Samedi dernier, le journal espagnol Super Deporte balance : les jeunes benfiquistes João Cancelo, Bernardo Silva (prêté à Monaco) et Ivan Cavaleiro (prêté à La Corogne) auraient été acquis par le fonds d’investissement de Peter Lim, futur proprio du club de Valence. Un proche de Jorge Mendes qui est aussi l’agent de ces trois joueurs. La société en question, Meriton Capital Limited, s’est déjà payée Rodrigo et André Gomes (ex-Benfica). Meriton, Doyen Sports, Benfica Stars Fund, Sporting Portugal Fund, Soccer Invest Fund… Les supporters portugais ont maintenant l’habitude de converser avec ces appellations aussi troubles que barbares. Les fonds d’investissement font partie du paysage footballistique portugais, depuis une bonne paire d’années. Décryptage d’un fonctionnement peu connu car impossible en France.

Quel est l’intérêt ?

Le recours aux fonds d’investissement permet aux clubs de vendre l’intégralité ou une partie des droits économiques d’un de leur joueur (les droits sportifs restent la propriété du club qui est le seul à pouvoir inscrire un joueur dans une compétition). Exemple : Porto achète 100% des droits de Yacine Brahimi à Grenade pour 6,5 millions d’euros. Deux jours plus tard, il revend 80% de ses droits à la société Doyen Sports pour 5 millions d’euros. Au final, il n’aura à déduire que 1,5 millions d’euros de ses comptes. Un moyen donc de dégager des liquidités de façon quasi-immédiate. De quoi soulager un peu les comptables de ces sociétés sportives. Surtout par les temps qui courent. La grave crise du secteur bancaire portugais, dont dépendent les clubs, incitent ces derniers – tous débiteurs - à avoir recours à ces méthodes. De plus en plus souvent, avec de plus en plus de partenaires. Car les fonds préférentiels avec lesquels travaillaient le Benfica et le Sporting (Benfica Stars Fund et Sporting Portugal Fund) sont liés au Grupo Espirito Santo dont la dette globale dépasse les 5 milliards d’euros.
Transferts
Après un mois de tergiversations, Mangala débarque enfin à City
11/08/2014 À 13:07

Yacine Brahimi à Grenade

Crédit: Panoramic

Quel est le problème ?

Le plus gros problème avec ces fonds d’investissement est de savoir qui en tire les ficelles et des intérêts. La plupart sont basés dans des paradis fiscaux. Peu d’infos filtrent, donc. Difficile de s’informer sur qui à quoi. Dans les faits, Benfica, Porto et Sporting, qui sont cotés en bourse, ont un devoir de transparence sur leurs opérations financières. Le pourcentage de droits que chacun détient sur un footballeur est transmis, noir sur blanc, dans les rapports comptables. Y figurent les noms des sociétés ayant acquis des parts sur ces "actifs intangibles". Mais difficile de décrypter l’identité de ceux qui ont des billets dans ces boites. On a prêté au fantasmant Jorge Mendes des liens avec Quality Sports Investment (basée sur l’île de Jersey) mais son avocat a démenti toute implication. Vous l’aurez compris, ce genre de montage inspire pas mal de suspicions.
Prenez le récent transfert d'Eliaquim Mangala à City. Les Dragons viennent d’annoncer la cession des droits qu’ils détenaient sur le joueur (56,67%) pour 30,5 millions d’euros. Les Citizen ont ainsi craché plus de 53 millions d’euros au total pour se l’offrir car, en Angleterre, les droits des joueurs ne peuvent plus être répartis (lire plus bas). En novembre 2011, dans son rapport comptable, le FC Porto stipulait détenir 90% des droits du joueur et le versement de 6,5 millions d’euros au Standard de Liège pour le transfert, plus un million de "charges additionnelles". Quelques semaines plus tard, Doyen Sports s’était offert 33,33% des droits de Mangala pour 2 647 0259 millions.
Au même moment, les Portugais déclaraient avoir cédé 10% sur une future vente du défenseur à la boite Robi Plus, sans mentionner de contrepartie. Un cadeau qui à l’époque était estimé à 1,5 millions d’euros et qui va rapporter aujourd’hui près de 6 millions d’euros à ses détenteurs ! Et alors, qui se cache derrière Robi Plus ? Une mystérieuse boite aux lettres londonienne, administrée par Maurizio Delmenico qui servirait de prête-nom à son ami Luciano D’Onofrio. Plusieurs fois condamné pénalement, l’ancien dirigeant du Standard (club formateur de Mangala) est en conséquence interdit d’exercer en tant qu’agent par la FIFA. Mais grâce à Robi Plus, il continuerait de bosser. En fond…

Pourquoi l’UEFA n’en veut pas ?

