Le doute n'est plus permis. La Formule 1 est à l'aube d'une saison extraordinaire qu'elle n'a plus connue depuis l'affrontement pour le titre entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg chez Mercedes, en 2016. Après cinq années d'un suspense confisqué par le Britannique et la firme à l'Etoile, le Championnat du monde a livré quatre premières courses passionnantes, suivant des scénarios variés qui n'ont pas fait dire à ses détracteurs que le sport était une fois de plus retombé ses travers, malade d'une technologie qui n'est plus au service du spectacle. La Formule 1 en a peut-être souffert ces dernières années, mais 2021 nous rappelle qu'un hiver peut redistribuer les rôles en rééquilibrant les forces en présence.
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Avouons-le, c'est une surprise. Quelques changements réglementaires - 10% d'appuis en moins à l'arrière des monoplaces - ont suffi à ébranler les certitudes de Mercedes et replacer Red Bull dans le jeu en cette année supposée de transition, avant le chambardement de 2022 et le retour des bolides à effet de sol.
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Limites de piste fixes, zone de combat loyale

Sakhir a planté le décor en ouverture du Championnat du monde, le 28 mars. Red Bull était un épouvantail que Mercedes s'est chargé de renverser avec force et audace. L'équipe septuple championne du monde en titre avait compris dès le vendredi que les pneus "dur" de Pirelli fonctionnaient très bien sur sa W12, et que son maître à piloter pouvait s'en servir pour supplanter le poleman adverse et sa Red Bull en "medium" le dimanche. Avec un peu de vice : l'Anglais a tenu la cadence en sortant 29 fois des limites de la piste. Et quand le Néerlandais en a fait autant pour le doubler, il s'est fait prendre par la patrouille.
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L'endroit où les voitures mettent les roues n'était d'ordinaire pas un sujet de débat mais en l'occurrence il a fait avancer vers l'équité. Dès l'étape suivante, à Imola, la FIA a mis fin à l'insupportable ambiguïté, et dans la foulée Portimao a montré que c'était clair spécialement pour Max Verstappen, privé de la pole position le samedi pour un écart au virage n°4, puis du point bonus le lendemain pour une largesse au n°15.

Le festival de Portimao

Il le fallait car d'autres batailles se préparaient entre la Mercedes n°44 et la Red Bull n°33. Après la passe d'arme de Sakhir, Imola, Portimao et Montmelo ont mis en scène de superbes manœuvres en piste, sans artifice, entre les deux candidats au titre. Et au passage, il ne faut pas oublier la contribution de Pirelli, trop facilement tenu pour responsable de l'absence de spectacle. Hamilton l'a même reconnu au Portugal, bien content des choix de la maison italienne qui a permis d'attaquer sans relâche, ce qu'a également souligné son rival. Et pour la première fois depuis longtemps aussi, Pirelli offre des stratégies alternatives qui sont également possibles car des deux trois types de pneus proposés ("dur" - "medium" ou "medium" - "tendre") sont souvent plus proches en performance.
Pour en revenir à ce qui a fait le sel des courses, Verstappen a donc doublé Hamilton dès le départ en Italie pour filer vers la victoire, et au Portugal il a encore taxé l'Anglais, au restart du 4e tour, même s'il est repassé derrière sept boucles plus tard. En terme d'animation, cette troisième manche du Mondial a d'ailleurs pris une tournure exceptionnelle puisqu'Hamilton a produit deux autres dépassements pour l'emporter, à l'extérieur du n°1 sur son coéquipier puis sur Sergio Pérez (Red Bull). La fin du spectacle ? Non, puisque Max Verstappen avait Valtteri Bottas dans son viseur, et l'a piégé au bout d'un corps à corps pour la deuxième place. Bilan : cinq dépassements en piste entre les quatre premiers ! La raison, pour être objectif ? Une grande courbe qui débouche sur la ligne droite principale où le DRS est avantageux. Peut-être trop, mais qui s'en plaindra car n'est pas toujours le cas, comme Montmelo l'a montré.
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Red Bull piégé par Mercedes à Montmelo

Si Red Bull était au-dessus du lot à Imola, l'équipe de Milton Keynes s'est cachée derrière les circonstances à Portimao - temps frais, piste glissante, pneus difficiles à monter en température - pour justifier un revers technique qu'elle s'était promise de laver à Montmelo. Un nouvel épisode de la rivalité austro-germanique qui a tenu ses promesses comme c'était à peine imaginable sur ce tracé avare en actions. Au coup d'envoi, Verstappen s'est jeté de façon agressive en travers de la route d'Hamilton pour mener sans dominer, et finalement consommer une défaite qu'il pensait impossible. Car si à Sakhir les stratèges de Mercedes - James Wolves et Rosie Wait - avaient surpris en appliquant un plan déterminé, l'improvisation dont ils ont fait preuve a été une nouvelle occasion de réaliser à quel point la Formule 1 reste une partie d'échec fascinante à 300km/h, où la notion de sacrifice peut être payante. La décision que les tacticiens ont prise de faire rentrer Lewis Hamilton une seconde fois après 14 tours seulement en "medium" renfermait une part de génie, couronnée par une course-poursuite qui fut un nouveau grand moment de cette saison.

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Mais ce fut aussi un sacré revers pour Red Bull, qui a fait preuve d'une fébrilité inhabituelle si l'on en croit le témoignage apporté par Jos Verstappen, ce lundi. Lors du Grand Prix d'Espagne, l'écurie Red Bull avait décidé d'échanger un minimum avec son pilote à la radio, afin de donner le moins d'informations possibles à Mercedes. Un fait qui s'est retourné contre elle. "Quand Max a coupé la ligne de chronométrage (au 24e tour), il a vu un message sur son tableau de bord qui lui a fait penser qu'il devait rentrer au tour suivant", a expliqué le père du pilote, dans des propos rapportés par The Telegraph. Au 25e passage, il s'est donc engoufré dans la pitlane, où son pitcrew ne l'attendait pas. Ce qui permet aujourd'hui de mieux comprendre pourquoi la roue arrière gauche est sortie tardivement du stand bleu marine, et qu'il a fallu 4"2 pour réaliser le changement de gommes. Loin de ses standards inférieurs à deux secondes. Et comprendre aussi pourquoi Max Verstappen a suggéré qu'il fallait améliorer la communication avec l'équipe. Quand Mercedes pousse Red Bull dans ses derniers retranchements pour la déstabiliser.
Au bout du compte, Lewis Hamilton et Max Verstappen ont monopolisé les deux premières places des quatre premières manches de la saison. Mais à la différence du seul précédent dans l'histoire de la F1, entre Lewis Hamilton et Valtteri Bottas en 2019, l'affrontement s'annonce plus authentique, passionnant car le Britannique affronte cette fois un rival de l'extérieur.
"Un combat de géants nous attend", a déclaré Toto Wolff après la quatrième manche du Mondial. Le Grand Prix de Monaco, première des 19 épreuves restant au calendrier, ne devrait pas déroger à la règle.
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