A ce rythme-là, ils ne seront bientôt plus que quelques-uns, retranchés, au fond d'une grotte, à assurer ce qui semblait être une évidence générale il y a encore quelques semaines : Karim Benzema est l'incontestable attaquant numéro un de l'équipe de France. Contre l'Espagne, un match de rêve pour relancer une star du Real Madrid en souffrance, le buteur de l'OL a franchi la barre des 1000 minutes sans but en équipe de France, repoussant ce chiffre à 1010, tel un boulet dont le poids croît inexorablement partie après partie, polluant le mental et la spontanéité du talent naturel le plus évident du groupe tricolore. Ce que Didier Deschamps avait tenu à lui épargner contre la Géorgie, les sifflets du Stade de France, Benzema n'y a pas coupé à la 82e minute, au moment de son remplacement par Moussa Sissoko. Avec en prime ce constat terrible : Deschamps a préféré jouer sans pointe plutôt qu'avec Benzema au moment où les Bleus avaient un besoin vital d'égaliser. Giroud n'aura eu droit qu'à quelques secondes dans le temps additionnel. La concurrence, de fait, n'aura marqué des points que par son absence.
Giroud. C'est en entendant le public dionysien scander le nom de l'attaquant d'Arsenal que Benzema a compris que la soirée serait probablement, comme les autres depuis son dernier but en juin 2012, à ranger au rang des souvenirs agaçants. A la 51e minute, il venait d'expédier à hauteur d'une pénalité de rugbyman son dernier tir de la rencontre, et même le geste de réconfort du gamin Paul Pogba après ce nouvel échec n'a pas pu grand chose pour relancer la machine. Bien sûr, personne ne reprochera à Benzema de ne pas avoir plané sur un match comme celui-ci. Souvent privée du ballon, l'équipe de France a eu un mal de chien à placer son numéro neuf en position de force. Organisée pour contenir la possession de la Roja, sans mettre de poids dans la surface, elle a laissé son numéro 10 se débattre à un contre deux ou trois dans de nombreux duels compromis avec Piqué, Ramos et Busquets. Mobile et parfois utile sur les côtés, Benzema l'a été quand il l'a pu, sans bâcler son replacement défensif, comme il croyait possible de le faire dans le passé lorsque il était moins challengé sur son apport général. Mais toutes les explications, excuses ou présomptions du monde ne sauveront pas le bilan de la soirée de Karim Benzema, encore éclipsé par Franck Ribéry et Mathieu Valbuena dans l’œuvre offensive de l'équipe de France.
A la 64e, c'est sa passe qui amène la meilleure occasion
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Ses occasions ont été moins franches que face à la Géorgie. Et Karim Benzema y est pour quelque chose. Son très beau contrôle orienté plein axe valait mieux qu'une frappe toute molle à la 7e minute. Son plat du pied à la réception d'un centre de Jallet après ouverture millimétrée de Valbuena a été expédié très au-dessus de la transversale (16e). Après une nouvelle frappe contrée (20e), la soirée avait déjà changé de teinte, avec des gestes de frustration face à l'échec et une mobilité vers le cœur du jeu pour se rassurer, quitte à se retrouver dans une situation baroque quand il a lancé Cabaye en profondeur depuis le rond central (23e)... A la 63e, c'est peut-être un mauvais feeling qui a d'ailleurs poussé l'ancien Lillois à une frappe insensée alors que Benzema la demandait en profondeur. Une nouvelle fois, c'est sur les côtés que KB a le plus apporté. Sa soirée aurait eu une autre couleur si sa passe très juste vers Ribéry, à la 64e minute, avait connu un autre destin. Mais, en bout de chaîne, Matuidi n'a pas transformé en but la plus grosse occasion française de la seconde période.

2013 France Espagne Karim Benzema

Crédit: Panoramic

Avec douze matches consécutifs sans but marqué, Benzema n'est plus qu'à trois longueurs du "record" de la catégorie dans toute l'histoire des Bleus (1). A titre de comparaison, sa période de disette est déjà très supérieure à celle du Thierry Henry en déclin de la période 2008-2010 (huit matches). S'il ne marque pas le 5 juin contre l'Uruguay ou le 9 face au Brésil, Benzema court le risque improbable d'une saison entière sans marquer qui se cumulerait à son Euro 2012 insuffisant. Sauf si Deschamps veut lui épargner une fatigue générale additionnelle, Benzema fera partie du groupe qui partira en repérage à un an de la Coupe du monde, ce doute-là n'est pas permis. Mais la question de sa titularisation systématique resurgira immanquablement. Plus lourde que jamais. Il lui reste à flamber au Real Madrid en Ligue des champions pour redonner un peu de lustre à une image désormais intenable, celle d'un Benzema incontournable dans le onze de départ de l'équipe de France.
(1) Si l'on tient compte des attaquants ayant eu au moins 20 sélections
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