Il ne porte pas de nom. Mais tous les pilotes le connaissent par cœur, alors qu'ils ne comptaient pas encore - à l'exception de certains d'entre eux - parmi les vingt élus la dernière fois qu'un Grand Prix de Formule 1 a eu lieu sur ce circuit. Courbe particulièrement impressionnante du tracé d'Istanbul, le virage N.8 sera l'une des attractions de l'épreuve disputée ce week-end. Parce qu'il est à la fois tout ce que les pilotes adorent... et ce qu'ils détestent.

Il suffit de les entendre en parler pour en avoir le cœur net. Interrogé par le média WTF1 sur la manière dont il allait l'aborder, Max Verstappen avait fait du Max Verstappen. "Les yeux fermés, facile, avait-il assuré. Vous voulez parier ? Dès mon premier tour de la première séance d'essais, je le prendrai pied au plancher." Le surdoué néerlandais ne doute jamais de lui et il avait, ici, bien des raisons d'être confiant. Comme tous ses compagnons de grille, il a passé le N.8 des dizaines de fois sur un simulateur taillé sur mesure.

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Neuf ans après le dernier Grand Prix disputé sur ce circuit, les monoplaces ont bien évolué. Leur niveau d'appui aérodynamique est tel qu'elles autorisent, en théorie, les pilotes à ne pas relâcher l'accélérateur durant les quelques secondes qu'il faut pour venir à bout de cet interminable quadruple gauche.

Ce qui était autrefois un défi pour le pilotage est beaucoup plus, aujourd'hui, un challenge physique. À près de 260 km/h, les pilotes y encaissent une force latérale légèrement supérieure à 4 G. Autrement dit, ils vont sentir une charge de 45 à 50 kg s'exercer sur leur cou à chacun des 58 tours de course.

Du rembourrage pour tenir sa tête

"Si vous ne vous échauffez pas les muscles du cou, ce virage vous tue", a assuré Sergio Pérez en conférence de presse. Le Mexicain était de la partie la dernière fois que la F1 a fait escale à l'Otodrom d'Istanbul. C'est certainement la raison pour laquelle il s'est permis de conseiller son jeune coéquipier Lance Stroll, 22 ans, de bien se préparer. Pour tenter d'atténuer la douleur et de limiter la perte de concentration, certains pilotes utiliseront du rembourrage autour de la nuque.

Par fierté, Verstappen, lui, ne changera rien. "J'avais fait l'un de mes tout premiers tests de F3 ici, s'est souvenu le prodige batave. À la fin de la journée, je ne pouvais plus tenir ma tête. J'ai donc utilisé du rembourrage mais mon père s'est moqué de moi. Depuis, je refuse d'en mettre. Je préfère que ma tête tombe." Cela n'a pas empêché le chouchou de Red Bull de dominer les premières séances d'essais libres. Même s'il a perdu son pari : il n'a bouclé aucun de ses meilleurs tours en écrasant la pédale d'accélérateur au N.8. Et a encore moins fermé les yeux.

On se chie un peu dessus

Comme tous les autres, le Néerlandais a été surpris par l'étonnant manque d'adhérence de la piste turque, fraîchement resurfacée. De quoi rendre son hostilité à la plus fameuse courbe du tracé. Dans ces conditions, passer ce virage revient à rouler sur un fil, au milieu d'une patinoire, sans avoir droit au moindre geste parasite avec le volant. Pas étonnant, donc, que les pilotes y aient réduit leur vitesse de passage d'une vingtaine de km/h, vendredi.

"C'est délicat, a commenté Lando Norris (McLaren) au terme de la première journée d'essais. Avec cette adhérence, on se chie un peu dessus, surtout dans le virage N.8 avec cette vitesse." Le Britannique va devoir prévoir une combinaison de rechange : samedi, la pluie pourrait perturber la séance de qualification.

Lando Norris (Mclaren) lors des essais libres du Grand Prix de Turquie, le 13 novembre 2020

Crédit: Getty Images

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