Fin 2012, Michel Platini, président de l’UEFA, annonçait que "la propriété des droits des footballeurs par des tiers doit être interdite, par question de principe". Les dirigeants du foot européen ont fait de cette bataille une priorité. La question de l’intégrité sportive les préoccupe : "Que se passe-t-il lorsque la même société ou le même fonds possède des droits économiques sur plusieurs joueurs de différentes équipes ?" Si le Valence de Peter Lim affronte demain une équipe dont les joueurs sont en partie détenus par sa société Meriton Capital Ltd, devra-t-on s’inquiéter ? D’autres conflits d’intérêts se sont surement déjà joués mais sans qu’on puisse les déchiffrer. Le fait que ces procédés permettent de contourner le principe fair-play financier contrarie plus encore l’UEFA. "Les solutions rapides et à court terme sont contraires aux règles et aux principes du fair-play financier", déplore-t-on à Zürich.

Michel Platini aux côtés de Noël Le Gräet

Crédit: AFP

Une façon de lutter contre les inégalités ?

Si le recours à des tiers pour acquérir les droits économiques d’un footballeur est interdit en France, en Angleterre (depuis le houleux transfert de Carlos Tevez à West Ham en 2006) ou en Pologne, la plupart des autres pays européens l’autorisent ou le tolèrent. Au Portugal, les clubs se défendent en exposant cette pratique comme un moyen pour eux de pouvoir lutter économiquement face à des championnats aux ressources bien plus élevées. Avec des budgets moins importants que les cadors du contient, Benfica, Porto et Sporting parviennent à sa payer des "parties" de joueurs. Et à être compétitifs.

Les clubs sont-ils réellement gagnants ?

Contrairement aux transferts dont la période est réglementée, les opérations financières des fonds d’investissements n’ont pas de limites de montants, ni de temps. A n’importe quel moment, un club peut vendre des droits économiques de ses footballeurs. Mais aussi les racheter. Et c’est là qu’intervient une autre donnée curieuse. Il arrive que les clubs vendent ou réacquièrent les pourcentages cédés, à perte. Revenons au cas Brahimi. La totalité de ses droits a été obtenue par Porto en échange de 6,5 millions d’euros. 48 heures après, Doyen Sports s’offrait 80% de ces parts pour 5 millions. L’international algérien a donc subi une décote de 250 000 euros, en deux jours, sans avoir joué…
L’un des cas les plus explicites est celui de James. A l’été 2010, Porto débourse 5,1 millions d’euros pour 70% de ses droits. En décembre, il en vend 35% à la société Gol Football Luxembourg pour 2,55 millions. En mai 2011, c’est à la boite néerlandaise Converge Capital Partners que les Dragons versent 2,25 millions pour obtenir 30% des parts du Colombien. Le club y perd déjà 200 000 euros. En février 2013, quelques mois avant la vente d’el Bandido à Monaco, le FCP lâche 8,7 millions pour disposer des 35% restants (et donc l’intégralité des droits) à Gol Football Luxembourg, soit une inflation de 70% (6,15 millions d’euros quand même) que Porto a payé. Pendant que le passif de ces clubs se creuse, reste à savoir à qui profite ces plus-values…

FOOTBALL 2014 Porto - Mangala

Crédit: AFP

Nicolas VILAS : Commentateur du championnat portugais sur Ma Chaine Sport, Nicolas Vilas ne manque pas de promouvoir "sa" Liga via bloGolo.fr ou sur les ondes de RMC. Débats, analyses, interviews, il vit sa passion pour le "futebol" avec le sourire. Et tente, autant que possible, de le transmettre...
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