Il avait commencé son week-end avec sa tunique préférée : celle du blagueur du paddock. A Monza, vendredi, Daniel Ricciardo (McLaren) avait fait marrer Max Verstappen (Red Bull) en se déguisant en pizzaiolo pour confectionner une pâte qui n'aurait pas enchanté les papilles de grand monde. A force, on s’était habitué à ça. Ricciardo, c’était l’amuseur public, le gars au sourire Colgate, aux réponses souvent rafraîchissantes et à l’enthousiasme communicatif. On avait presque oublié qu’il était un homme aux multiples victoires en F1 et un pilote racé qui sait saisir les occasions quand elles se présentent à lui.
Ce déclassement progressif avait été initié en 2018, au cours d’une saison où la drague appuyée de Cyril Abiteboul, alors directeur général de Renault, avait fini par payer. Avec la firme française, Ricciardo s’imaginait haut et revanchard après avoir été éclipsé par le prodige maison chez Red Bull, Max Verstappen. Ce fut une longue agonie de deux saisons.
Habitué aux podiums (29) et aux victoires (7) entre 2014 et 2018, il avait subi de plein fouet le manque de performances de sa Renault. Seuls deux petits podiums étaient venus garnir sa collection personnelle. Alors, Ricciardo a décidé de changer à nouveau, de troquer le bleu français pour l’orange britannique. A raison après sa victoire immense, ce dimanche, à Monza.
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Leclerc : "Même pour nous c’était difficile de le voir galérer"

Pourtant malmené dès son arrivée par un autre prodige maison, Lando Norris, l’Australien s’est accroché après des débuts compliqués. La période de rodage a pris du temps mais elle semble toucher à sa fin. Son message radio, juste après avoir franchi la ligne d’arrivée, disait tout de la longue attente et du chemin emprunté pour retrouver les sommets. "Au fond de moi, je savais que ça allait arriver. Merci d’être derrière moi et de me soutenir, a-t-il d’abord lancé à destination de son équipe. Pour tous ceux qui pensaient que j’étais parti : non, je n’étais pas parti, j’étais juste sur le côté pendant ces années".
Après la course, il savourait ce retour au premier plan qui tardait. "Ça a été un week-end complètement fou, pas seulement aujourd’hui, a-t-il rembobiné au micro de Canal Plus. Vendredi, on a discuté avec l’équipe, j’ai senti que j’avais le feu en moi. Je savais que ce week-end pouvait apporter quelque chose. Je ne voulais pas laisser passer ma chance. Ça a été si long depuis ma dernière victoire, si long pour revivre ces sensations. Quand j’ai su que j’avais une chance, je savais que personne ne viendrait me prendre cette victoire".
Le son de cloche était similaire chez les autres coureurs du paddock où les galères de Ricciardo avaient fini par lui donner une image de loser sympathique mais pas franchement dangereux. "Je suis vraiment content pour lui, a ainsi détaillé avec beaucoup de classe Charles Leclerc. Quand on voit le début de saison qu'il a eu... Même pour nous c'était difficile de le voir galérer autant comparé à Lando. De le voir enfin faire une performance digne de lui-même, ça fait plaisir à voir".

Daniel Ricciardo, resplendissant sur le podium du GP d'Italie 2021

Crédit: Getty Images

Premier doublé pour McLaren depuis 2010

Sa performance, justement, aura été exemplaire. Son envol dès le départ l’a lancé vers les sommets et son duo avec Norris aura longtemps permis de garder Max Verstappen et Lewis Hamilton à distance. Puis, l’incident entre le Néerlandais et le Britannique a rebattu les cartes. Mais le jeu de McLaren est resté tout aussi compétitif. "C’est pas comme si on avait volé cette victoire, a ajouté Ricciardo. Le départ a été super important mais le reste aussi, notamment les pit-stops. Bien sûr, il y a eu l’incident entre Max et Lewis mais on était déjà en contrôle de la course. Je ne sais pas si on aurait gagné sans ça mais ça aurait été franchement difficile de nous doubler. Personne ne peut nous prendre la victoire aujourd’hui, on l’a méritée".
Un temps tenté de réclamer la première place à son coéquipier qui tournait moins vite, Lando Norris a finalement été beau joueur de son côté, ravi de faire partie du duo qui a amené McLaren à des hauteurs historiques avec ce premier doublé en F1 depuis 2010 et cette première victoire depuis 2012. "On a eu un week-end incroyable, a confirmé le jeune Anglais. Quand j’ai rejoint l’équipe il y a quatre ans, tout le monde travaillait pour ça. C’est un beau pas en avant pour nous tous. […] Ça aurait pu être l’ordre inverse mais je suis heureux pour Daniel, j’aurais ma chance dans le futur".
Avec ce doublé, McLaren vient même récupérer la troisième place au classement constructeur, devant Ferrari, tandis que Norris (4e) continue de se rapprocher de Valtteri Bottas (Mercedes). L’amuseur public, lui, est 8e. Mais l’essentiel est ailleurs, forcément. "Non seulement gagner mais faire un doublé, c'est fou, a-t-il encore ajouté, sur son nuage. C'est énorme de voir une McLaren sur le podium, alors un doublé... Ce résultat est pour la Team Papaye. Pour une fois, je n'ai pas les mots." Et ça fait presque du bien à tout le monde.
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