Si vous souffrez, vous aussi, du grand mal de ce siècle, à savoir un attrait marqué pour les réseaux sociaux, vous risquez de revoir le dépassement de Max Verstappen sur Charles Leclerc en long, en large et en travers. C'est la stratégie de Liberty Media qui, depuis qu'elle est à la tête de la F1, irrigue les différentes plateformes de ce qu'elle n'hésite plus à appeler "son produit". C'est aussi une manière de populariser les mesures prises ces dernières années pour faire évoluer une discipline qu'elle jugeait tombée en désuétude.
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En cela, la (superbe) manoeuvre du champion du monde en titre sur le leader du Mondial, dans l'avant-dernier tour du sprint d'Émilie-Romagne, est parfaite pour la vitrine. Et idéale pour donner l'illusion que ce qu'il y a derrière, un nouveau règlement technique et un format de course tout frais exploité une deuxième année de suite, en est l'heureuse cause.
Un grand divertissement
De Stefano Domenicali, PDG de la F1, à Ross Brawn, son directeur technique, il n'y a donc pas le moindre doute : ce "produit" du samedi après-midi est une réussite totale et cette conclusion a notamment été tirée grâce à des sondages moraux, précis, réalisés auprès d'un panel de spectateurs extrêmement représentatif.
On se gardera donc de répéter que deux des trois sprints disputés la saison dernière n'ont pas épaté grand-monde. On se permettra, aussi, de tirer un autre bilan de la course de 21 tours bouclée à Imola samedi après-midi, qualifiée de "grand divertissement" par Brawn lui-même. Car elle a surtout donné une idée plus précise de la part de superficialité des Grands Prix d'aujourd'hui.

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Dans la coulisse, les têtes pensantes avaient fait pression pour redéployer ce format dès la première course européenne de la saison, à la fois pour l'exposer de nouveau à son public le plus large, aussi pour profiter de la présence massive des tifosi. Manque de pot, Imola n'est pas le circuit le plus favorable aux dépassements. "Heureusement", vendredi, la météo avait mis son grain de sel.

Des remontées évidentes... avec l'aide du DRS

Les averses et les conditions de piste délicates en qualification ont en effet bousculé la hiérarchie et contribué à élaborer une grille surprenante. Kevin Magnussen (Haas) quatrième. Sergio Pérez (Red Bull) septième. Carlos Sainz (Ferrari) dixième. Les caprices du ciel auraient dû faire partie du jeu mais le sprint a permis de changer les règles.
Les deux pilotes N.2 des écuries de pointe ont donc eu droit à 21 tours de plaisir pour se refaire la cerise. Et verrouiller la deuxième ligne grâce à un outil qui, sur ces monoplaces capables de se suivre, a rendu les dépassements encore plus fades que dans un passé récent. Avec le DRS, à Imola, vous pouvez vous permettre de franchir le dernier virage avec 5 à 8 dixièmes de retard sur la voiture qui vous précède… et la dépasser 200 mètres avant de prendre la corde à Tamburello.

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Inutile de s'en offusquer, puisque certaines éminences grises ont décrété qu'un dépassement était forcément un élément de spectacle, qu'importe la manière avec laquelle il est réalisée. Étrangement, à nos yeux de spectateurs, la manœuvre réussie par Verstappen sur Leclerc n'avait pas tout à fait la même valeur que les dépassements coude à la portière de Sainz sur Ricciardo ou Norris.

Le sprint a-t-il sacrifié la course ?

"Je sais que vous pouvez penser que c'était grâce au DRS, mais vous ne pouvez pas utiliser le DRS si vous n'êtes pas juste derrière la voiture qui vous précède, a souligné le directeur sportif de la F1 dans des propos relayés par Autosport. Donc je pense que dans l'ensemble, c'était un grand succès." Élémentaire, mon cher Ross Brawn.
D'autres, comme les titulaires Mercedes George Russell et Lewis Hamilton, ont plutôt eu l'impression d'avoir été des wagons d'un "petit train", comme l'a souligné le septuple champion du monde à sa radio, l'effet du DRS ayant plutôt tendance à s'annuler dans un peloton regroupé. Son coéquipier, lui, a qualifié cette épreuve de "procession", sur Sky Sport. Ce qui lui a valu une réponse cinglante de l'ancien grand ingénieur de la F1 : "Chaque fois qu'un pilote a eu une mauvaise voiture, il s'est plaint de la course." Et toc.

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Grâce à - ou à cause de, selon le point de vue - ce sprint, la grille de départ de dimanche sera un peu plus conforme aux performances des monoplaces : Red Bull et Ferrari aux deux premières lignes, McLaren sur la troisième, puis les expérimentés Bottas, Magnussen et Alonso, etc. Dimanche, si le rendement des pneumatiques ne surprend pas les écuries et que la "vraie" course s'avère être un long défilé, les fervents défenseurs du sprint diront-ils qu'il s'agissait du prix à payer pour vivre un samedi après-midi animé ?
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