Une marée humaine toute d'orange vêtue va déferler sur le circuit de Zandvoort, à la seule gloire ou presque de Max Verstappen, ce week-end au Grand Prix des Pays-Bas. Rarement dans l'histoire du Championnat du monde une épreuve n'aura été créée que pour un seul homme et suscité autant d'autant d'attentes. Si les fans de l'autre star du peloton, Lewis Hamilton, se pressent tous les ans à Silverstone, leur dévotion n'a rien de comparable à celle des supporters du Néerlandais, qui ont pris l'habitude de colorer des travées entières sur les circuits européens depuis la première victoire du prodige batave en 2016 en Espagne. Et il n'y a peut-être finalement que les tifosi pour générer autant d'enthousiasme autour de Ferrari à Monza, et d'une façon plus dispersée ailleurs.
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Grand Prix des Pays-Bas
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01/09/2021 À 22:37
Même soumis à une jaune de 70% qui n'autorisera donc que 70.000 d'entre eux à voir courir l'idole de vendredi à dimanche sur le tracé planté dans des dunes au bord de la mer du Nord, et battu par le vent de sable à 20 kilomètres d'Amsterdam, ils feront de ce Grand Prix un événement unique, populaire, qui promet de s'installer durablement dans le paysage de la Formule 1.
L'attente est énorme, non pas parce que le circuit n'a plus accueilli la Formule 1 depuis 1985, mais bien parce que chaque fan hollandais a du chauvinisme à revendre et qu'il voit en le fils de "Jos The Boss", un pilote qui n'aura pas percé en Grand Prix dans les années 90, un phénomène capable à 23 ans de prendre la suite de Lewis Hamilton et de régner longtemps sur le Circus. En 2019, lors de l'ouverture de la billetterie pour ce qui devait être le premier Grand Prix des Pays-Bas un an plus tard, l'as à la Red Bull n°33 n'était pas encore un candidat au titre mais ils avaient été plus d'un million à formuler une demande de billets pour l'édition 2020, et même remplir les quotas des deux éditions suivantes.

Max Verstappen (Red Bull) au Grand Prix des Pays-Bas 2021

Crédit: Getty Images

Russell : "On y va surtout pour Max"

"Plus d'un million c'est du délire", avait lâché Jan Lammers, le directeur sportif de l'épreuve, ancien pilote de Formule 1 et vainqueur des 24 Heures du Mans. "Le circuit de Zandvoort a une capacité de 105.000 visiteurs. Nous aurions pu le remplir six fois le dimanche." Mais la douche froide a suivi. Après le report du Grand Prix en pleine crise sanitaire, les organisateurs ont refusé un huis clos et purement et simplement annulé le meeting. Un Grand Prix des Pays-Bas sans les fans de "Mad Max" ne peut avoir de sens.
Chez les pilotes, c'est aussi une réalité. "On y va surtout pour Max et pour les supporters néerlandais, concédait George Russell il y a deux ans, en apprenant le retour de Zandvoort dans le concert international. Mais la Formule 1 ne serait rien sans les fans, il faut donc apprécier ça."
Dans ce magnifique écrin rénové pour 4 millions d'euros - une broutille - et qui a accueilli 30 fois les bolides de F1 de 1952 à 1985, les inconditionnels vont former un cocktail assurément détonnant. "Des circuits traditionnels de l'époque, c'était certainement un des plus beaux et des plus atypiques en terme de design, avance Alain Prost, qui y a gagné en 1981. Zandvoort faisait partie des circuits un peu différents des autres avec une ambiance toujours incroyable. Avec de vrais supporters, fidèles, bruyants dans le bon sens du terme : tu les vois, tu les entends", se souvient-t-il. Ils aimaient déjà la Formule 1, mais avec Max Verstappen ils sont devenus sacrément chauvins. Ils ont sans doute raison. Mais jusqu'où vont-ils aller se week-end ? Ils n'ont pas apprécié les auto-tamponneuses de Mercedes à Silverstone et Budapest, et le rival Lewis Hamilton (Mercedes) risque des acouphènes.
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Le même père que Suzuka

