches féminins avant quadruplé entre la saison 2018-2019 et la saison 2019-20. Il y a évidemment des disparités selon les clubs et le fait de disputer certaines affiches dans de grands stades comme Stamford Bridge ou l'Etihad booste les chiffres de l'affluence. Mais même en enlevant les rencontres jouées dans de plus grandes enceintes, la BBC chiffrait l'augmentation du nombre de spectateurs à 47% par rapport à la saison précédente. Une preuve à la fois du succès et du potentiel de la WSL.

Nikita Parris (OL) lors du match de l'Angleterre face à l'Allemagne, joué devant près de 80 000 personnes à Wembley en novembre 2019

Crédit: Getty Images

L'argument économique

La pandémie a eu ses conséquences. Négatives, avec l'arrêt du championnat avant son terme la saison passée et le huis clos imposé dans les stades. Comme dans la grande majorité des pays, et notamment aux Etats-Unis. Les incertitudes liées à la reprise du championnat américain, finalement fixée en avril 2021, avaient poussé les joueuses américaines vers d'autres horizons. La WSL a saisi cette occasion. "C'est l'année où il fallait prendre des Américaines. Nous avons essayé à Lyon. Nous n'y sommes pas parvenus", regrettait d'ailleurs Jean-Michel Aulas en début de saison. Le président de l'OL, pourtant expert quand il s'agit de recruter les joueuses les plus talentueuses du monde, n'a pas pu rivaliser.
Economiquement, la WSL est en train de développer sa puissance. Elle passera par les droits TV. Pour l'instant, le championnat anglais est diffusé gratuitement par la FA pour favoriser son exposition. Mais c'est en train de changer. L'arrivée des stars américaines a convaincu l'agence Atalanta Media de trouver un accord avec la WSL pour retransmettre les matches aux Etats-Unis sur NBC Sports, ainsi qu'en Allemagne et en Italie sur DAZN. Surtout, les droits TV sont sur le point d'être monétisés. The Telegraph a en effet annoncé que la BBC et Sky Sports étaient en négociations avec la FA pour l'achat des droits de la WSL. Ce qui lui donnerait à la fois une source de revenus et une visibilité encore plus large sur des chaînes accessibles au grand public. Et accélérerait sa croissance.
A cela, il faut ajouter le contrat de sponsoring signé en 2019 par la banque Barclays avec la WSL pour une somme supérieure à 10 millions de livres (11,5 millions d'euros) pour les trois prochaines saisons. La WSL s'est ainsi dotée d'une surface financière plus importante que ses rivales. "Les équipes françaises de D1 disposent d'une aide de 500.000 euros chacune par an. Pour le foot anglais, on parle d'une trentaine de millions d'euros (...) pour 14 clubs", avait indiqué Aulas à l'AFP. Les clubs disposent d'un argument fort pour attirer les meilleures joueuses. Le transfert de Pernille Harder à Chelsea pour un montant record estimé à 350 000 euros en illustre en partie le phénomène.

Pernille Harder

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Un temps d'avance dans la professionnalisation

Les clubs ont aussi joué leur rôle pour le développement de la WSL. Certains comme Chelsea, Manchester City et Arsenal oeuvrent depuis longtemps pour doter leurs sections féminines de structures professionnelles comparables aux sections masculines. D'autres comme Manchester United ou Tottenham, entre autres, ont fini par leur emboîter le pas et cravachent pour combler leur retard. "Au niveau des investissements, ça pousse vraiment vers une professionnalisation accrue, même si le championnat féminin anglais est déjà professionnel", témoignait l'internationale française Valérie Gauvin, partie de Montpellier pour rejoindre Everton l'été dernier, dans le Midi Libre.
Ainsi, l'écart de niveau tend à se rétrécir entre les clubs, offrant ainsi un championnat à la fois plus compétitif et plus intéressant à suivre pour le public. Et spectaculaire. A mi-saison, la WSL affichait une moyenne de 3,7 buts par match et un classement resserré, même si un Big 4 s'est clairement dégagé avec Chelsea, Manchester United, Manchester City et Arsenal. "Ce championnat est très difficile, affirmait une autre internationale française, Kenza Dali à la BBC en début de saison. En France, c'est à deux vitesses. Il y a Lyon, le PSG et les autres. Ici c'est complétement différent. Chaque est vraiment dur, n'importe quelle joueuse recherche une ligue comme ça."
La France commence à souffrir de la comparaison. "Les Anglais ont une organisation du football féminin qui est vraiment professionnelle, expliquait Jean-Michel Aulas à l'AFP. Ce sont des statuts de joueuses pro, alors qu'en France c'est le statut fédéral assimilé à des professionnelles". Jusqu'ici, cela n'a pas empêché l'OL de dominer l'Europe, quand l'Angleterre n'a plus remporté la Ligue des champions, ni même atteint une finale, depuis le sacre d'Arsenal, en 2007. Manchester City et Chelsea, qualifiés pour les huitièmes de finale de l'édition 2021, comptent bien mettre fin à cette disette. Dominer l'Europe, c'est bien la prochaine étape pour valider l'expansion irrésistible de la WSL.

La joie des joueuses d'Arsenal face à Tottenham

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