Dans l'affaire Oscar Piastri, manquait le témoignage clé de Laurent Rossi pour en saisir toute la dimension. Comprendre pourquoi le jeune Australien s'était détourné de son écurie de formation pour piloter chez McLaren en Grand Prix l'an prochain. Et quelle(s) erreur(s) Alpine avait-elle bien pu commettre pour en arriver là.
Samedi, le directeur général d'Alpine cars s'est livré longuement au site officiel de la Formule 1 pour en expliquer tous les tenants et les aboutissants. Deux éléments ressortent de ses propos : Alpine n'avait fait signer aucun contrat à son jeune pilote pour 2023, et ce dernier voulait mieux que la Williams que les Bleus lui proposaient pour débuter en Formule 1 en 2023.
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"Nous avons agi très logiquement, en ligne avec notre engagement envers lui. De ce point de vue, c'est une histoire très directe, et simple", résume Laurent Rossi. Pendant des mois, Alpine a tenté de se lier contractuellement à l'Australien de 21 ans, champion de Formule 2 en 2021, en vue de le faire courir en Formule 1, sans succès.
Alpine a toujours cru que ce serait possible parce qu'il faisait partie de son académie depuis quatre ans, et qu'elle avait beaucoup investi sur lui. Laurent Rossi révèle avoir levé l'option figurant dans son contrat le 15 novembre 2021 en le désignant réserviste de l'équipe F1 pour 2022, assorti d'un programme complet de formation comprenant 5 000 km de roulage dans l'année et l'engament de lui trouver un baquet de course pour 2023 et 2024.

L'épilogue de l'affaire Piastri rend la grille 2023 plus lisible

Williams, "un super volant pour apprendre avec une pression moindre"

Le natif de Melbourne en était à 3700 km couverts en août et Alpine avait une confiance totale en lui. "Nous lui avons donné un accès complet à l'équipe, aux débriefings, aux réunions techniques et il était avec moi la plupart des dimanches à écouter la course. Il n'était pas seulement un réserviste, mais il aurait été le débutant le plus entraîné de tous les temps", précise Laurent Rossi.
Tout ceci ne pouvait que plaire au plus grand espoir que la F1 ait sans doute connu ces dernières années, à un détail près. "Alpine a engagé une personne juste pour lui trouver un volant de titulaire en 2023, ajoute le patron de la marque de Dieppe. Les démarches ont débouché sur un accord avec Williams en avril. Le moulage du baquet était même programmé", se souvient-il, quand il a été informé par le management de l'Australien (Mark Webber et ses associés) qu'une opportunité existait chez McLaren.
Ce dont il ne s'est pas inquiété en entendant Daniel Riccardo marteler le 6 juillet qu'il serait chez McLaren en 2023. Mais deux jours plus tôt Zak Brown, le patron de McLaren Racing, avait scellé l'avenir de "Dan The Man" en signant Oscar Piastri pour 2023. "Nous ne savions pas qu'il avait signé", reconnaît le manager français, pour qui la Williams était "un super volant pour apprendre avec une pression moindre."
C'est pourquoi l'Aussie n'a jamais voulu se lier à Alpine aux delà de ce que prévoyait sa formation. "Il n'a jamais signé le contrat que nous lui avons proposé, révèle Laurent Rossi. Nous avons fait de nombreux rappels. Ils n'ont jamais signé. Nous ne pouvions le retenir, car il n'a jamais signé de contrat. Nous attendions plus de loyauté."

Totalement confiance en Szafnauer

"Nous avons fait des erreurs techniques légales, avoue-t-il. Nous avons laissé la porte entrouverte en ne le forçant pas avec un contrat si serré qu'il ne pourrait pas bouger. Pourquoi avons-nous fait ça ? C'est un peu un oubli parce que nous n'aurions jamais pensé que lorsque l'on donne autant à quelqu'un, il ne le saisirait pas."
Alors, l'homme de confiance du DG du Groupe Renault et président d'Alpine car, Luca de Meo, assume. "Je dirais que les choses arrivent pour une raison, confie-t-il. Nous ne partagions pas la même conception des choses, peut-être pas les mêmes valeurs. C'est peut-être mieux ainsi, de se séparer."
Et de revenir sur le refus de Fernando Alonso de prolonger pour une année, plus une autre en option. "Nous n'avions que deux ans d'option avec Oscar. Fernando avait le désir de conduire plus longtemps en F1, ce qui ne pouvait nous aller, à moins de perdre Oscar. Cela n'avait pas de sens pour nous", explique-t-il.
Rétrospectivement, la priorité donnée à Alonso pour 2023 et peut-être 2024 a éloigné irrémédiablement Piastri. Mais Rossi n'en tient pas rigueur à l'Espagnol. "C'est un champion incroyable, il restera une légende de notre marque, mais ça n'a pas marché et c'est la vie, assure-t-il. Nous resterons en bons termes. C'est un champion exceptionnel, un gentleman."
Alors, quid d'Otmar Szafnauer, le directeur d'équipe qui a paru vivre ce feuilleton en spectateur ? "J'ai totalement confiance en lui, répond Laurent Rossi. Depuis son arrivée, il est remarquable. Il fait la différence et continue de la faire. Il a été recruté pour m'aider à prendre du recul. J'ai quelqu'un de très compétent à la barre."
Il fallait un point final à cette triste affaire et cette interview y a probablement mis fin.

Oscar Piastri (Alpine) au Grand Prix d'Autriche 2022

Crédit: Getty Images

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