Depuis ses débuts en karting, à l'âge de neuf ans, le jeune Mick a grandi dans l'effervescence de tout ce que peut susciter son nom en Allemagne. Il a appris à composer avec une sorte d'intérêt mêlé de curiosité de voir jusqu'où il pourrait bien aller avec pour premier bagage le patronyme le plus célèbre du pays. Le plus célèbre des sports mécaniques, dans le monde entier.
Le 9 octobre au Nürburgring, le fils du septuple champion du monde Michael Schumacher se rapprochera de son rêve ultime de courir à plein temps dans la catégorie reine en participant à sa première séance d'essais officielle dans le cadre du Grand Prix de l'Eifel, au volant d'une Alfa Romeo. Nul doute que le moindre de ses gestes sera épié comme jamais par des médias allemands qui ont déjà tourné la page du quadruple champion du monde, Sebastian Vettel. "Baby Schumi" comme il l'appelaient à ses débuts.
Mieux même, le Grand Prix de l'Eifel bénéficiera d'une audience plus large que d'habitude car il sera accessible gratuitement sur YouTube dans six pays voisins ou proches de l'Allemagne : la Belgique, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse, où est né et réside Mick Schumacher. Un coup marketing monté par le promoteur du championnat du monde de Formule 1 ? Même pas : le site officiel du Mondial avait annoncé la nouvelle le 31 juillet dernier, alors que Mick se débattait à la quatrième place du championnat de Formule 2, sans la moindre victoire au compteur.
Grand Prix de l'Eifel
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21/10/2020 À 09:46

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La puissance d'une filière

Sur le tracé F1 qui a perdu toute la saveur de la "boucle Nord", Mick sera là pour porter haut le nom Schumacher, au commencement d'un week-end étrange. Il prendra la piste à l'ère finissante de son père Michael en tant que recordman des victoires en Grands Prix (91). Pour quelques heures peut-être, puisque Lewis Hamilton le rejoindrait en cas de succès le dimanche au Guinness book de la F1. Avec un parfum de nostalgie, pour certains. "Dans l'équipe, il y aura des mécaniciens qui ont bossé avec mon père et ça rendra cette journée encore plus spéciale", note d'ailleurs Mick Schumacher.
A n'en pas douter, on le verra d'abord comme le "fils de" autant que son compatriote Nico Rosberg lorsqu'il avait débarqué en Formule 1 en 2006, vingt ans après la retraite de son père Keke, champion du monde 1982. Actuel leader du championnat de Formule 2, il entrera peut-être dans le grand bain l'an prochain avec l'étiquette de champion de la catégorie, pour lire ou entendre les mêmes choses que Nico, longtemps prisonnier de la référence à la famille. En ne cherchant pas très loin, les observateurs feront aussi la relation avec son équipe actuelle Alfa Romeo et sa base opérationnelle suisse Sauber, avec laquelle le paternel s'était initié à la puissance démoniaque des bolides de Groupe C en Endurance, en 1990 et 1991.
On peut ajouter que "Junior", à l'instar de papa, est un vrai pro de la com' - ses interviews exclusives sont mêmes encore plus rares -, qu'il est managé par Sabine Kehm, attachée de presse devenue manager de Michael sur le tard, et qu'il est aux bons soins de la Ferrari Driver Academy (FDA), filière aussi puissante que l'était à l'époque le Junior Team Mercedes.

Ferrari n'a rien précipité

"Je suis rempli de joie d'avoir cette chance, a réagi mercredi Mick Schumacher, au site formula1.com. Ce sera ma première participation à un week-end de Formule 1, devant mon public au Nürburgring, ce qui en fera un moment encore plus spécial."
Mick Schumacher "débutant" en Formule 1 au Nürburgring… le timing serait trop beau pour être vrai... Pourtant, il faut se défaire de ce cliché de l'inéluctable, du soupçon de préfabriqué, car l'Allemand de 21 ans, natif de Vufflens-le-Château et parfait francophone, est un pilote qui a tout gagné à la force du coup de volant. Certes, il a bénéficié des conseils et du meilleur matériel depuis le karting jusqu'à la Formule 2 aujourd'hui avec Prema, une écurie qui lui a permis d'être champion d'Europe de Formule 3 en 2018. Comme du temps du karting où il était Mick Betsch (le nom de sa mère Corina) ou Mick Junior, il a aussi avancé masqué en automobile dès la Formule 4 chez Prema, une équipe étroitement liée à Ferrari. Qui s'est refusée à l'intégrer dans son Academy avant 2019. Une bonne décision : Mick a fini par justifier les attentes en apparaissant comme un champion en puissance de la F2, un peu sur le tard certes.
Bref, Mick Schumacher n'a pas volé son test avec Alfa Romeo et rien n'était écrit à l'avance. C'est seulement récemment que le directeur d'équipe de la Scuderia, Mattia Binotto, a évoqué la possibilité d'un essai en Grand Prix en 2020, sans pouvoir en dire plus sur la date. Un timing que Mick Schumacher a précipité en prenant les commandes de la série antichambre de la F1.

