Lewis Hamilton aborde à 36 ans le plus grand défi de sa carrière ce week-end à Bahreïn. Le dernier peut-être puisqu'il est en fin de contrat et qu'il a étrangement choisi de ne prolonger sa carrière que d'un an.
Le Britannique vise ni plus ni moins que le Graal cette année, un huitième titre mondial qui le démarquerait de Michael Schumacher, qui avait à son époque couru après cet objectif sans le rattraper. Stoppé après cinq titres consécutifs par Fernando Alonso (2005, 2006), le "Baron rouge" s'était retiré, victime d'un épuisement mental. Il avait tenté un retour chez Mercedes en 2010 à 41 ans, séduit par l'idée d'une ultime consécration avec la marque de ses débuts. Trois saisons sans éclat, d'un acharnement vain, lui auront au moins permis de boucler la boucle et quitter la scène avec la certitude d'avoir tout donné. D'être arrivé au bout de ce qu'il voulait ou pouvait faire. C'était sans doute le plus important pour lui.
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Hamilton peut décrocher bien plus qu'un 8e titre : les records à aller chercher

La question de la fin de carrière est l'ultime enjeu pour tout pilote, car réussir sa sortie façonne forcément l'image qu'on laissera. Pour un talent exceptionnel, l'idéal est d'y répondre soit même, en maîtrisant le timing. Il y a quelques mois encore, Lewis Hamilton se voyait facilement au volant d'une Formule 1 jusqu'à quarante ans, comme Michael Schumacher. Avant de faire part pour la première fois de ses doutes quant à son avenir juste après le Grand Prix du Portugal, en octobre dernier, en se demandant s'il serait là en 2021. Depuis, une forme de confusion s'est installée : il a poussé son patron Toto Wolff à resigner pour trois ans et il ne l'a pas suivi, sans justification.
"A l'instant présent, je ne sens pas que c'est la fin, a-t-il déclaré, jeudi à Sakhir, à la veille des premiers essais du Grand Prix de Bahreïn. Je pense que ça pourrait être la saison la plus passionnante : il y a de nouvelles équipes (Aston Martin, Alpine), il y a de nouveaux formats (de week-ends), et les concurrents sont plus proches. Je ne sens pas que je suis arrivé à la fin, mais seulement dans huit prochains mois, ou quelque chose comme ça, je découvrirai si je suis prêt à stopper ou non. Je ne pense pas, personnellement, mais on ne sais jamais." Voilà qui va obliger ses successeurs déclarés - George Russell (Williams) - ou non - Max Verstappen (Red Bull) - à patienter...
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La course au coeur de son engagement

Lors des tests à Sakhir, le célèbre du numéro 44 avait au moins été clair sur une chose : la quête d'un huitième titre n'est pas ce qui le fait avancer. Il ne poursuivra pas parce qu'il a atteint cet objectif, il n'arrêtera pas parce qu'il a échoué. "Je ne veux pas que ce soit le facteur décisif", assure-t-il. "Si tout ce que tu veux, ce sont les récompenses, si tout ce que tu veux, ce sont les titres, j'ai l'impression que tu peux te perdre."
"Je me suis lancé dans la course automobile parce que j'aime la course et je pense que cela doit toujours être au coeur de ce que je fais", ajoute-t-il. "Aimer la course", comme il le dit, ce n'est pas juste faire piloter le dimanche, c'est d'abord supporter tout ce qu'on y laisse en temps et en énergie dans sa préparation pour se sentir privilégié de piloter une machine à la pointe de la technologie pendant une heure le samedi et deux heures le dimanche. C'est même cette partie invisible de l'iceberg, ce travail de fond parfois fastidieux, qui le passionne le plus. La nouvelle Mercedes W12 a laissé le rôle de favorite à la Red Bull RB16B de Max Verstappen lors des tests de pré-saison, les 12, 13 et 14 mars dernier, et il y voit là une formidable source de motivation.
"C'est extrêmement excitant pour notre équipe, a-t-il lancé jeudi dans le paddock de Sakhir. Nous ne sommes actuellement pas les plus rapides, et comment allons travailler ensemble, et comment allons-nous nous unir pour arriver au niveau que nous voulons ? Et pour moi, je ne peux vous dire. Je suis si excité par ce challenge de voir d'autres équipes se rapprocher. Je pense que ça va être génial pour les fans, mais j'aime cette collaboration avec les hommes et les femmes dans mon équipe qui essaient d'atteindre notre but commun."

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"Est-ce que j'ai encore ce sourire en sortant du garage ?"

Lewis Hamilton le pressent : il est difficile d'être sûr de vouloir s'arrêter, voire de devancer l'échéance. Deux de ses compatriotes l'ont perçu, sans ambiguité : Damon Hill ne prenait plus aucun plaisir à monter dans sa voiture à l'orée de sa dernière saison et Jenson Button ne supportait plus les sacrifices du globe-trotter. A ce titre, l'agenda 2021 à 23 Grands Prix, avec pour finir 12 courses en 16 semaines, promet d'être infernal voire dissuasif.

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Mais d'autres grands champions ont aussi su trancher, poussés par les circonstances. Alain Prost, encore sous contrat pour une saison, a tout plaqué en raison de pesanteurs politiques et Mika Häkkinen a stoppé, écoeuré par deux saisons de malchance. Ce n'est pas un hasard si Lewis Hamilton cite l'incertitude de la situation liée à la pandémie de Covid-19 comme facteur potentiellement déterminant pour son avenir. En attendant, il sait quelle question il doit se poser pour savoir si le métier lui plait : "Quand je mets ce casque, est-ce que j'ai encore ce sourire en sortant du garage ? En définitif : est-ce que ça me plaît ?"
La saison 2021 pourrait couvrir un peu plus de gloire Lewis Hamilton avec huit titres - un chiffre qu'il avoue "difficile à prononcer" - mais décrocher une centième pole position (il en compte 98) et une centième victoire (il en a 95) ne paraissent pas plus être le but ultime pour lui. La meilleure chose qui pourrait lui arriver serait qu'il puisse s'affranchir de ces barres mythiques, ces caps extraordinaires qui forment un carcan statistique, des obligations que chacun lui crée par bienveillance. Il ne courrait alors plus après les records puisqu'il les aurait tous. Michael Schumacher l'avait expérimenté en doublant Juan Manuel Fangio et ses cinq titres, Alain Prost et ses 51 victoires, Ayrton Senna et ses 65 pole positions. Une plénitude que peu de pilote ont connue.

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