Et pour Max Verstappen, rien n'est trop beau. Le circuit a fait peau neuve, parce qu'il lui fallait un peu plus qu'un coup de Polish pour s'aligner sur les standards de la Formule 1. Le monumental Assen, la "cathédrale de la moto", n'a jamais été dans le match et il a été décidé que la suite de l'histoire devait s'écrire à Zandvoort et son mythique virage n°1 nommé Tarzan, où Alain Prost y a commis son erreur de jugement le plus célèbre dans les roues de Nelson Piquet en 1983. Et si le circuit est redevenu d'actualité, c'est parce que l'ancien boss de la F1 s'était incliné devant le poids de l'histoire. "Dès le début de notre mandat en Formule 1, nous avons dit que nous souhaitions des courses dans de nouveaux lieux, mais aussi respecter les racines historiques de ce sport en Europe", avait concédé en 2019Chase Carey, le PDG de Formula One Management, le détenteur des droits commerciaux de la F1.
Zandvoort a un grand passé qui a aussi connu ces heures sombres. Il a été le tombeau de Piers Courage en 1970, de façon plus atroce encore celui de Roger Williamson en 1973. Pour le premier Grand Prix diffusé en direct dans le monde entier, le Britannique était mort dans sa monoplace retournée et enflammée après une glissade de plus de 300 mètres, sous les yeux d'un David Purley entreprenant mais impuissant pendant de longues minutes.
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Loin de cette tragédie, Max Verstappen rêve d'ajouter un chapitre heureux à la légende. "C'est tout simplement un circuit iconique", se réjouit le Néerlandais, qui se fichait il y a encore peu de gagner tel ou tel Grand Prix, jusqu'à vaincre à Monaco. Évidemment, gagner son Grand Prix national passerait au-dessus de tout mais ce sera quoiqu'il arrive un privilège de le courir, quand on pense que Keke Rosberg, Mika Häkkinen ou Kimi Räikkönen n'ont jamais eu droit à un Grand Prix de Finalande. Et de rappeler : "J'y ai fait des courses avant en Formule 3 et c'était beaucoup de plaisir". A l'entendre, la comparaison vaut même entre Zandvoort et Suzuka, le joyau du championnat question pilotage. Il a raison, les gênes sont les mêmes.
Les deux circuits sont nés sous le crayon de son compatriote John Hugenholtz, qui a créé Zandvoort en 1948, puis Jarama en Espagne (1967), Zolder en Belgique (1963), Shah Alam en Malaisie (1968) et Suzuka au Japon (1967). Zandvoort a été au début à la fin de tout pour John Hugenholtz, mort en 1995 de ses blessures après un accident de voiture dans la cité batave.

"Un replay de Monaco"

Mais Zandvoort offrira-t-il autant de spectacle que Suzuka ? C'est une bonne question. A laquelle beaucoup croient avoir la réponse, malheureusement. "La piste est assez géniale, note Daniel Ricciardo (McLaren). C'est de la haute vitesse, c'est old school, pour les grands garçons. Du point de vue du pilotage, ça va. Mais vu comment c'est rapide et étroit à certains endroits, je ne pense pas que ça va être si excitant que ça. Avec les vitesses que l'on atteint maintenant, suivre une autre voiture va être très dur. C'est ma réserve. Je pense que ça va être une course très processionnaire. Avec la largeur des monoplaces, ça va probablement ressembler à un circuit urbain à certains endroits. ça va être compliqué d'en faire une course excitante." Et d'ajouter : "J'y ai fait une démonstration (avec en F1) et j'y ai couru en Formule 3. Il faut garder les yeux bien ouverts !"
"J'adore Zandvoort, complète George Russell (Williams). C'est une pure piste, probablement l'une de mes cinq préférées, mais y courir va juste être aussi mauvais qu'à Monaco." Et pour Pierre Gasly (AlphaTauri), l'a priori est le même : "Ça va être un replay de Monaco par certains points de vue. Ça veut dire que la qualification va être spécialement importante. Autre facteur est la proximité de la mer : on peut s'attendre à trouver une piste poussiéreuse le vendredi, avec un vent de sable sur l'asphalte."

Des bacs à graviers

Max Verstappen, qui a offert une démo promotionnelle sur le tracé en 2020, c'est la création de deux virages inclinés, des bankings, qu'il faut retenir. Positionnés aux virages n°3 "Hugenholtz" (19 dégrés) et dans le dernier n°14 final - le "Arie Luyendyk" (18 dégrés) du nom du double vainqueur des 500 miles d'Indianapolis, ils seront là pour éviter de casser la vitesse et dynamiser le tour.
"La piste est cool, spécialement le banking du virage n°3 : on peut prendre différentes trajectoires, note MV33. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si marqué. Dans le dernier virage, le volant va être lourd. On peut y prendre différentes lignes et pendant le Grand Prix, avec le DRS ouvert, ça va être un virage compliqué mais fun." Depuis, la FIA a douché son enthousiasme et interdisant mardi le DRS dans le "Arie Luyendyk".
L'autre signature du circuit est ses bacs à graviers à l'ancienne préférés aux espaces bitumés. "Il y a beaucoup de virages et pas tellement de dégagements. Ça rend le circuit difficile quand on pilote à la limite mais c'est ce qu'on aime", dixit Max.
Avec 54% à pleine charge moteur sur un tour, une petite ligne droite de 550 mètres et un run de 270 mètres entre la pole position et le virage n°1, il n'offrira pas non plus énormément de marge de manœuvre aux attaquants. Mais tout ça reste à juger sur pièce.
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