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"L'un des plus grands talents issu des catégories inférieures"

En fait, mercredi, Ferrari a fait rouler ses trois talents de la FDA, Mick Schumacher, Calum Illot et Robert Shwartzman, tour à tour leaders du championnat de F2 cette année, à Fiorano au volant d'une monoplace de 2018. Ceci en préambule au test grandeur nature qui leur sera accordé en Grand Prix cette année, Calum Illot avec Haas en plus de Mick Schumacher au Nurburgring vendredi prochain, et Robert Shwartzman lors du dernier vendredi de la saison, le 11 décembre à Sakhir, le circuit du Grand Prix de Bahreïn.
"Ce fut très utile de revoir les procédures, qui sont assez complexes, et aussi comment l'équipe travaille au plus haut niveau, a commenté Mick Schumacher. Il y a quelques semaines, au Mugello (ndlr : lors des festivités du 1000e Grand Prix de Ferrari en F1), j'avais pu conduire la F2004, un voiture sensationnelle, mais plutôt dépassée aujourd'hui. M'installer au volant d'une voiture hybride de 2018 m'a permis de comprendre l'importance de l'électronique pour un groupe propulseur et quels progrès a fait la Formule 1 en termes d'aérodynamique.
"Nous voulons les préparer au mieux pour aborder cet événement toujours spécial, a expliqué Laurent Mekies, directeur sportif de la Scuderia Ferrari et directeur de la FDA. Ce sera une chance pour eux de prendre contact avec une voiture bien plus compliquée à piloter que celles qu'ils conduisent d'habitude. Nous croyons fort en notre académie, qui a déjà prouvé sa valeur avec Charles Leclerc, un pilote avec lequel la Scuderia peut construire sur le long terme." De là à conclure que Mick Schumacher a vocation à piloter un jour pour Ferrari, il y a un pas qu'il faut se garder de franchir.
Même s'il ne s'appelait pas Schumacher...
"Il ne fait aucun doute que Mick est l'un des plus grands talents issus des catégories inférieures et ses récents résultats l'on montré, note Fred Vasseur, le patron de la firme d'Hinwil. Il est de toute évidence rapide, mais il est aussi régulier et mature derrière le volant, soit tous les atouts d'un champion en devenir."
Vendredi prochain, Mick Schumacher ne sera donc pas dépaysé lorsqu'il arrivera dans un garage Alfa Romeo, qu'il avait arpenté le 3 avril 2019 lors d'un test à Sakhir avec une C38, au lendemain de sa découverte de la F1 avec une Ferrari SF90. "Pour courir en Formule 1, il faut prouver qu'on a la vitesse", avait prévenu Sebastian Vettel. Aujourd'hui, la question se pose plus en termes de bénéfice qu'il en retirera. "Si Mick Schumacher est en tête du championnat de F2, il ne le doit qu'à lui-même, confirme François Sicart, le directeur général de DAMS, écurie pilier de la F2. Il a fait dix podiums jusque-là. Il n'est pas celui qui a le plus de panache mais il a été le plus régulier. Même s'il ne s'appelait pas Schumacher et qu'il n'était pas chez Ferrari, il aurait eu une opportunité de rouler en F1 ailleurs."

Mick Schumacher (Prema) à Budapest en F2 2020

Crédit: Getty Images

"Il marche dans les traces de son père"

Vainqueur une seule fois l'an dernier pour sa première saison en F2 avec Prema, Mick a pris tardivement la mesure de ses adversaires cette année, comme il l'avait fait en 2018 en F3. Avec, en sus, 17 arrivées dans les points en 20 courses. "Il fait toujours des courses bien construites, solides, note François Sicart. Onze podiums pour trois victoires (1 en 2019, 2 en 2020), ce n'est pas le fruit du hasard. Et puis, c'est compliqué d'être bon, d'exister dans ce sport où son père a fait sauter tous les records. Surtout quand on considère la situation que traverse la famille. Il a 21 ans, c'est une énorme pression. Il a tout pour lui, il marche dans les traces de son père. Il a gagné le titre en F3 et mène le championnat de F2, qui n'a peut-être jamais été aussi dur que cette année."
Pas de doute, l'aspirant est prêt car il a été à bonne école. "Ferrari a de bons physios, de bons ingénieurs qui accompagnent les membres de la FDA, et on sent la vraie force de Ferrari, comme ce pourrait être le cas pour toute autre équipe de F1, ajoute le patron de l'équipe sarthoise. Quand on est adossé à une telle équipe, on a l'opportunité de grandir, d'apprendre plus vite, de rentrer plus rapidement et plus fort que ce que l'on fait dans notre catégorie. Ça mettrait peut-être deux ou trois ans de plus sans ce support d'une équipe de F1."
Et chez Alfa Romeo, il sera rassuré par le leadership de Fred Vasseur, le directeur d'équipe d'Alfa Romeo. "Je ne sais pas s'il courra un jour pour Sauber, mais je vois peu de gens mieux placés que Fred pour accueillir ce type de pilote. Il a sorti beaucoup de jeunes en F3 (Vettel, Bottas, Ocon) ou GP2-F2 (Rosberg, Hamilton, Hülkenberg, Vandoorne), et on voit l'évolution qu'il a donné à Sauber en F1. Ce serait un bon tremplin pour Mick Schumacher", conclu François Sicart. L'avenir le dira. Sans doute vite.
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