Victor Osimhen, Frenkie De Jong : voilà les deux nouveaux candidats à la folie des grandeurs. Deux hommes qui pourraient franchir, si on en croit ce qu'il s'écrit sur eux, la barre des 100 millions d'euros d'indemnité de transfert cet été. Aujourd'hui, ils sont douze à avoir dépasser la somme à neuf chiffres, les douze hommes les plus chères de la planète mais pas les douze meilleurs joueurs du monde. Car le lien entre le niveau et la valeur n'est pas toujours facile à identifier. Seul un tiers de cette supposée élite figurait au classement du dernier Ballon d'Or et aucun dans son top 5. Pour le dire autrement, les hommes qui ont coûté 100 millions (ou beaucoup plus) ne les valaient pas toujours et très rares sont ceux qui ont justifié leur statut.

Coutinho, Hazard, Pogba, Griezmann n: ils ont tous coûté 100 millions d'euros, ils ont tous déçu (visuel : Quentin Guichard)

Crédit: Getty Images

Parmi eux, un seul n'a pas fait regretter l'investissement colossal au club qui l'a accueilli : Kylian Mbappé. Acheté 145 millions d'euros en 2018, après un an de prêt, l'ancien Monégasque a pris une nouvelle dimension en 5 ans. Paris a refusé une offre de 200 millions d'euros du Real l'été dernier, et s'il peut partir gratuitement désormais, il est évident que sa valeur a explosé depuis qu'il s'est affirmé comme l'un (le ?) des meilleurs joueurs du monde. Dans ce cas précis, Paris a eu le nez creux. Mais il est le seul à avoir vu sa cote exploser parmi la bande des douze. Celle des autres a, au mieux, décliné et s'est, au pire, effondrée.
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30/06/2022 À 14:39
Les 12 joueurs à avoir coûté plus de 100 Millions d'euros (source transfermarkt) :
  • Neymar (PSG, 2017) : 222 millions d'euros
  • Kylian Mbappé (PSG, 2017) : 145 millions d'euros
  • Ousmane Dembélé (FC Barcelone, 2017) : 140 millions d'euros
  • Philippe Coutinho (FC Barcelone, 2017) : 135 millions d'euros
  • Joao Felix (Atlético Madrid, 2019) : 127,2 millions d'euros
  • Antoine Griezmann (FC Barcelone, 2019) : 120 millions d'euros
  • Jack Grealish (Manchester City, 2021) : 117,5 millions d'euros
  • Cristiano Ronaldo (Juventus Turin, 2018) : 117 millions d'euros
  • Eden Hazard (Real Madrid, 2019) : 115 millions d'euros
  • Romelu Lukakau (Chelsea, 2021) : 113 millions d'euros
  • Paul Pogba (Manchester United, 2016) : 105 millions d'euros
  • Gareth Bale (Real Madrid, 2012) : 101 millions d'euros

La politique plutôt que le sportif

Arrivé par la grande porte (et contre un chèque de 135 millions d'euros) au Barça en 2017, Coutinho en est reparti par la chatière à 20 millions d'euros TTC cette semaine. Combien vaut aujourd'hui Eden Hazard, trois ans après avoir coûté 115 millions d'euros au Real Madrid et après avoir marqué 6 buts en 66 matches ? Le Barça a acheté Antoine Griezmann 120 millions d'euros le même été et, aujourd'hui, l'Atlético Madrid hésite à lever l'option d'achat à 40 millions d'euros. Quant à Neymar, qui reste l'homme le plus cher de la planète (222 millions d'euros), il n'a jamais justifié l'investissement colossal du PSG sur le terrain.
Comment les clubs en sont-ils arrivés là ? La barre des 100 millions d'euros est-elle maudite ou les clubs ont-ils une part de responsabilité ? Evidemment, ce n'est pas que le fruit du hasard. Et si ces transferts d'un autre monde se dégonflent très vite, c'est d'abord parce qu'ils n'ont pas été conclus pour de bonnes raisons. Certaines de ses douze arrivées sont d'abord des transferts politiques et servent à contenter (voire calmer) les supporters plutôt qu'à consolider le projet sportif. Le FC Barcelone reste le roi en la matière. Après avoir perdu contre son gré Neymar en 2017, le Barça s'est agité dans tous les sens pour apaiser la colère du Camp Nou. Ousmane Dembélé et Philip Coutinho ont débarqué dans l'urgence, Dortmund et Liverpool ont profité de la situation pour faire cracher 275 millions au Barça.

Dembélé et Coutinho lors d'un match de Liga entre Barcelone et Villarreal en mai 2018.

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Coutinho sacrifié, la bulle Felix/Dembélé

Débarqué en Catalogne sans que son arrivée ne soit préparée, Coutinho verra son influence grignotée par Lionel Messi au poste de meneur avant de basculer à gauche où il ne retrouvera jamais le leadership qu'il avait gagné à Liverpool. Perte de confiance, crise du Covid, la direction du Barça qui se crispe : le cercle infernal se déclenche et il devient un accident industriel. Antoine Griezmann connaîtra à peu près le même destin contre un chèque de 120 millions d'euros cette fois-ci.
Griezmann, justement, qui avait laissé l'Atlético orphelin en 2019. Obligés de réagir, les Colchoneros ont surinvesti sur Joao Felix (127 millions d'euros) alimentant la bulle sur les immenses espoirs du football européen. Le Portugais est pétri de talent. Mais valait-il alors vraiment, du haut de ses 56 matches en championnat portugais, trois fois plus cher qu'un Mohamed Salah parti deux ans plus tôt à Liverpool ? Le marché s'est emballé autour de jeunes gens dont la carrière restait balbutiante avec le degré d'incertitude que cela implique. Le transfert d'Ousmane Dembélé (140 millions) a alimenté cet affolement tout comme celui de Kylian Mbappé. Mais l'un a confirmé les promesses, pas Dembélé ni Felix.

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Pogba, Neymar : un peu de sport et beaucoup de marketing

Paul Pogba, lui non plus, n'a pas justifié l'investissement de Manchester United (105 millions d'euros) en 2016. Mais il suffit de se rappeler du clip annonçant la signature pour comprendre que, là-encore, l'enjeu n'était pas que sportif. Gros plan sur un ballon Adidas puis sur les chaussures, la marque allemande, qui avait déboursé 942 millions d'euros deux ans plus tôt pour devenir l'équipementier de MU, a pesé de tout son poids pour faire aboutir ce transfert. La logique marketing a largement accompagné le retour de la Pioche en Angleterre. Et si Manchester a vendu des millions de maillot de Pogba, tout comme Paris avec Neymar qui a donné une dimension mondiale au PSG, pas certain que le retour sur investissement soit aussi fructueux sur la pelouse.
Le Brésilien a-t-il atterri à Paris pour de bonnes raisons à savoir s'inscrire dans un nouveau projet collectif et ambitieux plutôt que de sortir de l'ombre de Messi pour briller plus fort ? Pas certain. De Manchester City qui a surpayé un Jack Grealish gonflé par la Premier League et son passeport anglais à Gareth Bale qui a perdu toute motivation après avoir porté Madrid sur le toit de l'Europe : les torts, entre les clubs et les joueurs concernés, sont évidemment partagés. Mais le constat est sans appel : hormis Mbappé l'extraterrestre, les 100 millions d'euros sont toujours un fardeau.
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