On pourrait considérer que les gens prévisibles ne sont pas intéressants, en voyant Max Verstappen et Lewis Hamilton comme les plus brillantes exceptions à la règle. Ces deux prodiges cessent de nous surprendre en s'écharpant depuis cette saison dans une course au titre enfin haletante, et ils devaient (encore) s'accrocher tôt ou tard. Ce n'était plus qu'une question de temps depuis l'épisode de Silverstone, qui avait vu la Mercedes dans une attaque maladroite envoyer la Red Bull valdinguer dans le mur de Copse, d'un des plus célèbres virages de la Formule 1. Avec force G. 51 en tout.
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On suivait le jeu médiatique, somme toute normal, terriblement humain, des petites phrases et diverses piques entre les pilotes et leurs équipes. Et on redoutait de voir le prochain opus de la surenchère anglo - néerlandaise ou germano - autrichienne sur la piste. On espérait se tromper, évidemment, car le sensationnalisme n'a jamais été synonyme de grandeur.
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Ce n'est pas maintenant que Verstappen va se renier

Dimanche, le Championnat du monde 2021 a trouvé un "marronnier" - une image qui revient régulièrement dans les médias - plus retentissant encore sur un autre circuit mythique de la Formule 1, comme si les fracas entre ego devaient avoir un tel écrin. Dans une chorégraphie destructrice, la Red Bull n°33 a matérialisé l'escalade des derniers mois en passant sur la Mercedes n°44. Et même la tête de son pilote. Qui comme Romain Grosjean trouvait cette protection laide (c'est un fait) mais surtout inutile. Le Britannique doit à présent se souvenir avoir juré qu'il ne piloterait jamais une monoplace de Formule 1 équipée d'un halo.
Lewis Hamilton a égalé l'an passé les sept titres mondiaux de Michael Schumacher et il courait dimanche encore après sa centième victoire en Formule 1. Un cap vertigineux, irréel, magnifique comme l'avait été ses cent pole positions à Montmelo, en mai dernier. Mais, du haut de toute cette gloire, il est aussi à 36 ans la statue que Max Verstappen s'est mis en tête de déboulonner. Dans cette querelle contre l'ancien, le moderne reste bien décidé à se faire une place dans les palmarès à sa manière. Il a débarqué en Formule 1 à 17 ans en cassant les codes et ce n'est pas maintenant qu'il va se renier.
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Verbe haut et pilotage sans concession, entre changements de ligne défensifs au freinage et virages coupés pour dépasser, il était plus au 26e tour le turbulent "Mad Max" des jeunes années que le "Super Max" au pilotage clinique salué par le tout-Zandvoort une semaine plus tôt.

Tombé dans le même piège que Hamilton à Silverstone

Max Verstappen tente de passer cette année au "mode champion" mais il a des principes qui se heurtent parfois à la réalité. Comme à Sakhir, lorsqu'au premier Grand Prix 2021 il s'était fait rattraper par la patrouille fédérale en passant son ennemi préféré en dehors des limites convenues de la piste. Pas guéri de ses revers passés, il avait mis son action sur le compte du spectacle. Comme à Austin en 2018, lorsqu'il avait coupé généreusement un virage pour monter sur le podium à la place de Kimi Räikkönen (Ferrari). Et en redescendre avant même la cérémonie.
Retranché derrière de ses certitudes, Max Verstappen a dû se soumettre dimanche au verdict des arbitres, qui l'ont jugé "principalement à blâmer" et l'ont rétrogradé de trois places sur la grille de départ du Grand Prix de Russie. "Je pensais que c'était un fait de course", a-t-il confié. Manifestement pas. En fait, il est tombé dans le même piège que son propre ennemi. Il a cédé à cette tentation qu'il avait lui-même dénoncée à Silverstone. Sur le circuit du Northamptonshire, Lewis Hamilton s'était jeté tête baissée sur la seule occasion qu'il avait cru voir pour dépasser la Red Bull, à Copse. A mi-course dans le "Temple de la vitesse", l'as des Pays-Bas a sauté sur la seule opportunité qu'il avait de déborder la W12 n°44. En se voilant la face : un ou deux mètres lui auront manqué du début à la fin de l'action sans.
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"Mais oui, nous en discuterons"

Verstappen s'est laissé là influencer sans le savoir par Lewis Hamilton, qui avait eu cet étonnant manque de lucidité en Angleterre, en regard de sa gestion habituellement conservatrice dans le combat rapproché. Etonnamment, le multiple champion du monde avait fait du Verstappen. Et c'est peut-être aussi son expérience de cette seule saison dans les roues du Néerlandais qui a joué dans son comportement dimanche. Dans la première chicane après le départ à Imola, il s'était heurté à un Verstappen inflexible, pas disposé à lui céder la moindre portion de bitume pour éviter le contact. Cette passe d'arme avait sonné comme un avertissement. A la première chicane, dimanche, il a tout simplement refusé d'élargir sa trajectoire pour éviter le clash.
C'est un peu triste aussi, Max Verstappen ne s'est pas inquiété de savoir ce que ça avait fait à Lewis Hamilton de prendre sa voiture sur la tête. Un prêté pour un rendu regrettable qui témoigne d'une dégradation des relations entre les deux hommes, et un risque accru de voir un dénouement franchement déplorable à leur duel. A Silverstone, le Hollandais avait dénoncé de son lit d'hôpital le comportement "dangereux", "irrespectueux et antisportif" du pilote de la firme à l'Etoile, occupé à fêter son triomphe plutôt qu'à l'appeler. "Sur le coup de l'émotion, c'est mieux que chacun parte de son côté pour se calmer. Mais oui, nous en discuterons", a-t-il déclaré avant de quitter le circuit du Nord de Milan. Guerre froide ou paix armée ? Sotchi le dira peut-être.
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