Il fallait remonter dans nos souvenirs à ce pénible après-midi de juin 2018. Ce France - Danemark (0-0), que tout le monde a oublié et c'est tant mieux, au stade Loujniki de Moscou pour retrouver trace d'un match des Bleus avec aussi peu d'occasions pour les hommes de Didier Deschamps. Ils sont parfois passés complètement à côté de leur sujet mais ont toujours eu quelques munitions. Dimanche, face à un Portugal très costaud avouons-le, il n'y a que cette percée de Kylian Mbappé qui a sorti l'attaque tricolore de sa torpeur. "Il n'y a pas eu beaucoup d'étincelles", a sobrement commenté Didier Deschamps passé maître dans l'art de la litote.

Kylian Mbappé en action

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05/11/2020 À 15:24

Bien sûr l'Ukraine (7-1) avait offert une orgie de buts. Mais c'est la soirée de dimanche qui annonce le mieux ce qui attend la France à l'Euro en juin : affronter des blocs bas, regroupés, craintifs, qui ne laisseront pas un centimètre d'expression à la vitesse de Mbappé, à la science du jeu de Griezmann ou à la créativité de Pogba. Les Bleus ont fait le coup du jeu de transition en Russie. Tout le monde est au courant désormais et ça ne marchera pas deux fois. Voilà pourquoi il va falloir résoudre l'équation. La prestation face aux Portugais pose quatre problèmes dans l'animation des Bleus.

Premier problème : La confiance de Griezmann

C'est le principal danger qui guette cette équipe de France. Jusqu'ici, les Bleus régénéraient Antoine Griezmann. Mais à force de ne pas y arriver au Barça, le risque s'accroît de voir leur maître à jouer douter. Dimanche, il a beaucoup tenté mais n'a pas réussi grand-chose. "On essaie de se trouver avec Kylian (Mbappé, ndlr). Il y a eu deux occasions où j'aurais pu lui donner mais j'ai raté la passe ou j'ai choisi un autre joueur", constatait-il. Grizou est un joueur qui marche à l'affectif. Il a besoin de se sentir aimé, de se sentir utile, de se sentir désiré. Deschamps ne peut pas se permettre de mettre son statut en cause. Les Bleus y arriveront ou échoueront avec Griezmann. Fantomatique en Suède (0-1), utile face à la Croatie (4-2) et sans solution contre le Portugal (0-0), il a redémarré sa saison internationale loin de ses standards.

  • La solution : Qu'il retrouve le sourire, le plaisir de jouer et de l'influence à Barcelone. Les Bleus ne sont qu'une parenthèse dans sa saison et il sera bien difficile pour lui d'être aussi décisif à l'Euro en juin qu'en 2016 ou 2018 si son année en club tourne au vinaigre.

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Deuxième problème : L'exploitation de la largeur

Les systèmes testés par Didier Deschamps depuis la rentrée en septembre posent le problème des ailes. Soit elles sont animées principalement par des pistons (Dubois, Sissoko, Digne, Mendy en septembre) dans le 3-5-2, soit elles sont délaissées dans le 4-4-2 en losange qui densifie l'axe à leur détriment. La France se heurte à une limite : elle ne dispose pas de défenseurs latéraux capables d'apporter un danger constant à l'image d'un Alphonso Davies au Bayern Munich.

C'est un profil qui manque à Deschamps et les Bleus ont dû mal à étirer le jeu avec Lucas Hernandez et surtout Benjamin Pavard. Les deux hommes restent des défenseurs centraux reconvertis latéraux. Ni leur volume de jeu ni l'intensité de leurs courses ne les prédestinent à jouer les pistons. Face au Portugal, les Bleus ont souffert du manque d'appui près des deux lignes de touche. Benjamin Pavard a constaté le manque : "il n'y a pas d'ailiers", a souligné le défenseur munichois, contraint de "se concentrer vers l'intérieur", où les espaces sont moins nombreux, au lieu d'avoir des solutions dans la largeur, ce qu'offrirait par exemple un profil comme celui de son partenaire du Bayern Kingsley Coman.

  • La solution : Un changement de système et un retour au 4-4-2 à plat. Kingsley Coman, si brillant l'an dernier à la même époque, est le grand sacrifié de cette rentrée. Il a pourtant une partie de la solution entre ses pieds.

Olivier Giroud célèbre son but marqué contre l'Albanie avec Antoine Griezmann et Kingsley Coman, le 7 septembre 2019 au Stade de France.

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Troisième problème : Le positionnement de Mbappé

Kylian Mbappé n'est jamais aussi dangereux que lorsqu'il est lancé à pleine vitesse. Le positionner dans l'axe comme dimanche face au Portugal, c'est lui offrir ce qu'il désire, le rapprocher du but et le soustraire d'une bonne partie de ses prérogatives défensives. Mais c'est aussi le priver d'espaces. Il est curieux d'ailleurs de constater que chacune de ses occasions les plus tranchantes depuis qu'il occupe l'axe en sélection partent d'un côté. Son but face à la Suède en est le meilleur exemple. Jusqu'à présent, en équipe de France, ses qualités se sont mieux exprimées sur un côté.

  • La solution : Changer de système et le replacer à gauche ou à droite.

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Quatrième problème : La relation technique Giroud - Mbappé

L'association Giroud - Mbappé en pointe du 4-4-2 n'a pas donné grand-chose dimanche. Si les deux hommes ont l'habitude d'évoluer ensemble depuis trois ans désormais en équipe de France, c'est d'abord Antoine Griezmann, pour Giroud, et Paul Pogba, pour Mbappé, qui bonifient chacun des deux attaquants. Associés dans l'axe, les deux hommes apparaissent assez peu compatibles dans leur déplacement et dans leurs échanges. Face au Portugal, ils se sont soit marchés sur les pieds, soit ignorés. Leur complémentarité ne saute pas yeux. Beaucoup moins en tout cas que celle qui lie Giroud à Griezmann depuis des années désormais.

  • La solution : Replacer Griezmann en soutien de Giroud et Mbappé sur un côté.
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