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L’Angleterre s’attaque au deuxième étage de la fusée

L’Angleterre s’attaque au deuxième étage de la fusée

Le 10/09/2018 à 22:50Mis à jour Le 11/09/2018 à 19:13

LIGUE DES NATIONS - Dominés dans la possession et battus par l’Espagne à Wembley malgré un but injustement refusé, les Trois Lions de Gareth Southgate ont encore du pain sur la planche mais doivent poursuivre leur transformation, entrevue à la Coupe du monde, pour continuer à avancer et rivaliser avec les meilleurs.

Il est amusant de voir comment une seule rencontre au bout d’un premier mois de compétition peut renverser les vérités d’un Mondial achevé deux mois plus tôt, d’entendre ou de lire que l’Espagne a mérité son succès après avoir "totalement dominé l’Angleterre", "revenu à la réalité" après avoir "montré ses limites". A croire que la grande leçon de la Coupe du monde - dominer n’est pas gagner - n’a pas été retenue. La formation des Trois Lions a eu moins souvent le ballon ?

C’est souvent le cas pour les adversaires de la Roja ces dernières années et notamment en Russie. Mais les Anglais ont compté autant de tirs que les Espagnols (11) et De Gea a été bien plus sollicité que Pickford qui, hormis les deux buts concédés dont un sur coup de pied arrêté, n’a pas eu grand-chose à faire. Et, sans un but injustement refusé à Welbeck après une sortie manquée du portier mancunien, les deux équipes seraient reparties dos à dos.

Harry Kane et Harry Maguire à l'échauffement

Harry Kane et Harry Maguire à l'échauffement Getty Images

En avance sur le temps de passage des Bleus de Deschamps

Cette rencontre a montré les failles de ces deux équipes, les mêmes entrevues deux mois plus tôt. L’Espagne et l’Angleterre ne sont pas assez tueuses devant et encore trop fragiles derrière pour espérer aller plus haut pour l’instant. Mais cette rencontre a surtout rappelé que ces Trois Lions n’étaient qu’au début du processus Southgate. A titre de comparaison, où était l’équipe de France après seulement deux années sous la direction de Didier Deschamps ?

Elle sortait d’un Mondial brésilien où elle avait été éliminée en quart de finale par l’Allemagne sans avoir affronté de cadors (Honduras, Suisse, Equateur et Nigeria). L’Angleterre a déjà fait mieux en se hissant dans le dernier carré de la dernière Coupe du monde. Cela ne dit pas qu’elle fera aussi bien que les Bleus, sacrés champions du monde quatre ans après en Russie, mais simplement qu’elle est en avance sur les temps de passage.

Après un grand bond en avant entre l’échec de l’Euro 2016 et la réussite du Mondial 2018, cette Angleterre, qui s’est trouvé un système (3-3-2-2) et une ossature, doit travailler au deuxième étage de la fusée. Les deux années qui la mènent à l’Euro, dont une partie de la compétition et notamment le dernier carré (demies et finale) se joueront à Londres, doivent confirmer cet élan à l’instar des Bleus qui avaient atteint la finale de l’Euro 2016 organisé sur leur sol. Au-delà de l’expérience emmagasinée par la deuxième plus jeune équipe de la dernière Coupe du monde, l’Angleterre devra mettre à profit ces vingt-deux mois pour avancer et corriger certains postes.

Marcus Rashford

Marcus Rashford Getty Images

Shaw, pendant de Trippier à gauche

Dans le but, il n’y pas vraiment de doute sur Pickford. Au cœur de la défense à trois, si le jeune Gomez a confirmé son bon début de saison avec Liverpool, le retour de Walker sécurisera un peu plus l’ensemble qu’il forme avec Stones et Maguire dont on oublie parfois le jeune âge (24 et 25 ans). Sur les côtés, l’Angleterre a peut-être trouvé, avec Shaw à gauche, le pendant de Trippier à droite. Malgré sa sortie sur civière, le Mancunien a confirmé son retour au premier plan avec ce caviar millimétré pour Rashford.

Devant, où Kane est indéboulonnable, Sterling devra se méfier de la concurrence de Rashford, le plus remuant hier mais pas assez efficace, comme le Citizen. Le problème anglais se situe davantage au milieu. Dans le trio qu’affectionne Southgate (Henderson derrière Lingard et Alli), le premier n’est pas assez créatif et l’un des deux autres est peut-être de trop pour rivaliser dans le combat face aux grandes nations.

L’apport de Dier dans la récupération et la protection de sa défense pourrait être une solution à la place de Henderson qui découvrira la concurrence de Fabinho à Liverpool cette saison tandis que Southgate devra peut-être choisir entre Lingard ou Alli, entre le volume de jeu et la disponibilité du premier ou les éclairs du second. A côté, le sélectionneur devra trouver un homme à tout faire, capable de défendre et attaquer. Une sorte de James Milner (32 ans) plus jeune. Son coéquipier chez les Reds, Oxlade-Chamberlain, pourrait être celui-là mais, blessé gravement au genou, il ne rejouera pas avant mai 2019.

L’absence d’un milieu créatif qui dicte le tempo

Il est vrai que l’Angleterre n’a pas ce milieu créatif qui contrôle et dicte le tempo à ses coéquipiers comme à ses adversaires. Certains de mes confrères anglais vont même jusqu’à citer Alcantara ou Modric. Mais, soyons sérieux, toutes les équipes (à part peut-être les Bleus champions du monde) rêveraient d’avoir Modric dans leur entrejeu. Quant à l’Espagne, elle a produit certains des meilleurs milieux de terrain au monde (de Xavi à Busquets en passant par Iniesta) mais je ne suis pas sûr qu’Alcantara, trop irrégulier, en fasse partie. De toute façon, Loftus-Cheek doit d’abord s’imposer à Chelsea, Shelvey n’est pas suffisamment soumis au haut niveau à Newcastle, Foden est trop jeune et Wilshere qui présente le meilleur profil mais qui s’est vu fermer la porte de la sélection avant le Mondial, pourrait regretter davantage encore son choix d’aller à West Ham cet été.

Et puis l’Angleterre n’est ni l’Espagne ni la Croatie et ne doit surtout pas essayer d’en devenir une vague copie. Elle doit moderniser son jeu, comme le fait Southgate, mais conserver ce qui fait l’identité de son football – courageux, athlétique et vertical – et sa force. C’est quand elle presse haut dans la moitié de terrain adverse qu’elle est la plus dangereuse. Et c’est quand elle recule face à la possession qu’elle se met elle-même en danger, comme face à la Colombie et la Croatie au Mondial ou l’Espagne à Wembley. En revanche, elle est tout à fait capable de produire du jeu. La séquence du but de Rashford dans son intégralité – 9 passes en 23 secondes impliquant 8 joueurs – qui voit les Anglais s’attacher à relancer proprement depuis leurs vingt mètres malgré le pressing espagnol, reflète à merveilles ce que Southgate tente de mettre en place depuis un peu moins de deux ans : ne pas avoir peur avec le ballon et jouer. Et ce n’est certainement pas la peur qui doit guider le projet anglais.

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