On peut maintenant vous le certifier : Mercedes est enfin parvenue à désolidariser la roue avant-droite de la monoplace de Valtteri Bottas. Malgré des coups de pistolet dans tous les sens, l'insistance des mécanos et même l'assistance de Ferrari à Monaco, l'écurie allemande avait dû se résigner. La voiture a été envoyée mardi dernier à l'usine, à Brackley, afin d'employer les gros moyens pour retirer cette fichue roue ayant poussé le Finlandais à l'abandon. Un pépin de plus sur une liste qui, ces derniers mois, n'a cessé de s'allonger. Et qui pose la question de la réussite, ou simplement du degré de perfection qu'il faut atteindre pour viser l'objectif suprême.
Avant l'écrou de roue récalcitrant en Principauté, il y avait eu l'impromptue mise en sécurité du moteur au Portugal et, bien sûr, l'impressionnant crash provoqué par une tentative de dépassement de George Russell, à Imola. Trois coups du sort. En cinq Grands Prix cette saison. L'année dernière, avec les crevaisons de Silverstone et de Bahreïn, l'arrêt catastrophique de Sakhir et la panne électronique de l'Eifel, il y en avait eu quatre en dix-sept courses et c'était déjà beaucoup pour une écurie de ce statut et un pilote de cette ambition. Trop, peut-être, pour que tout cela soit uniquement lié au hasard.
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Bottas serait-il tout simplement malchanceux ? "Je pense rendre visite à une voyante ou un exorciste. Ou alors, je vais chercher, quartier par quartier, tous les chats noirs de la ville", nous confiait avec ironie son manager, Didier Coton, après la catastrophe monégasque qui a probablement coûté 18 points au Finlandais. Mais après cette question, je peux vous donner un exemple : l'année dernière, à Silverstone, les deux [pilotes Mercedes, NDLR] ont un pneu qui explose. L'un est à un bout du circuit à trois tours de la fin, l'autre n'a plus qu'à passer la ligne d'arrivée. Honnêtement, il est très difficile de trouver une explication rationnelle."
Approcher la perfection mais aussi le faire de manière constante
Sur cet exemple précis, difficile, effectivement, de trouver un autre responsable que le sort. Ce qui ne veut pas dire qu'il est à l'origine de toutes les autres avaries. "C'est une grosse faute que nous avons commise, avait commenté le pilote au micro de la F1 après son abandon en Principauté. Nous devons en tirer les leçons, qu'il s'agisse d'une erreur humaine ou d'un problème technique." Pour Toto Wolff, ce n'était pas très clair non plus : "Valtteri s'est arrêté un peu trop tôt, a souligné le patron de l'écurie auprès d'Auto Motor und Sport. Le mécanicien a donc dû appliquer le pistolet dans un angle différent par rapport à ce qu'il fait habituellement. Cela a endommagé l'écrou. Mais il y a toujours de nombreux facteurs qui contribuent à une défaillance aussi catastrophique et dans ce cas, nous devons revoir la conception de la pièce."

Valtteri Bottas lors de son passage aux stands, au Grand Prix de Monaco, le 23 mai 2021

Crédit: Getty Images

Des détails, donc. Mais des détails qui comptent. "C'est le principe de la F1, renchérit Didier Coton. Tout se joue au millimètre. C'est la beauté de ce sport : il faut non seulement approcher la perfection, mais aussi le faire de manière constante. Ce qui est arrivé dimanche, ce n'était jamais arrivé auparavant." En l'espace de quelques courses, le Finlandais a donc subi deux événements particulièrement rares, surtout à ce niveau : une roue bloquée - plusieurs jours - sur l'essieu et un pneu de composition différente monté sur la monoplace lors d'un arrêt aux stands, à Sakhir. "On s'est complètement loupé", avait lâché Toto Wolff ce jour-là.
À titre de comparaison, Lewis Hamilton n'a plus été victime d'avarie technique depuis le Grand Prix d'Autriche 2018, où une panne de pression d'essence l'avait contraint à l'abandon. Le contraste est saisissant mais les causes sont assez troubles. Y aurait-il une forme de négligence de la part de Mercedes, même inconsciente, liée à la dimension et à la personnalité de Lewis Hamilton ? "Ce n'est pas dans l'intérêt de l'écurie, balaie celui qui encadre la carrière de Bottas aux côtés du double champion du monde Mika Häkkinen. Parce qu'elle a besoin de ses deux pilotes pour marquer le plus de points possibles, on l'a bien vu à Monaco. On ne gagne jamais un championnat seul, que ce soit pour le titre 'Constructeurs' ou celui des 'pilotes'. Et ce pourrait être encore plus vrai cette saison." Maintenant devancée par Max Verstappen et Red Bull dans les deux championnats, Mercedes a plus que jamais besoin de Bottas. Et inversement.

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