On est bien d'accord, Sebastian Vettel peut toujours être champion du monde cette année et il faut émettre une réserve sur son constat d' "échec" formulé jeudi dans le paddock de Spielberg, à la veille des premiers essais du Grand Prix d'Autriche. La fin de son histoire avec Ferrari officialisée le 12 mai dernier, ce propos n'était pas sorti sous le coup de la déception. En revanche, il trahissait plus sûrement une lassitude, un sentiment de gâchis qu'il va devoir rapidement dépasser pour s'inventer un avenir en Formule 1. S'il estime en avoir un, quelque part.

Hamilton, Leclerc, Verstappen : les salaires des 20 pilotes de 2020

Grand Prix d'Autriche
Un circuit sans public, une sensation pour le moins "étrange"
03/07/2020 À 18:18

L'Allemand qui fête ses 33 ans ce vendredi avait piloté avec des ailes chez Red Bull, le temps de rafler quatre titres consécutifs, de 2010 à 2013. "Profitons-en, car ça ne durera pas", avait-t-il lancé à son équipe, au cœur d'une série victorieuse de neuf Grands Prix - un record qu'il détient toujours - en clôture de la saison 2013. Il avait raison : cette notion de succès était fragile. L'année 2014 et le début de l'ère hybride-turbo mal négociée par le motoriste Renault avaient eu raison de sa motivation face à son nouveau coéquipier, Daniel Ricciardo. Il avait été dominé par l'Australien tant en qualification (11-8) qu'en course (3 victoires à 0).

Podcast : Les Fous du Volant

Vettel n'a pas encore encaissé

Ce combat de trop lui avait fait réaliser qu'il était en fin de cycle, et il en avait profité pour sauter dans le baquet de Fernando Alonso, usé par cinq années infructueuses chez Ferrari. Cette année, il s'est fait doubler par Ferrari et ça l'a surpris, vexé même. Mattia Binotto a soufflé à Spielberg que son pilote n'avait pas digéré cette décision. "Je me souviens qu'il était surpris, oui, je le comprends, c'est assez normal", a ajouté le patron de Maranello. "Bien qu'il ait accepté notre décision, je reconnais que même aujourd'hui il n'en est pas pleinement satisfait." C'est un peu étrange, mais Binotto n'a pas fait la démarche de convoquer son pilote pour lui annoncer cette décision importante. La justifier tranquillement. Il l'a fait par téléphone, ce qui induit un manque d'aisance du décideur.

Mais il faut insister là-dessus : ce n'est pas un divorce. Les deux parties s'étaient mises d'accord en 2017 pour faire cause commune trois années de plus, jusqu'à fin 2020. Une écurie ne peut se projeter au-delà d'un certain point, spéculer sur le degré de compétitivité, d'engagement d'un pilote même quand il s'agit d'un multiple champion du monde de 32 ans.

"Vettel va leur échapper complètement, il va faire ce qu’il veut"

Vettel avait épuisé son crédit

Mattia Binotto est entré dans les détails vendredi, poussé par les révélations troublantes de Vettel, jeudi. Outre le fait qu'il ne s'agissait pas d'une décision par consentement mutuel, "il n'y a jamais eu ni négociation, ni offre" de la part de Ferrari. Peut-être y en aurait-il eu une si la crise sanitaire n'était pas passée par là, mais cette dissimulation est pour le moins dérangeante car elle ne ressemble pas à la façon de faire de la maison rouge.

Ce que l'on peut relever dans tout ça, c'est le manque de lucidité de pilote allemand, qu'une surprotection à coups de consignes, maladroites sur la forme comme le fond, n'aura pas sauvé du déclassement en 2019. L'an passé, Vettel avait fait son autocritique, admis devoir se reprendre face à Charles Leclerc. En qualification (battu 7 pole positions à 2), en course (2 victoires à 1). Le temps devait jouer pour lui. Le coronavirus a finalement précipité sa perte en lui interdisant de montrer sa motivation avec des résultats à la hauteur de ses standards. Fin 2019, Mattia Binotto lui avait donné cinq à six Grands Prix pour redorer son blason. "Seb n'a pas eu l'opportunité de prendre la piste pour nous montrer combien il était motivé de piloter pour Ferrari", a regretté Binotto, vendredi. La Scuderia a été impitoyable : elle n'était pas prête à lui faire crédit.

Dans cette somme de non-dits, Ferrari ne pourra pas faire l'économie d'une explication plus détaillée des raisons profondes pour lesquelles elle l'a jugé inapte à continuer de défendre ses couleurs ; et collaborer avec Charles Leclerc. Le fond du problème est sûrement là, si l'on en juge le profil lisse du remplaçant, Carlos Sainz. Mattia Binotto a promis que l'Espagnol de McLaren ne serait pas forcément un numéro deux. C'est pourtant dans cette optique qu'elle l'a pris. Plutôt que Daniel Ricciardo, que l'Italie réclamait à cor et à cri.

Vitesse pure

Promettant de tout donner pour l'équipe dans les six prochains mois, Sebastian Vettel a dit : "Je vais aussi courir pour moi." Une précision qui n'est sans doute pas passée inaperçue chez Ferrari.

Mais en parallèle, la question de l'après se pose. Vettel a expliqué qu'il était encore dans le flou quant à 2021. Retraite, année sabbatique, transfert ? Il a juré n'avoir contacté aucune équipe, et rien n'est moins sûr. Fin 2016, il ne s'était pas privé de joindre Toto Wolff pour proposer ses services suite à l'annonce de la retraite de Nico Rosberg, alors même qu'il lui restait un an de contrat chez Ferrari.

Mercedes dispose d'une place pour 2021, celle de Valtteri Bottas qui n'a pas encore été reconduit. Mais la firme à l'Etoile n'est peut-être pas la solution qu'il privilégie car il a été habitué à avoir un statut de pilote n°1 dans une équipe d'usine. Et a priori une seule autre marque correspond à cette définition : Renault. En effet, Helmut Marko est un peu revenu sur sa fin de non recevoir chez Red Bull, mais la perspective de cohabiter avec Max Verstappen, où tout est organisé autour de lui, ne doit pas lui plaire.

Dans l'immédiat, Sebastian Vettel focalise sur une chose : battre Leclerc en qualif pour démontrer qu'il n'a pas perdu sa vitesse pure.

Transferts, prolongations, impasses : le point sur les pilotes casés (ou pas) pour 2021

Grand Prix d'Autriche
"Verstappen, challenger des Mercedes ? C'est raté"
08/07/2020 À 07:45
Grand Prix d'Autriche
"Le Grosjean bashing, c'est facile, j'aurais bien aimé son explication sur sa sortie"
08/07/2020 À 07:39